Citation de cette fiche : Pascal M., Vigne J.-D. & Clergeau P., 2003. Le Fuligule morillon : Aythya fuligula (Linné, 1758). Pages 193-194, in : Évolution holocène de la faune de Vertébrés de France : invasions et disparitions (M.Pascal, O. Lorvelec, J.-D. Vigne, P. Keith & P. Clergeau, coordonnateurs), Institut National de la Recherche Agronomique, Centre National de la Recherche Scientifique, Muséum National d'Histoire Naturelle (381 pages). Rapport au Ministère de l'Écologie et du Développement Durable (Direction de la Nature et des Paysages), Paris, France. Version définitive du 10 juillet 2003.
Le Fuligule morillon
L'aire de reproduction du Fuligule morillon couvre l'Islande et prend en écharpe l'ensemble nord de l'Eurasie jusqu'au Kamtchatka et à l'île d'Hokkaido au Japon (Del Hoyo et al., 1992). D'après Voous (1960), l'espèce a fortement étendu son aire de reproduction vers l'ouest de l'Europe depuis la fin du 19ème siècle.

En France, la présence, modeste, du Fuligule morillon est attestée dans plusieurs assemblages fossiles du Pléistocène supérieur de (Mourer-Chauviré, 1975 ; Vilette, 1983) et n'est mentionnée à ce jour qu'à deux reprises dans le répertoire archéozoologique Holocène, l'une du Boréal (8ème millénaire avant J.-C.) d'un site de la Montagne Noire (Vilette, 1983), l'autre, datée du 14ème siècle, d'un assemblage de déchets d'une volerie royale de Paris (Pichon, 1992). La rareté de ces témoignages plaide en faveur de la présence d'individus migrants plutôt que de l'existence locale d'improbables colonies reproductrices.

En France, la première reproduction du Fuligule morillon est observée en 1952 dans la Dombes et, depuis les années 1960, l'espèce niche régulièrement sur les plans d'eau intérieurs de la portion du territoire située au nord d'une ligne joignant la Charente-Maritime à l'Ain (Fournier, 1994). L'effectif de reproducteurs français, estimé compris entre 500 et 580 couples au début des années 1990, serait compris entre 650 et 750 couples en 1999 (Dubois et al., 2000).

Ne nichant très probablement pas en France pendant le Pléistocène comme pendant la plus grande partie de l'Holocène, le Fuligule morillon est compté ici au nombre des espèces allochtones du pays. Il en a récemment envahi, de façon semble-t-il spontanée, plusieurs entités biogéographiques.

Ce canard plongeur se nourrit de mollusques et d'insectes, mais aussi de végétaux. Son impact sur les écosystèmes qu'il fréquente en France n'a pas fait l'objet d'étude.

Inscrit sur la liste des oiseaux susceptibles d'être chassés, et à l'annexe III de la Convention de Berne (Dubois et al., 2000), ses populations françaises ne font pas l'objet de mesures de gestion spécifiques.

Ressources
Experts
Fiche rédigée par Michel PASCAL
Insitut National de la Recherche Agronomique
Campus de Beaulieu - Avenue du Général Leclerc
35042 Rennes Cedex

Jean-Denis VIGNE
Muséum national d'Histoire naturelle
Anatomie Comparée
55 rue Buffon
75005 Paris

Philippe CLERGEAU
Muséum National d'Histoire Naturelle
Conservation des espèces
57 rue Cuvier
75005 Paris
Bibliographie

Del Hoyo J., Elliot A. & Sargatal J. (Edits.), 1992. Handbook of the Birds of the World. Vol. 1. Lynx Edicions, Barcelona : 696 pp.

Dubois Ph.J., Le Maréchal P., Olioso G. & Yésou P., 2000. Inventaire des Oiseaux de France. Avifaune de la France métropolitaine. Nathan, Paris, F : 397 pp.

Fournier J.-Y., 1994. Fuligule morillon. In : Nouvel atlas des oiseaux nicheurs de France. 1985-1989 (Yeatman-Berthelot D. & Jarry G. eds). Société Ornithologique de France, Paris : 148-151.

Mourer-Chauviré C., 1975. Les oiseaux du Pléistocène moyen et supérieur de France. Thèse d'État Université Claude Bernard, Lyon, n° 75-14.

Pichon J., 1992. Une fauconnerie royale. In : L'évacuation des déchets en milieu urbain au Bas Moyen Âge, l'exemple de la « Cours Napoléon » du Louvre : 116-121.

Vilette P., 1983. Avifaunes du Pléistocène final et de l'Holocène dans le sud de la France et en Catalogne. Laboratoire de Préhistoire Paléthnologique, Atacina, Carcassonne, F, 11 : 190 pp.

Voous K.H., 1960. Atlas of European birds. Elsevier, Amsterdam, NL : 284 pp.