Citation de cette fiche : Pascal M., Clergeau P. & Vigne J.-D., 2003. La Barge à queue noire : Limosa limosa (Linné, 1758). Pages 213-214, in : Évolution holocène de la faune de Vertébrés de France : invasions et disparitions (M.Pascal, O. Lorvelec, J.-D. Vigne, P. Keith & P. Clergeau, coordonnateurs), Institut National de la Recherche Agronomique, Centre National de la Recherche Scientifique, Muséum National d'Histoire Naturelle (381 pages). Rapport au Ministère de l'Écologie et du Développement Durable (Direction de la Nature et des Paysages), Paris, France. Version définitive du 10 juillet 2003.
La Barge à queue noire
Espèce paléarctique, la Barge à queue noire niche de l'Atlantique au Pacifique entre le 50ème et le 60ème parallèle nord (Voous, 1960).

En France continentale comme en Corse, l'espèce est très rare au Pléistocène supérieur (Mourer-Chauviré, 1975 ; Louchart, 2001). Sa présence est attestée pendant l'Holocène dans un assemblage mésolithique (8ème millénaire avant J.-C.) de Corse (Cuisin, 2001), dans trois assemblages archéologiques méditerranéens du Néolithique (Vilette, 1983, 1988), dans les produits d'une fouille d'un site rural du Pas-de-Calais datée du 2ème siècle après J.-C. (Vadet, 1988), et d'un site urbain de Lille daté du 16ème siècle (Vadet, 1986). Ces observations témoignent de la présence ancienne de la Barge à queue noire en France, mais ne permettent cependant pas de conclure à sa reproduction passée sur son territoire car des hivernants et des sujets en cours de migration le fréquentent actuellement.

D'après les écrits, l'espèce ne se serait pas reproduite en France pendant le 19ème siècle et le premier tiers du 20ème siècle (Mayaud, 1936). La première observation référencée de sa reproduction sur le territoire a été réalisée en 1936 en Vendée. De telles observations sont par la suite parvenues de la Dombes en 1941, de la Brenne en 1956 du Finistère en 1965, de la Brière en 1974, de la Baie de Seine en 1975 et, à partir de 1979, occasionnellement d'Alsace. L'effectif des reproducteurs français, restreint et fluctuant d'une année à l'autre, a été estimé compris entre 15 et 20 couples dans les années 1960, entre 35 et 50 couples en 1975, entre 85 et 110 couples en 1989, et à 165 couples en 1996 (Dubois et al., 2000). L'augmentation de son aire de reproduction, qui ne concerne qu'un nombre restreint de couples, également observée en Angleterre et en Belgique, est mise en rapport avec un accroissement général des effectifs des populations des sites européens plus septentrionaux (Broyer & Bernard, 1994 ; Maurin, 1994). Par ailleurs, les fluctuations inter annuelles d'effectifs de couples reproducteurs observées en France sont mises en rapport avec la forte sensibilité de l'espèce aux conditions locales qu'elle rencontre sur ses sites de nidification (Broyer & Bernard, 1994).

En France, le statut passé de reproducteur de la Barge à queue noire est incertain dans l'état actuel des connaissances. Elle est donc rangée par défaut au nombre des espèces allochtones de France. Elle a colonisé de façon apparemment spontanée plusieurs entités biogéographiques du pays dans la seconde moitié du 20ème siècle.

L'impact de cet oiseau insectivore sur les écosystèmes qu'il fréquente en France n'a pas fait l'objet de travaux.

Inscrite sur la liste des oiseaux susceptibles d'être chassés en France, à l'annexe II de la Directive Oiseaux et à l'annexe III de la Convention de Berne (Dubois et al., 2000), la Barge à queue noire ne fait pas l'objet de mesures de gestion particulières sur le territoire.

Ressources
Experts
Fiche rédigée par Michel PASCAL
Insitut National de la Recherche Agronomique
Campus de Beaulieu - Avenue du Général Leclerc
35042 Rennes Cedex

Philippe CLERGEAU
Muséum National d'Histoire Naturelle
Conservation des espèces
57 rue Cuvier
75005 Paris

Jean-Denis VIGNE
Muséum national d'Histoire naturelle
Anatomie Comparée
55 rue Buffon
75005 Paris
Bibliographie

Broyer J. & Bernard A., 1994. Barge à queue noire. In : Nouvel atlas des oiseaux nicheurs de France. 1985-1989 (Yeatman-Berthelot D. & Jarry G. eds). Société Ornithologique de France, Paris : 300-301.

Cuisin J., 2001. L'avifaune. In : J.-D. Vigne, dir., L'abri du Monte Leone, grand site mésolithique insulaire méditerranéen, Doc. Archéol. Fr., à paraître.

Dubois Ph.J., Le Maréchal P., Olioso G. & Yésou P., 2000. Inventaire des Oiseaux de France. Avifaune de la France métropolitaine. Nathan, Paris, F : 397 pp.

Louchart A., 2001. Les oiseaux du Pléistocène de Corse et données concernant la Sardaigne. Bull. Soc. Sci. Hist. Nat. Corse, 696-697 : 187-221.

Maurin H. (dir.), 1994. Inventaire de la Faune menacée en France. Nathan ed., Paris : 176 pp.

Mayaud N., 1936. Inventaire des oiseaux de France. Société d'Études Ornithologiques, Blot éditeur, Paris : 211 pp.

Mourer-Chauviré C., 1975. Les oiseaux du Pléistocène moyen et supérieur de France. Thèse d'État Université Claude Bernard, Lyon, n° 75-14.

Vilette P., 1983. Avifaunes du Pléistocène final et de l'Holocène dans le sud de la France et en Catalogne. Laboratoire de Préhistoire Paléthnologique, Atacina, Carcassonne, F, 11 : 190 pp.

Vilette P., 1988. Analyse de l'avifaune. In : Six millénaires d'histoire de l'environnement. Etude interdisciplinaire de l'abri sous-roche de Font-Juvénal (Conques sur Orbiel, Aude) (Guilaine J. éd.), Centre d'Anthropologie des Sociétés, Toulouse.

Vadet A., 1986. Les restes alimentaires. In : Vaisselle et nourriture du XVIème siècle à Lille (Nord) (Blieck G. & Vadet A. Edts.), Revue archéologique de Picardie, n° 1/2 : 136-151.

Vadet A., 1988. Les ossements du site des Sablins à Etaples. Bulletin de la Société Académique du Boulonnais, t. II (2) : 38-55.

Voous K.H., 1960. Atlas of European birds. Elsevier, Amsterdam, NL : 284 pp.