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FR4301299 - Complexe de la Cluse et Mijoux

Site de la directive "Habitats, faune, flore"

Base de référence : septembre 2018.

Mise à jour annuelle de la liste SIC - publication au JO UE : 12/12/17 (à partir de la base : septembre 2016)

Identification du site

Type : B (pSIC/SIC/ZSC)

Code du site : FR4301299

Compilation : 30/11/1995

Mise à jour : 19/07/2013

Appelation du site : Complexe de la Cluse et Mijoux

Dates de désignation / classement :

  • pSIC : première proposition : 31/03/1999
  • pSIC : dernière évolution : 31/03/1999
  • SIC : Première publication au JO UE : 07/12/2004
  • SIC : Dernière publication au JO UE : 07/12/2004
  • ZSC : premier arrêté : 03/05/2014
  • ZSC : Dernier arrêté : 03/05/2014
Texte de référence
Arrêté de création du 03 mai 2014 portant décision du site Natura 2000 Complexe de la Cluse et Mijoux (zone spéciale de conservation)

Localisation du site
Coordonnées du centre (WGS 84) :
  • Longitude : 6,38167 (E 6°22'54'')
  • Latitude : 46,86444 (N 46°51'51'')
Superficie : 817 ha.
Pourcentage de superficie marine : 0 %
Altitude :
  • Min : 839 m.
  • Max : 1 199 m.
  • Moyenne : 924 m.
Régions biogéographiques :
Continentale : 100%

REGION : FRANCHE-COMTÉ
DEPARTEMENT : Doubs (100%)
COMMUNES : Cluse-et-Mijoux, Fourgs, Grangettes, Oye-et-Pallet.

Carte de localisation

Description du site

Caractère général du site

Classes d'habitats Couverture
Marais (vegetation de ceinture), Bas-marais, Tourbières, 20%
Forêts mixtes 20%
Pelouses sèches, Steppes 15%
Prairies ameliorées 15%
Forêts caducifoliées 8%
Forêts de résineux 7%
Prairies semi-naturelles humides, Prairies mésophiles améliorées 5%
Eaux douces intérieures (Eaux stagnantes, Eaux courantes) 4%
Autres terres (incluant les Zones urbanisées et industrielles, Routes, Décharges, Mines) 2%
Landes, Broussailles, Recrus, Maquis et Garrigues, Phrygana 2%
Rochers intérieurs, Eboulis rocheux, Dunes intérieures, Neige ou glace permanente 1%

Autres caractéristiques du site

S'articulant autour de certains secteurs urbanisés, ce complexe humide d'altitude (rivières, marais, tourbières, queue de lac) est dominé par des versants occupés par des pelouses ou des boisements de pente.

Qualité et importance

Le village de la Cluse et Mijoux est situé au sein d'une cluse complexe. Ainsi, les voies de communication utilisent à la fois un val (d’Oye-et-Pallet au pont des Rosiers), l’accident de Pontarlier (au niveau du pont des Rosiers) et une demi cluse (un ruz) entre le Château de Joux et le fort du Larmont. 

Au delà de ce relief spectaculaire et caractéristique de la géologie jurassienne, le site regroupe plusieurs milieux naturels intéressants liés à la géomorphologie locale : la vallée du Doubs présente des tourbières et des prés humides s’observant de part et d'autre du château de Joux alors que les falaises et versants environnants sont colonisés par des groupements végétaux caractéristiques (forêts et pelouses).

Les tourbières et les marais attenants abritent des groupements végétaux rares en France, accompagnés d'espèces adaptées à l'engorgement des sols. Ce sont l’andromède, le rossolis à feuilles rondes, la valériane grecque et la laîche à long rhizome (toutes protégées). Ces milieux humides se situent dans la vallée du Doubs à partir de l’aval du lac Saint-Point, au Frambourg et au pied de la Roche Sarrasine. 

Une tourbière est un biotope spécialisé qui engendre un écosystème particulier. Son microclimat  a permis le développement d'espèces boréo-arctiques (espèces des régions nordiques de l'Europe). Les tourbières et les marais qui les enserrent sont d'importants réservoirs hydriques et jouent avec les marais qui les accompagnent un rôle régulateur dans la circulation complexe des eaux superficielles et souterraines de la région.

Dans le Massif du Jura, en altitude, les facteurs climatiques sont propices à l’installation de tourbières (forte pluviométrie, basses températures et absence de périodes sèches de longue durée). La genèse d’une tourbière y est datée de plus de 10 000 ans. A l’origine, les glaciers se sont retirés de la région et ont laissé place à des cuvettes imperméabilisées remplies d’eau. Progressivement ces plans d’eau se sont comblés et ont favorisé la formation de bas-marais alcalins. Le développement d’un réseau karstique et la présence de dolines permettant l’évacuation des eaux de ruissellement, induisent la création, au sein du bas-marais alcalin, d’îlots soustraits à l’influence des eaux carbonatées. Ces îlots, sous l’influence d’un climat froid, sont alors alimentés uniquement par les précipitations abondantes. Un milieu acide s’établit progressivement. La végétation se spécialise alors avec installation de sphaignes qui constituent de vastes coussins  bombés. Leur croissance en dôme et en cercles concentriques crée un ensemble qui s’épaissit et s’élargit progressivement en tourbière bombée ou haut-marais acide qui finit par évoluer jusqu’au stade climacique : assèchement, installation des éricacées et quelques fois du pin à crochets. Il est rare que cette tourbière colonise tout le bas-marais alcalin, on parle alors de tourbière mixte. Un marais de transition très humide et riche en espèces se développe fréquemment au contact du bas marais alcalin et du haut-marais.

Les falaises et corniches de la Cluse, regroupent les conditions nécessaires à la mise en place de pelouses sèches submontagnardes à montagnardes. Il s’agit d’un type de végétation herbacée installée sur des milieux à degré nutritionnel plutôt faible et sur des sols généralement superficiels ; on parle également de prairies maigres. En Franche-Comté, de nombreux types de pelouses ont pu être mis en évidence. Les facteurs principaux de différenciation sont, d’une part, lié au climat (par exemple baisse des températures et pluviométrie accrue en altitude), d’autre part lié aux propriétés du sol déterminant la quantité d’eau et d’éléments nutritifs disponibles pour la croissance des plantes. 

Les pelouses sèches peuvent être considérées comme de véritables “points chauds” de biodiversité car servant de refuge pour une flore et une faune adaptées aux conditions particulières qui définissent ces milieux (sécheresse chronique, exposition, toxicité du calcium, instabilité du substrat,...). La structure en mosaïque de certaines pelouses constitue également une originalité paysagère ; cette structure permet à de nombreuses espèces animales (insectes, reptiles, mammifères, oiseaux) d’y trouver “gîte et couvert”.

Ces pelouses, assez peu fréquentes dans la région, localisées sur les vires et les corniches de calcaire compact où à altitude moindre, assurent la transition avec des milieux plus répandus de la chaîne jurassienne. Les anfractuosités des rochers humides accueillent des espèces discrètes et typiquement montagnardes : la sélaginelle et le botryche lunaire.

Ces différents milieux présentent aussi une faune d'une grande richesse :

- les pelouses thermophiles, submonta-gnardes et/ou montagnardes abritent de nombreux insectes d'affinité méditer-ranéenne. Un bel exemple en est fournis par les pelouses installées sur la côte dominant la route départementale 67 qui abritent de fortes populations d’un splendide papillon : l’apollon ;

- la diversité des peuplements de reptiles est élevée (lézard des murailles, lézard des souches, lézard vivipare et coronelle lisse), de nombreuses espèces protégés atteignant ici leur limite altitudinale ;

- enfin, rappelons que les falaises sont de bons sites de nidification pour de nombreuses espèces d'oiseaux protégés (faucon pèlerin, hibou grand duc...).

Les prairies montagnardes pâturées ou fauchées sont assez largement réparties : Montpetot, pied du Larmont, bordure de la RD437... Leur valeur écologique fluctue avec le niveau de fertilisation (la diversité floristique s’appauvrit avec l’augmentation de la fumure) et la présence de bosquets épars ou de haies, ces derniers accompa-gnant généralement les secteurs de pente. Ainsi au pied du Larmont (en allant aux Verrières), le hêtre se mêle à d’autres espèces de feuillus pour former de larges cordons boisés entre les pâturages ; ces cordons sont riches en espèces et jouent un rôle essentiel de corridor écologique.

Les forêts sont de 3 types : érablaies et tiliaies de ravins, hêtraies à dentaire et hêtraies sapinières.

Les forêts de ravins, caractérisées par l’érable, le tilleul et le frêne, occupent les pieds de falaise, les éboulis et les ravins à climat local frais. Ce type de forêt, peu fréquent dans le Haut-Doubs, est bien représenté dans le complexe de la Cluse. Les groupements les plus remarquables se situent au pied des corniches de la Fauconnière ainsi qu’en contrebas du Château de Joux et de façon clairsemée le long des escarpements rocheux surplombant la D67. Outre leur intérêt biologique (il s’agit d’un habitat naturel prioritaire au niveau européen), ces forêts jouent un rôle fondamental pour la protection des sols et des paysages. Il en est de même pour la hêtraie à dentaire, situé au dessus du Fort du Larmont. Ce peuplement est quasi pur et occupe un sol frais et squelettique. 

De moindre intérêt écologique, les autres peuplements forestiers sont pour la plupart des hêtraies-sapinières. Elles sont caractéristiques de l’étage montagnard. et les plus beaux exemples, traités en futaie type jardinée, sont observés en contrebas du Château de Joux et viennent en contact avec l’érablaie de ravin. Hormis leur fonction de production, ces hêtraies-sapinières présen-tent avant tout un intérêt paysager. De façon indirecte, elles participent également au fonctionnement écologique du site.

En dépit de l’altération générale des eaux de la haute vallée du Doubs, la qualité du Doubs et de ses petits affluents demeure une des plus élevées du secteur. Cette remarque s’applique notamment à la diversité biologique et au représentant des groupes les plus sensibles à la pollution. Le peuplement de poissons est toujours en concordance avec le type écologique et présente une riche population de truite locale à robe barrée se reproduisant sur le tronçon.


Vulnérabilité

Malgré quelques extractions anciennes de tourbe, quelques drainages et l’artificialisation d’un tronçon de la Morte (affluent du Doubs) l'état de conservation de l'ensemble de ce secteur reste exceptionnel et les atteintes demeurent faibles. Il est à noter enfin que quelques secteurs bénéficient d’une protection réglementaire du type arrêté de protection de biotope. Il s ’agit des falaises du Larmont et du Fort de Joux, des falaises de la Fauconnière, de la Roche Sarrasine et de l’anse de Fraichelin.