ZNIEFF 220005056
COTEAUX DE L'AUTOMNE DE SAINT-SAUVEUR A GILOCOURT

(n° régional : 60SOI113)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

Les coteaux de la vallée de l'Automne de Saint-Sauveur à Gilocourt, s'étirent sur le flanc droit de la partie aval de la vallée, en lisière méridionale de la Forêt de Compiègne. Ils sont accolés à cette dernière au niveau du Bois de l'Isle, de Champlieu et des Viviers au nord d'Orrouy.

Ils s'inscrivent sur le rebord du plateau tertiaire, au contact entre la région naturelle du Soissonnais et du Valois.

La structure géologique présente une séquence typique du sud-est de l’Oise avec, de bas en haut :

- les colluvions de bas de versants ;

- les sables cuisiens ;

- les épais calcaires lutétiens (une vingtaine de mètres) qui sous-tendent le plateau ;

- les limons de plateau ou loess, en rebord de plateau.

Les profondes digitations des versants génèrent une diversité élevée de conditions microclimatiques, en fonction des expositions des versants, de la raideur des pentes et des affleurements géologiques.

De profondes cavées encaissées, froides et humides s'égrènent à l'amont des vallons étroits.

Sur les versants exposés au sud, où affleurent les sables cuisiens et les calcaires lutétiens, se développent des végétations pelousaires ou forestières typiques de conditions stationnelles xérothermophiles, spécialement au-dessus des villages de Béthisy-Saint-Pierre et de Béthisy-Saint-Martin.

Cette xérophilie est renforcée par un déficit hydrique relatif identifié en vallée de l'Oise, où les totaux pluviométriques annuels ne dépassent guère 600 mm à 650 mm.

Ces conditions sont notamment favorables à la présence de la chênaie pubescente, qui présente ici un développement remarquable.

Les rus de Visery et de Gilocourt, alimentés par plusieurs sources issues de la nappe cuisienne, laquelle repose sur le plancher des argiles sparnaciennes, drainent la partie orientale de la zone. Le ru de Gilocourt est orienté selon un axe nord-est/sud-ouest. Les fortes pentes de ces cours d'eau offrent des conditions favorables au décolmatage des substrats.

On note la présence des milieux suivants :

- des pelouses calcicoles (Festuco lemanii-Anthyllidetum vulnerariae et Fumano procumbentis-Caricetum humilis), alternant avec des groupements ponctuels de l'Alysso-Sedion sur dalles et cailloutis calcaires dans les carrières, et du Veronico scheereri-Koelerietum macranthae sur sables calcaires ;

- des ourlets calcicoles thermophiles (Geranion sanguinei) ;

- des lisières thermophiles du Berberidion et des bois thermocalcicoles du Quercion pubescenti-petraeae ;

- des boisements de pente nord à Hêtre, à Frêne, à Erable, à Tilleul (proches du Lunario redivivae-Acerion pseudoplatani), notamment au niveau des cavées, où se développent des sous-bois à fougères.

Le sigmetum du Quercion pubescenti-petraeae est globalement très bien représenté sur ces coteaux, depuis les pelouses rases, sur sables calcaires à peine stabilisés, jusqu'aux forêts de Chênes pubescents.

Des plantations de pins ont été effectuées en plusieurs points des coteaux.

Quelques petites prairies relictuelles, pâturées ou fauchées, parfois abandonnées à la friche, subsistent parfois à proximité des habitations.

INTERET DES MILIEUX

Parmi les plus remarquables, les forêts thermophiles, les lisières et les pelouses calcicoles, sont des milieux menacés en Europe, inscrites, à ce titre, à la directive "Habitats" de l'Union Européenne. Il en va de même des bois de pentes, recelant entre autres des fougeraies importantes dans les cavées.

Ils abritent de très nombreuses espèces végétales et animales rares et menacées, ces habitats étant, intrinsèquement, de plus en plus rares et dégradés dans les plaines du nord-ouest de l'Europe.

Les coteaux exposés au sud connaissent des influences méridionales permettant la présence de nombreuses espèces végétales, entomologiques et herpétologiques d'affinités subméditerranéennes rares et/ou menacées.

Il s'agit probablement de l'ensemble des coteaux thermophiles sur calcaires et sables calcaires les plus remarquables du département de l'Oise.

Les surfaces boisées autorisent également la présence de grands mammifères en provenance du massif de Compiègne, qui transitent notamment vers la Forêt d'Halatte, via la basse vallée boisée de l'Automne.

Les fortes pentes et les températures fraîches du ru de Gilocourt sont favorables à la vie piscicole et invertébrée. Le tri granulométrique ménage des zones favorables pour la reproduction salmonicole. La diversité des zones de courant et la présence de végétation aquatique sont déterminants dans la diversification des peuplements de macroinvertébrés benthiques.

INTERET DES ESPECES

Faune :

L’herpétofaune comprend le Lézard vert (Lacerta viridis), très rare en Picardie et menacé en France, inféodé aux pelouses thermocalcicoles.

Parmi les oiseaux remarquables figurent :

- la Bondrée apivore (Pernis apivorus), le Pic noir (Dryocopus martius), dans les grandes hêtraies et le Pic mar (Dendrocopos medius), dans les vieilles chênaies. Tous sont inscrits à l'annexe I de la directive "Oiseaux" de l'Union Européenne. On note enfin le Pouillot de Bonelli (Phylloscopus bonelli), qui fréquente les chênaies pubescentes avec des pins.

Dans le ru de Gilocourt, l'intérêt des espèces repose essentiellement sur la présence de peuplements de macroinvertébrés benthiques riches traduisant la diversité des habitats.

Mammalofaune

Le Cerf élaphe (Cervus elaphus) fréquente ces vallons, qui constituent un axe d'échange interforestier crucial pour la pérennisation des brassages génétiques de cervidés dans le sud de l'Oise. On note également la présence du discret Muscardin (Muscardinus avellanarius) et de la Martre des pins (Martes martes).

Les populations de Chiroptères hivernants dans les carrières souterraines abandonnées comprennent les espèces suivantes, menacées en Europe (inscrites en annexe II de la directive "Habitats" de l'Union Européenne) :

- le Vespertilion de Bechstein (Myotis bechsteini),

- le Vespertilion de Natterer (Myotis nattereri),

- le Vespertilion à oreilles échancrées (Myotis emarginatus),

- le Grand Murin (Myotis myotis ),

- le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros),

- l'Oreillard roux (Plecotus auritus).

La flore comprend notamment :

- l'exceptionnel Botryche lunaire (Botrychium lunaria*), donc c'est une des dernières localités de Picardie ;

- le très rare Fumana couché (Fumana procumbens*) ;

- la Bugrane naine (Ononis pusilla*) ;

- le Polygale chevelu (Polygala comosa*) ;

- la rare Gentiane croisette (Gentiana cruciata*) ;

- le Limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum*), d’affinités subméditerranéennes, ici en limite nord d’aire de répartition, comme le Fumana, la Bugrane naine et le Botryche ;

- l'Ophrys araignée (Ophrys sphegodes*) ;

- l'Armérie faux-plantain (Armeria arenaria*) ;

- l'exceptionnelle Laîche des bruyères (Carex ericetorum) ;

- la Laîche humble (Carex humilis) ;

- la Germandrée des montagnes (Teucrium montanum*), sur les pelouses calcaires rases ;

- la Chlore perfoliée (Blackstonia perfoliata) ;

- la Pulsatille vulgaire (Pulsatilla vulgaris) ;

- le Chêne pubescent (Quercus pubescens), sur les lisières thermocalcicoles ;

- l'Alysson calicinal (Alyssum alyssoides) ;

- l'Iberis amer (Iberis amara) ;

- le Thésion couché (Thesium humifusum) ;

- l’Orchis militaire (Orchis militaris) ;

- l'Acéras homme-pendu (Aceras anthropophorum) ;

- la Néottie nid-d'oiseau (Neottia nidus avis) ;

- le Dompte-venin officinal (Vincetoxicum hirundinaria) ;

- les Orobanches de la Germandrée et du Gaillet (Orobanche teucrii, O. caryophyllea) ;

- l’Epipactis rouge foncé (Epipactis atrorubens) ;

- la très rare Véronique de Sheerer (Veronica prostrata susbp. scheereri)...

FACTEURS INFLUENCANT L’EVOLUTION DE LA ZONE

La fermeture des pelouses calcicoles par boisement spontané (avancée progressive de la lisière forestière) ou par plantations, notamment de résineux, entraîne une perte des intérêts paysager et biologique des coteaux. Cette fermeture est insuffisamment contenue par l’action des trop rares lapins et des cervidés (cerfs et chevreuils).

Les pelouses s'embroussaillent à partir des lisières et le cortège floro-faunistique, inféodé aux espaces héliophiles, régresse petit à petit.

Ainsi, des coupes circonstanciées des broussailles envahissantes, suivies d'une exportation des produits de coupe, seraient souhaitables, en dehors de la saison de reproduction. Et ce à l'instar des opérations exemplaires menées par l'Office National des Forêts sur la partie domaniale voisine (Bois de l'Isle).

Pour les mêmes raisons, le boisement des lisières et des clairières serait à éviter.

Par ailleurs, le maintien d’un réseau de vieux arbres, sénescents ou morts dans les bois (quelques-uns à l’hectare au minimum), est très favorable à la présence de populations d’insectes, de mammifères (chiroptères) et d’oiseaux cavernicoles rares et menacés.

Le manque d'entretien léger des cours d'eau ainsi que les pratiques agricoles favorisent l'envasement et le colmatage des substrats. Ceci est préjudiciable, notamment au niveau des zones de frayères potentielles. Le cloisonnement du cours d'eau, par des embâcles essentiellement, limite les migrations piscicoles vaers les zones de frayères potentielles et favorise l'accumulation des sédiments.

N.B. Les espèces dont le nom est suivi d'un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Les contours de la zone englobent les milieux les plus précieux pour leurs habitats, leur flore et faune et leur intérêt paysager. Les milieux urbanisés et les cultures sont évités. La zone comprend également le lit mineur du ru de Gilocourt depuis sa source.