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ZNIEFF 730012102
Montagnes entre la haute vallée de la Garonne et la haute vallée du Lez

(n° régional : Z2PZ2062)

Commentaires généraux

Cette ZNIEFF de type 2 se situe dans la partie centrale de la chaîne pyrénéenne, à cheval sur les départements de la Haute-Garonne et de l’Ariège. Elle rassemble le sud-est du Comminges et le sud-ouest du Couserans. Ces montagnes sont dominées au sud par le pic de Crabère (2 629 m) et le pic de Maubermé (2 880 m) sur la ligne de crête franco-espagnole. Le site est délimité par les vallées de la Garonne à l’ouest, du Lez à l’est et de la Bellongue au nord. La géologie est des plus complexes avec des unités calcaires alternant avec des zones de roches cristallines. L’essentiel du site appartient à la zone axiale des Pyrénées ou « haute chaîne primaire ». La crête frontière est constituée par des terrains paléozoïques : les roches y sont majoritairement schisteuses avec quelques passages gréseux et des intercalations calcaires, surtout importantes du côté ariègeois. Le climat est de type montagnard, marqué par des influences atlantiques, les isothermes annuelles s’échelonnant de 0°C sur les sommets les plus élevés à 10°C dans les parties les plus basses. Les précipitations sont assez élevées en moyenne, mais restent contrastées, allant de 1 100 mm par an au fond de la vallée de la Garonne à plus de 1 600 mm par an dans les hautes vallées ainsi que sur les crêtes frontalières. L’enneigement est fréquent au-dessus de 1 000 m, et durable plusieurs mois de suite au-dessus de 1 500 à 2 000 m. La diversité géologique couplée à une amplitude altitudinale importante (la zone s’étend de 500 m à plus de 2 800 m d’altitude) entraîne une diversité importante d’habitats naturels. Aux étages collinéen et montagnard, les milieux dominants sont forestiers avec, selon la gestion forestière, l’exposition et l’altitude, des hêtraies, hêtraies-sapinières et sapinières. Aux étages subalpins et alpins, ce sont les landes et les pelouses qui prédominent. Les habitats les plus remarquables sont liés, pour la plupart d’entre eux, soit aux zones humides, soit aux zones rocheuses. Le plateau d’Uls au nord du pic de Crabère forme le plus vaste système tourbeux de Haute-Garonne. Cet ensemble de replats dominés par les pics des Coupets et de Pièle de Mil est constitué d’un étang d’eau peu profonde et de dizaines de mares, parfois temporaires. Il comprend un complexe d’habitats d’un très grand intérêt (bas-marais acides, gazons amphibies d’isoètes, tremblants à Carex rostrata, buttes de sphaignes ombrotrophes, mares à Sphagnum cuspidatum...). D’autres complexes tourbeux sont présents localement sur la ZNIEFF. Pour les milieux rocheux, nous mentionnerons les communautés d’orpins et de joubarbes des affleurements et rochers érodés, les parois calcaires du Saxifragion mediae, les éboulis siliceux du Galeopsion pyrenaicae et du Senecion leucophyllae. On notera également, parmi les habitats déterminants de la zone, des formations originales liées aux sources pétrifiantes calcaires présentes surtout à basse altitude, et des sapinières à Rhododendron dans certains secteurs en ombrée.

La diversité des milieux présents permet à une flore riche et variée de s’exprimer. La position centrale de cette ZNIEFF dans la chaîne des Pyrénées entraîne la présence d’espèces végétales de domaines différents qui se trouvent ici en limite d’aire de répartition. Ainsi l’Agrostide de Durieu (Agrostis durieui), la Phalangère à feuilles planes (Simethis mattiazzii) et l’Ajonc nain (Ulex minor) sont des espèces d’influence atlantique en limite orientale pour les Pyrénées, tandis que le Genêt purgatif (Cytisus oromediterraneus), le Céraiste des Pyrénées (Cerastium pyrenaicum) et l’Asarine couchée (Asarina procumbens), ici en limite occidentale, témoignent d’une influence méditerranéenne. Parmi les très nombreuses espèces déterminantes mentionnées, plus d’une vingtaine sont protégées, que ce soit au niveau régional, national ou européen. C’est le cas des espèces mentionnées ci-après (hormis les sphaignes). Les milieux humides ou tourbeux hébergent le Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia) et la Petite utriculaire (Utricularia minor), deux espèces carnivores, le Lycopode inondé (Lycopodiella inundata), les deux espèces d’isoètes (Isoëtes lacustris et Isoëtes echinospora), la Linaigrette engainante (Eriophorum vaginatum) et le Troscart des marais (Triglochin palustris). En outre, 17 espèces de sphaignes sont mentionnées sur la ZNIEFF, et confirment la richesse de ces milieux. Les fissures des rochers, éboulis et pelouses qui les colonisent sont l’habitat de nombreuses espèces à répartition limitée : la Pédiculaire d’Allioni (Pedicularis rosea subsp. allionii), dont les seules stations connues se trouvent sur cette zone, le Pigamon à gros fruits (Thalictrum macrocarpum), une espèce endémique des Pyrénées qui affectionne les escarpements en ombrée, l’Érodium glanduleux (Erodium glandulosum), endémique des Pyrénées et du nord de l’Espagne, la Bartsie en épi (Nothobartsia spicata), endémique des Pyrénées centrales et occidentales, et le Géranium cendré (Geranium cinereum), présent en France uniquement dans les Pyrénées. D’autres espèces des rochers sont spécifiques des étages subalpins et alpins. C’est le cas de l’Androsace des Pyrénées (Androsace pyrenaica), endémique des Pyrénées centrales, de l’Androsace de Vandelli (Androsace vandellii) et de la Drave douteuse (Draba dubia). L’Anogramme à feuilles minces (Anogramma leptophyla) est une fougère annuelle qui pousse sur les falaises siliceuses à basse altitude. Elle profite ici des conditions climatiques plus « chaudes » de la vallée de la Garonne. Autre espèce thermophile, l’Orchis parfumé (Orchis coriophora subsp. fragrans) pousse quant à lui dans les prairies bien exposées de la vallée du Lez. Trois orchidées rares sont présentes dans les sous-bois frais : l’Épipogon sans feuilles (Epipogium aphyllum), la Listère en cœur (Listera cordata) et la Racine-de-corail (Corallorhiza trifida). La Phyllodoce bleue (Phyllodoce caerulea) est une espèce rare des landes alpines connue en France uniquement dans les Pyrénées centrales. Parmi les nombreuses espèces déterminantes de champignons, plusieurs sont particulièrement remarquables. Hericium coralloides et Janoporus hirtus, deux espèces saproxyliques respectivement rare et très rare, poussent sur les vieux troncs pourrissants de sapins. Hemipholiota myosotis et Omphalina sphagnicola, tous deux assez rares, sont caractéristiques des tourbières, et Russula aquosa est une espèce rare inféodée aux forêts tourbeuses. Parmi les espèces faunistiques présentes sur la zone, plusieurs sont emblématiques des montagnes pyrénéennes. Au premier rang de celles-ci, on mentionnera l’Isard (Rupicapra rupicapra) et l’Ours brun (Ursus arctos), qui a été réintroduit sur le site à partir de 1996 et pour lequel deux zones de mise bas ainsi que plusieurs tanières d’hibernation sont connues. Espèce originale, le Desman des Pyrénées ou « rat trompette » (Galemys pyrenaicus) bénéficie de nombreux cours d’eau peu perturbés. Ce petit mammifère est endémique des Pyrénées et du quart nord-ouest de la péninsule Ibérique. En ce qui concerne les oiseaux, nous mentionnerons le Grand Tétras (Tetrao urogallus), dont les populations ne cessent de régresser, qui niche dans les secteurs de vieilles forêts. La faune herpétologique est représentée entre autres par l’Euprocte (Euproctus asper), un amphibien endémique de la chaîne pyrénéenne, présent ici dans de nombreux torrents et ruisselets. D’autres espèces moins charismatiques méritent tout de même d’être mentionnées. Citons, pour les oiseaux, la Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus), qui affectionne les peuplements âgés de hêtres et de sapins, le Hibou grand-duc (Bubo bubo), qui niche dans les falaises des zones de basse altitude, la Perdrix grise de montagne (Perdix perdix hispanicus) et le Lagopède alpin (Lagopus mutus), présents au-dessus de la limite des forêts. Parmi les reptiles, le Lézard des Pyrénées du val d’Aran (Iberolacerta aranica) est lié aux formations rocheuses et éboulis froids. Le secteur entre le Crabère et le pic de Barlonguère, au-dessus de 1 900 m, abrite l’essentiel des populations de cette espèce ; trois autres localités sont situées au nord du mont Valier. Parmi les invertébrés, plus d’une centaine d’espèces déterminantes sont mentionnées. En ce qui concerne les coléoptères, deux cortèges sont à signaler : des espèces cavernicoles avec les genres Aphaenops, Hydraphaenops, Geotrechus et Speonomus, qui regroupent au total une quinzaine d’espèces pour la plupart endémiques des Pyrénées voire micro-endémiques pour certaines d’entre elles, et des espèces saproxyliques (plus de 40 espèces déterminantes). Chez les rhopalocères, on retiendra l’Azuré du serpolet (Maculinea arion), la Bacchante (Lopinga achine), les sous-espèces pyrénéennes de l’Apollon (Parnassius apollo pyrenaica) et du Semi-apollon (Parnassius mnemosyne vernetanus), tous les quatre protégés en France. Pour les orthoptères, les trois espèces mentionnées sont, comme leur nom l’indique, endémiques des Pyrénées ; il s’agit de la Miramelle des Pyrénées (Cophopodisma pyrenaea), du Gomphocère pyrénéen (Gomphoceridus brevipennis) et de la Decticelle des Pyrénées (Metrioptera buyssoni). En ce qui concerne les odonates, nous mentionnerons la Leucorrhine douteuse (Leucorrhinia dubia), pour laquelle le secteur du plateau d’Uls héberge les seules populations de Haute-Garonne. Pour les mollusques, on relève 4 espèces déterminantes dont trois ont une aire de répartition limitée (Abida pyrenaearia vergniesiana, Cochlostoma nouleti et Pyrenaearia carascalensis). On mentionnera enfin 6 espèces déterminantes de crustacés, plus d’une vingtaine d’espèces déterminantes de collemboles et presque autant de syrphes.

Les principaux facteurs d'évolution de ce secteur encore préservé sont liés aux activités humaines à travers l’exploitation des ressources naturelles et le potentiel touristique : les zones les plus proches des routes et du réseau des pistes forestières sont les plus sujettes à destruction directe, ainsi que les alentours immédiats de la station de ski du Mourtis. L’exploitation forestière peut constituer une source de dérangement pour des espèces qui y sont particulièrement sensibles telles que le Grand Tétras, et avoir un impact conséquent sur les communautés floristique et fongique, des vieilles sapinières notamment. L’abandon du pastoralisme et la fermeture des milieux (pelouses) constituent une menace à long terme sur la diversité. Enfin, des phénomènes d’assèchement ou d’atterrissement menacent directement le complexe de zones humides et tourbeuses en mosaïque dans cette ZNIEFF.

Commentaires sur la délimitation

Les contours de cette ZNIEFF de type 2 reposent principalement sur des critères géomorphologiques (crêtes et talwegs). À l’ouest, la limite suit le fond de la vallée de la Garonne. Sur toute la partie sud, elle suit la crête frontière jusqu’au port de l’Esque, en passant par le Crabère et le pic de Maubermé. Au sud-est, le ruisseau de l’Orle constitue la limite avec la ZNIEFF du « massif du mont Valier », le Lez étant la limite nord-est. Enfin, au nord, ce sont les bas de versant des montagnes calcaires d’altitude moyenne, la haute vallée du Ger et la vallée de la Bouigane qui constituent les limites. Quatre ZNIEFF de type 1 composent cette vaste zone : « Versant nord du massif du Crabère et massifs annexes de Saint-Béat à Saint-Lary », « Sud de la vallée de la Bellongue », « Vallée du Biros » et « Partie médiane du Lez et affluents entre Sentein et Les Bordes-sur-Lez ». Cette ZNIEFF de type 2 inclut également certains secteurs plus anthropisés comme les villages de Sentein, Antras, ou Irazein, jugés de taille néglgeable par rapport à la superficie de la ZNIEFF, ainsi que la station de ski de Mourtis, qui héberge quant à elle des enjeux naturels.