ZNIEFF 730012162
Massif karstique du Monné, Tucou, Bédat

(n° régional : Z2PZ0093)

Commentaires généraux

Cette ZNIEFF constitue un échantillon représentatif d’un riche ensemble de collines du piémont nord-pyrénéen des Pyrénées centro-occidentales, largement soumis aux influences océaniques. Les substrats géologiques sont variés avec notamment une variété de roches carbonatées datées du Secondaire ainsi que des roches plus acides (flysch noir des Baronnies, et localement ardoisières). La topographie est marquée par des collines assez élevées (de 522 m au point le plus bas, jusqu’à 1 259 m au sommet du grand Monné), entaillées par de profonds petits bassins versants globalement exposés au nord, accueillant des petits torrents et ruisseaux, certains temporaires, empruntant parfois des gorges abruptes, et fréquemment surplombés de versant acérés avec des affleurements rocheux. Les cavités sont nombreuses dans la roche karstique et affleurent parfois, notamment au niveau des gorges et des entailles des pistes forestières. L’étage collinéen et la base de l’étage montagnard sont représentés. La végétation largement forestière est dominée par des hêtraies-chênaies-frênaies avec dans certains secteurs le Châtaignier à l’étage collinéen, et par des hêtraies et hêtraies-sapinières à l’étage montagnard. Des peuplements forestiers hétéroclites et exotiques issus de plantations sont également présents, principalement sur le Bédat et le mont Olivet. Des espaces pastoraux sont bien représentés par des pelouses-ourlets plus ou moins colonisées par des landes atlantiques à Bruyère vagabonde (Erica vagans) et Ajonc nain (Ulex minor) et fréquemment écobuées, et des prairies plus grasses dont quelques-unes fauchées. Des buxaies de différents types sont également bien représentées sur roches carbonatées (en situation de reconquête et en situation plus stationnelle).

La diversité des roches et de la topographie permet l’expression d’une grande diversité de types d’habitats dont certains sont déterminants : chênaies-frênaies de fonds de vallons froids (Fraxino-Quercion roboris) occupant toujours de faibles superficies, micro-forêts alluviales en bordure de ruisseaux (Alnenion glutinoso-incanae) ; hêtraies-chênaies neutrophiles (Carpion s.l.), parois calcaires sèches (Saxifragion mediae) et fraîches (Violo-Cystopteridion), sources et suintements d’eau carbonatée (Riccardio-Eucladion verticillati) et pelouses calcicoles des Pyrénées occidentales (Mesobromion ou Potentillo-Brachypodion). En plus de ces types déterminants, il faut citer plusieurs autres types d’habitats d’intérêt : des hêtraies calcicoles édaphoxérophiles, quelques beaux complexes prairiaux (en particulier au niveau du vallon de Salut), des buxaies arborescentes hygrosciaphiles au fond des ravins, quelques vieilles buxaies à évolution lente ou plus ou moins bloquée en condition plus xérophile...

Le site héberge des espèces de flore vasculaire intéressantes telles que les saxicoles Calamagrostide argentée (Achnatherum calamagrostis), assez rare sur les Pyrénées, et Ramondie des Pyrénées (Ramonda myconi), dont il s’agit de l’une des stations les plus septentrionales (si ce n’est la plus septentrionale). La flore atlantique est bien représentée, avec notamment l’Osmonde royale (Osmunda regalis), l’Avoine de Thore (Pseudarrhenatherum longifolium) et l’Ajonc nain (Ulex minor). Les prairies humides du vallon de Salut hébergent une flore diversifiée avec notamment le Scirpe des marais (Eleocharis palustris). À noter également la présence de l’Épipactis à petites feuilles (Epipactis microphylla), une espèce des forêts calcicoles.

Une espèce de bryophyte hygrothermophile remarquable (et déterminante) est présente (et connue depuis le début du XXe siècle) sur le site, Dumortiera hirsuta, à la faveur des eaux chaudes de la source thermale de Salut.

Les champignons ont été partiellement étudiés sur le site, mais suffisamment pour mettre en évidence des enjeux majeurs à l’échelle régionale, nationale, voire internationale, avec une diversité très élevée et de nombreuses espèces rares à très rares. Les habitats à très forts enjeux mycologiques sont en particulier les ravins calcaires hyper-hygrosciaphiles, les buxaies calcicoles anciennes et les pelouses calcicoles. On citera par exemple une forte diversité dans les Camarophyllopsis (5 espèces sur les 7 ou 8 de la fonge française !), Dermoloma (la quasi-totalité des espèces françaises), Hygrocybe, clavariacées (avec notamment les rares Ramariopsis pulchella et Ramariopsis tenuiramosa), géoglossacées, entolomatacées (avec notamment le très rare Entoloma henrici), Pluteus avec une espèce présumée disparue en Europe, Pluteus fenzlii, trouvée en 2003 et 2005 au ravin de la Tapère (CORRIOL & MOREAU, 2007). Plusieurs champignons observés sur le site sont encore à l’étude et appartiennent probablement à des espèces inédites, en particulier parmi les genres Rhodocybe, Pseudobaeospora et Mycenella.

Les lichens ont été très peu étudiés sur le site, mais quelques espèces épiphylles remarquables ont été identifiées sur des feuilles de buis du ravin de la Tapère.

La zone présente une variété de milieux également propice à une forte diversité faunistique.

Le réseau hydrographique, qu’il soit de surface ou souterrain, offre des milieux présentant une faune bien spécifique, avec souvent un fort endémisme.

Le ravin de la Tapère héberge quelques amphibiens comme la Salamandre fastueuse (Salamandra salamandra fastuosa) ainsi que l’un des secteurs les plus septentrionaux pour l’Euprocte des Pyrénées (Euproctus asper), et à très basse altitude. On y trouve également divers mollusques terrestres (Cochlostoma obscurum obscurum).

La tiédeur du ruisseau du Salut, l’Ayguo Tébio, a probablement conduit au micro-endémisme de certains mollusques (dont Theodoxus fluviatilis thermalis). Les abords de ce cours d’eau intéressent une riche faune d’odonates tels que l’Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale) ou encore le Gomphe à crochets (Onychogomphus uncatus).

Parmi les nombreuses cavités souterraines, la grotte du Bédat est particulièrement intéressante en ce qui concerne sa faune troglobie, diversifiée et fragile. On y trouve 2 espèces de coléoptères et 1 espèce de myriapode très rare, ainsi qu’un cortège déterminant de 5 espèces de chauves-souris, essentiellement en hivernage. Cette grotte est d’ailleurs identifiée comme l’un des sites majeurs pour la conservation des chiroptères dans la région. Elle fait l’objet d’un suivi régulier pour ces populations de rhinolophidés. Elle pourrait aussi être d’une grande importance pour la conservation du Minioptère de Schreibers (Miniopterus schreibersii).

Le cœur de Salut constitué par les bâtiments et les milieux environnants est également d’un grand intérêt pour les chauves-souris. Une dizaine de gîtes sont présents dans les bâtiments. Ils n’accueillent pas moins de 7 espèces selon les saisons, formant un cortège déterminant. En été, la nurserie de grands rhinolophes et de murins à oreilles échancrées des combles des anciens thermes de Salut est l’une des plus importantes de la région. Elle a atteint en 2008 un effectif de 650 individus (jeunes et femelles).

Les animaux utilisant ces gîtes ainsi que d’autres espèces gîtant en dehors du pourtour du site chassent les insectes et d’autres invertébrés sur ces terrains extrêmement riches et variés.

Il reste certainement encore beaucoup à découvrir dans la plupart des groupes faunistiques de ce site. On peut déplorer la quasi-absence de données concernant les poissons, les insectes ou les arachnides.

Le site représente un ensemble d’une grande diversité écosystémique et en termes de biodiversité taxonomique, avec des logiques fonctionnelles de bassins versants. Il est représentatif et en même temps sans doute particulièrement remarquable au niveau du piémont pyrénéen calcaire sous influences atlantiques. Des ravins à conditions abyssales remarquables contribuent grandement à l’originalité du site. Il héberge par ailleurs des communautés cryptogamiques de valeur nationale voire internationale. Les différents types de buxaies dont la dynamique est encore mal connue en sont en partie responsables. Il faut noter à ce sujet que les buxaies arborescentes hyper-hygrosciaphiles des fonds de ravins sont touchées de façon généralisée par une épidémie, probablement fongique, d’origine inconnue, qui touche par ailleurs une grande partie du piémont nord-ouest pyrénéen depuis quelques années et qui aura probablement des conséquences sur une partie des biocénoses associées.

Commentaires sur la délimitation

Il s’agit d’un site représentatif du piémont pyrénéen océanique, délimité par un ensemble de bassins versants globalement orientés au nord sur un territoire peu habité. La géologie y est complexe, mais les substrats carbonatés et la géologie karstique y sont bien représentés, avec de nombreux ravins et cavités souterraines.

La limite est est arrêtée par l’agglomération de Bagnères et par le lit de l’Adour plus au sud, jusqu’à Beaudéan. Le contour au sud s’arrête aux premières habitations du vallon de Serris, et en partant vers l’est longe le massif forestier du Castelmouly, excluant ainsi la plaine d’Esquiou. La limite ouest s’appuie sur la rive droite de la Gailleste (qui fait l’objet d’une autre ZNIEFF). La carrière de la Gailleste a été exclue.