Logo SINP - Système d'information sur la nature et les paysages

ZNIEFF 730030481
Prairies naturelles, bois et ruisseaux des vallées de la Justale et du Louch-Rieumajou

(n° régional : Z2PZ0296)

Commentaires généraux

Ce site correspond aux zones inondables des ruisseaux de la Justale, du Louch et du Rieumajou. Il fait partie du bassin versant de l’Arbas. À une altitude comprise entre 300 et 450 m (étage collinéen), ces deux cours d’eau serpentent d’ouest en est en traversant des paysages de l’ancien bocage. Il s’agit d’un milieu dominé par des prairies, fauchées ou pâturées, ainsi que par des bosquets et des bois qui recouvrent les principales pentes, bien que quelques cultures apparaissent çà et là. Les enjeux naturalistes concernent trois grands types d’unités écologiques : les milieux aquatiques (lits mineurs des ruisseaux, mares, fossés ou sources), les prairies naturelles et, à un degré moindre, les peuplements forestiers. Le ruisseau de la Justale, contrairement au ruisseau du Louch et Rieumajou, ne s’est pas tari lors des deux dernières périodes de grande sècheresse ayant sévi en Comminges. Ces cours d’eau sont anciennement connus pour être des zones à Truite et à Écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes), mais aujourd’hui, les effectifs de ces deux espèces ont fortement régressé. En effet, l’écrevisse indigène, dont seuls quelques individus isolés ont été recensés en deux localités, semble en voie de disparition sur ce territoire, notamment en raison de pollutions ponctuelles de l’eau et d’une modification de son biotope suite à l’évolution des pratiques agricoles. Ainsi, les traitements herbicides réalisés en bordure des cours d’eau, le piétinement du lit mineur par les troupeaux, les coupes rases des arbres et arbustes sur les berges, la conversion des prairies en cultures et l’augmentation de la fertilisation des surfaces en herbe altèrent progressivement l’habitat de cet invertébré aquatique. Toutefois, sur un tronçon préservé de la Justale, on retrouve le cortège typique de poissons des ruisseaux et rivières du piémont avec le Goujon (Gobio sp.), le Vairon (Phoxinus phoxinus) et la Loche franche (Barbatula sp.). 19 espèces de libellules ont été observées, parmi lesquelles quatre odonates déterminants, dont l’Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), qui est protégé en France. Cette petite libellule caractéristique du bocage vit à proximité de fossés en eau, d’un canal et de sources. Elle a aussi été vue dans une prairie très longuement inondée, en compagnie de l’Agrion nain (Ischnura pumilio), une espèce pionnière adaptée à des milieux susceptibles d’être exondés en période estivale. Ces libellules sont particulièrement menacées par le drainage des parcelles et le traitement herbicide des fossés et des sources. La Cordulie métallique (Somatochlora metallica metallica), une espèce rare en Midi-Pyrénées, et le Gomphe à crochets (Onychogomphus uncatus) se reproduisent probablement dans les lits mineurs de la Justale. Quatre mâles isolés de la Cordulie métallique ont été observés sur une période de trois mois (d’août à novembre 2008), au niveau de la confluence entre la Justale et le ruisseau du Louch et Rieumajou. Le Gomphe à crochets est, quant à lui, assez commun sur ce territoire.

La richesse en espèces déterminantes des prairies naturelles constitue l’autre enjeu majeur de cette ZNIEFF. La composition floristique de ces prairies dépend de plusieurs facteurs : l’hygrométrie du sol, le niveau de fertilisation, une pratique agricole privilégiant le pâturage ou la fauche... Les prairies fauchées et peu fertilisées présentent des cortèges de plantes parmi les plus riches en termes d’espèces déterminantes. La prairie de fauche de l’alliance phytosociologique du Bromion racemosi (37.21), peu fréquente sur ce site, se rencontre sur des sols régulièrement engorgés au printemps, puis secs en été et en automne. Le maintien de la fauche traditionnelle avec un niveau de fertilisation faible permet à plusieurs espèces patrimoniales de se développer : l’Orchis incarnat (Dactylorhiza incarnata subsp. incarnata), une orchidée rare, l’Ophioglosse commun (Ophioglossum vulgatum), une petite fougère discrète, et l’Œnanthe faux boucage (Oenanthe pimpinelloides). La Fritillaire pintade (Fritillaria meleagris), protégée en Haute-Garonne, est également caractéristique de ce type de prairie de fauche humide. Cependant, elle occupe ici uniquement des situations de refuge : coin d’une parcelle, lisière forestière et boisement riverain. La Fritillaire est désavantagée par le pâturage précoce, la fertilisation massive ou le drainage des prairies. Il y a quelques décennies, elle s’épanouissait probablement à l’intérieur des prairies de fauche humides, en bordure de ces ruisseaux. Dans les niveaux topographiques légèrement supérieurs, on trouve la prairie de fauche atlantique (38.21), qui est un habitat déterminant et d’intérêt communautaire (relevant de la directive européenne « Habitats-Faune-Flore, 92/43/CEE »). Ce type de prairie, qui est en régression, peut être rattaché à l’association phytosociologique du Lino biennis-Cynosuretum cristati. Toutefois, en zone inondable, les prairies pâturées relativement pauvres en espèces patrimoniales représentent la majorité des surfaces en herbe. Cependant, parmi ces prairies pâturées, celles qui sont hygrophiles et peu amendées, et où l’on observe une acidification des sols, abritent les plantes déterminantes en plaine suivantes : l’Achillée ptarmique (Achillea ptarmica), le Carum verticillé (Carum verticillatum) et le Mouron délicat (Anagallis tenella). Les prairies hygrophiles naturelles et peu amendées sont favorables à un riche cortège d’orthoptères (bien que non déterminants ici pour la plupart). On y trouve régulièrement le Grillon des marais (Pteronemobius heydenii), le Criquet des roseaux (Mecosthetus parapleurus), la Decticelle bariolée (Metrioptera roeselii), le Criquet ensanglanté (Stetophyma grossum) et le Criquet des pâtures (Chortippus parallelus). Notons également, dans une prairie mésohygrophile en bordure de la Justale, une donnée concernant la Courtilière commune (Gryllotalpa gryllotalpa), une espèce déterminante en régression en Midi-Pyrénées. Plusieurs populations de la Decticelle aquitaine (Zeuneriana abbreviata) ont été recensées dans les mégaphorbiaies et les prairies humides gérées de façon extensive. Cette sauterelle déterminante et endémique pyrénéo-cantabrique se trouve ici en limite orientale de son aire de répartition. Elle n’aurait jamais été recensée dans le Couserans qui est limitrophe de ce secteur géographique, pas plus que dans le reste de l’Ariège. Un adulte du Grillon des torrents (Pteronemobius lineolatus, déterminant) a été capturé dans une habitation située à côté de la Justale (moulin de Sarous). Il est donc possible que ce grillon, discret et difficile à observer, vive dans les lits mineurs de ce territoire. Parmi les papillons, le Miroir (Heteropterus morpheus) constitue l’observation naturaliste la plus intéressante. Les boisements de ce site présentent des enjeux écologiques : impluvium, filtration des eaux de ruissellement, corridor pour la faune... Ils comportent en outre des bryophytes patrimoniales. Trichocolea tomentella croît dans des talwegs humides et ombragés. Quant à Rhodobryum ontariense, qui se développe en forêt sur rochers calcaires, c’est une mousse qui est rarement inventoriée en Midi-Pyrénées. L’Aubépine à deux styles (Crataegus laevigata) compose également la strate arbustive des peuplements forestiers. C’est un arbuste assez fréquent dans le piémont commingeois. Parmi les petits mammifères, l’Hermine (Mustela erminea, non déterminante ici dans les Pyrénées) a été observée ici à basse altitude, lors de l’hiver 1999. La Genette (Genetta genetta, non déterminante) fréquente elle aussi ce site.

Les zones inondables de ces petits ruisseaux renferment des espèces rares et patrimoniales pour le Comminges, qui sont, par ailleurs, en voie de régression. Ces richesses naturalistes constituent un patrimoine naturel dont la conservation résulte de pratiques agricoles extensives ayant façonné ce paysage de bocages. Ces zones inondables ont également une fonction écologique d’épuration naturelle de l’eau et de limitation du phénomène d’érosion des sols.

Commentaires sur la délimitation

Le contour du site englobe, en particulier, les zones inondables du ruisseau de la Justale et celles du ruisseau du Louch et Rieumajou, ainsi que toutes les zones humides en lien fonctionnel avec ces cours d’eau (sources, ruisselets, mouillères). De plus, certains bois et diverses prairies naturelles mésophiles, situés sur les versants de ces vallées, sont associés à cette ZNIEFF. Des espèces déterminantes, caractéristiques des zones humides, sont présentes sur ce territoire. De même, les prairies naturelles mésophiles fauchées, ainsi que les bois, comportent d’autres enjeux. Tous ces milieux appartiennent à la même unité écologique fonctionnelle, celle du bassin versant. Le Louch est intégré depuis sa source, tandis que l’extrême amont de la Justale est écarté de par son moindre intérêt.