ZNIEFF 930012755
LA HAUTE DURANCE, SES ISCLES ET SES RIPISYLVES D'ESPINASSES À TALLARD

(n° régional : 05132221)

Commentaires généraux

Description

Le site correspond à la portion de la Durance, de ses berges et milieux associés : iscles, bras et terrasses alluviales basses, établi sur la bordure sud du département des Hautes-Alpes, en limite avec le département des Alpes de Haute Provence, entre la retenue de l’Espinasse et la petite ville de Tallard.

Il site bénéficie d’un climat supra-méditerranéen à tendance continentale, avec une saison estivale marquée par un fort déficit de précipitations.

Situé dans la zone biogéographique des Préalpes delphino-provençales, en marge du secteur méditerranéen, à la rencontre des influences méditerranéennes et alpines, le site est inclus dans l’étage de végétation supra-méditerranéen, entre 599 m et 642 m d’altitude.

Bien que relativement étroit sur ce secteur, le lit de la Durance a tout de même créé différents habitats caractérisés par une bonne représentativité de tous les stades de la dynamique de végétation, depuis les stades initiaux composés de bancs de graviers nus, en passant par les formations pionnières de colonisation des alluvions et délaissées, les saulaies arbustives et de larges ripisylves, où se rencontrent à la fois des espèces végétales d'origine montagnarde et méditerranéenne.

La végétation est dominée par des formations de hautes herbes, de fourrés et de forêts riveraines ou ripisylves. Les bancs de galets y ont une extension limitée, mais deviennent plus fréquents dans la partie aval du site.

Milieux remarquables

La cladiaie (53.3) ou formation palustre dominée par le Marisque (Cladium mariscus), limitée à des taches de faibles surfaces, représente le seul habitat déterminant du site.

Celui-ci compte cinq autres habitats remarquables : les groupements amphibies méridionaux (22.34), qui se développent sur les vases exondées, les prairies humides hautes à Reine des près (Filipendula ulmaria) et formations végétales associées [all. phyto. Thalictro flavi-Filipendulion ulmariae (37.1)], les ripisylves-galeries de Saule blanc (Salix alba) [all. phyto. Salicion albae (44.141)], les boisements riverains en galeries d’Aulne blanc (Alnus incana) [all. phyto. Alnion incanae (44.21)] et les ripisylves méditerranéennes à peuplier, orme et frêne [all. phyto. Populion albae (44.61)].

Notons la présence de deux autres habitats présentant un intérêt écologique important : les fourrés de saules pionniers des berges et alluvions torrentielles à Saule drapé (Salix elaeagnos), Saule pourpre (Salix purpurea) et Myricaire d’Allemagne (Myricaria germanica) [all. phyto. Salicion incanae (44.111 et 24.223)] et la végétation pionnière herbacée des alluvions et bancs de graviers méditerranéens à Pavot cornu (Glaucium flavum) [all. phyto. Glaucion flavi (24.225)], milieu dont il s’agit ici des remontées les plus en amont sur le cours de la Durance.

Flore

Du fait de l’imbrication complexe de petits milieux divers, engendré par la très forte diversité des conditions écologiques stationnelles (gradients d’humidité, substrat vaseux, sableux, graveleux ou caillouteux …), le site présente une flore d’un grand intérêt patrimonial et permet la remontée de nombreuses espèces végétales méditerranéennes rares dans le département des Hautes Alpes.

Le site abrite six espèces végétales déterminantes deux une protégées en Provence-Alpes-Côte-d’Azur : la Polygale grêle (Polygala exilis) et la Centaurée de Favarger (Centaurium favargeri), petite gentianacée rarissime en France affectionnant les limons humides exondés des rivages de la Durance. Les autres espèces déterminantes du site sont : le Potamot des tourbières alcalines (Potamogeton coloratus), la Fléole rude (Phleum paniculatum), la Clématite droite (Clematis recta), rare renonculacée d’affinité orientale liée aux lisières et bois clairs des plaines alluviales et la Potentille inclinée (Potentilla inclinata).

Il abrite aussi une espèce remarquable protégée au niveau national : la Petite massette (Typha minima).

Faune

Dix espèces animales patrimoniales, dont trois déterminantes, ont été dénombrées sur le site.

Les mammifères locaux sont représentés par le Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), espèce remarquable et menacée, en régression partout en France, et le Grand Murin (Myotis myotis), espèce remarquable plutôt commune mais localement en régression. Les oiseaux nicheurs comprennent quant à eux notamment le Pic épeichette (Dendrocopos minor), le Chevalier guignette (Actitis hypoleucos), le Héron bihoreau (Nycticorax nycticorax) et le Cincle plongeur (Cinclus cinclus). Les poissons d’eau douce comprennent notamment le Blageon (Leuciscus soufia), le Toxostome (Chondrostoma toxostoma), le Barbeau méridional (Barbus meridionalis).

L’insuffisance de connaissance entomologique se traduit par la présence d’une seule espèce d’insecte d’intérêt patrimonial, l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), papillon de jour remarquable et protégé au niveau européen, inféodé aux bois clairs et ensoleillés, pelouses et friches sèches avec présence de ses plantes hôtes, des serpolets et de sa principale fourmi hôte, Myrmica sabuleti..

Notons sur cette portion de la Durance, deux espèces très rares et menacées d’orthoptères ont été signalées et mériteraient des recherches ciblées, le Criquet des iscles (Chorthippus) et l’Oedipode des torrents (Epacromius tergestinus), tous deux strictement inféodés aux plages sablonneuses ou limoneuses dans le lit mineur des rivières en tresses.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 1 est incluse dans la ZNIEFF de type 2 «05_132_100 - La haute Durance à l'aval de Serre-Ponçon jusqu'à Sisteron».

Elle jouxte par ailleurs la ZNIEFF de type 1 «04_142_137 - La haute Durance, ses iscles et ses ripisylves d'Espinasses à Tallard », établie de façon limitrophe sur le département des Hautes Alpes et qui est elle-même incluse dans la ZNIEFF de type 2 «04_142_100 - La haute Durance à l'aval de Serre-Ponçon jusqu'à Sisteron».

La vallée de la Durance forme une voie importante de pénétration à l’intérieur des Alpes et constitue un axe migratoire important pour la faune et de dispersion ou de flux pour bon nombre d’espèces et en particulier pour la flore (remontée de plantes méditerranéennes et descente de plantes alpines).

L’écocomplexe fluviatile durancien présente un important niveau d’organisation étroitement dépendant de la dynamique hydraulique torrentielle et du charriage des alluvions, conditions strictement dépendantes du bon fonctionnement de l’ensemble de son bassin versant. Ainsi par exemple sur le site, il existe d’anciens bras morts qui représentent des refuges indispensables pour la flore et la faune aquatiques et fluviales. Ainsi, les secteurs de lit en tresses présentent de nombreux îlots végétalisés, présentant à la fois les premiers stades de la dynamique de végétation indispensables au maintien des espèces pionnières, ainsi que des stades de ripisylves plus évolués, habitat d’espèces spécialisées strictement inféodées aux forêts riveraines humides.

Commentaires sur la délimitation

Les limites du site englobent l’écocomplexe fonctionnel d’un tronçon de la haute Durance associant le cours d’eau, ses bras secondaires, ses ripisylves et ses zones humides connexes proches. Elles excluent l’essentiel des secteurs fortement anthropisés (cultures, zones urbaines et semi-urbaines) situés en bordure et qui se justifient par les fortes discontinuités écologiques et paysagères occasionnées.