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ZNIEFF 930020016
LA MOYENNE DURANCE, DE LA CLUE DE SISTERON À LA RETENUE DE L'ESCALE

(n° régional : 04100157)

Commentaires généraux

Description

Localisé dans la partie ouest du département des Alpes-de-Haute-Provence, le site est établi sur la commune d’Entrepierres, l’Escale, Peipin, Salignac, Sisteron, Volonne, Aubignosc et Château-Arnoux. Ce site s'établit tout le long de la plaine alluviale de la Durance, entre Sisteron et Château-Arnoux.

Caractérisé par une topographie peu marquée à plane, le site est composé d’alluvions récentes de granulométrie très variable. Les terrasses alluviales hautes sont principalement constituées de galets, alors que les terrasses moyennes associent des sols limoneux et sableux. Le lit de la rivière peut être très large par endroits, la Durance décrivant alors des méandres et des iscles.

Ce site bénéficie d’un climat supra-méditerranéen à tendance continentale.

Se développant approximativement entre 400 m et 450 m, la végétation appartient à l’étage de végétation collinéen planitiaire de type supra-méditerranéen.

La végétation riveraine est dominée par des formations de hautes herbes, de fourrés et de forêts riveraines (saulaie-aulnaie à Saule blanc et peupleraie).

Les bancs de graviers, récemment déposés et colonisés par une végétation pionnière sont assez peu nombreux et n’occupent que de faibles surfaces. En revanche, les bancs de galets plus anciens et colonisés par une végétation de pelouses à Brachypode de Phoenicie (Brachypodium phoenicoides) ou de garrigues à Thym (Thymus vulgaris) et de fourrés à Argousier (Hypophae rhamnoides), voire de chênaies de Chêne pubescent (Quercus humilis), occupent de plus vastes surfaces.

Milieux naturels

Le site possède deux habitats déterminants : les herbiers palustres et flottants d’étangs et plans d’eau à Utriculaires (Utricularia pl. sp.) (22.414), qui se développent dans de petites mares permanentes, et les cladiaies (53.3) ou formations palustres à Marisque (Cladium mariscus), qui sont limitées à des taches de faibles surfaces.

De nombreux autres habitats remarquables, typiques ou représentatifs du site et d’intérêt écologique marqué, sont également présents : les formations végétales pionnières herbacées des alluvions torrentielles et bancs de graviers méditerranéens à Pavot cornu (Glaucium flavum) [all. phyto. Glaucion flavi (24.225)] imbriqués en mosaïque avec des bancs de graviers sans végétation (24.21), des bancs de sable des cours d’eau colonisés par des groupements amphibies méridionaux (24.34) et des bancs de vase des cours d’eau (24.5), les formations à Petite Massette (Typha minima) [all. phyto Phalaridion arundinaceae (53.16)] qui colonisent les vases temporairement immergées au niveau des berges à courant lent ou dans les bras morts, les prairies humides hautes et formations végétales associées [all. phyto. Thalictro flavi-Filipendulion ulmariae (37.1)], les fourrés de saules pionniers des berges et alluvions torrentielles à Saule drapé (Salix elaeagnos) et Saule pourpre (Salix purpurea) [all. phyto. Salicion incanae (44.111 et 24.223)], les ripisylves-galeries de Saule blanc (Salix alba) [all. phyto. Salicion albae (44.141)], les boisements riverains en galeries d’Aulne blanc (Alnus incana) des rivières montagnardes et submontagnardes des Alpes [all. phyto. Alnion incanae (44.21)] et les ripisylves méditerranéennes à peupliers, ormes et frênes [all. phyto. Populion albae (44.61)].

Ces habitats sont de grand intérêt écologique, pour le fonctionnement de l’écosystème lié aux cours d’eau, car ils forment des corridors en contact avec les milieux adjacents.

L’écocomplexe fluviatile durancien qui associe, en une mosaïque mouvante d’une riche complexité, le cours d’eau actif, les bras morts d’eau lente, les stades pionniers de colonisation des alluvions, les fourrés arbustifs et les ripisylves mâtures, constitue l’essentiel de l’intérêt du site.

Flore

Une espèce déterminante est recensée dans ce site : la Léersie faux Riz (Leersia oryzoides), graminée de découverte récente sur la moyenne Durance.

Par ailleurs, le site compte une espèce remarquable avec la Petite massette (Typha minima), espèce protégée au niveau national. Des prospections complémentaires seraient à entreprendre sur ce site mal connu dans sa partie septentrionale.

Faune

Ce site abrite un patrimoine faunistique d’un intérêt élevé avec trente quatre espèces animales patrimoniales, dont onze sont déterminantes.

Chez les mammifères, citons notamment le Castor d’Europe (Castor fiber), espèce déterminante à nouveau en expansion après avoir frôlé l’extinction en France, liée aux formations de ripisylves. Plusieurs espèces de chiroptères déterminantes sont présentes sur le site en période de reproduction : Le Minioptère de Schreibers (Miniopterus schreibersii), le Petit Murin (Myotis blythii) et le Grand Murin (Myoitis myotis) et le Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), ainsi qu’une espèce remarquable le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), chauve-souris remarquable en régression marquée, plutôt thermophile et anthropophile. L’avifaune nicheuse locale est riche en espèces paludicoles, aquatiques, forestières et de milieux ouverts avec par exemple le Grèbe huppé (Podiceps cristatus), le Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax), le Blongios nain (Ixobrychus minutus), la Bondrée apivore (Pernis apivorus),, nicheur possible, le Faucon hobereau (Falco subbuteo), le Petit Gravelot (Charadrius dubius), le Vanneau huppé (Vanellus vanellus), nicheur assez rare en région Provence Alpes Côte d’Azur, l’Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus), le Petit duc scops (Otus scops), le Guêpier d’Europe (Merops apiaster), le Martin pêcheur d’Europe (Alcedo atthis), la Huppe fasciée (Upupa epops), l’Alouette calandrelle (Calandrella brachydactyla), passereau steppique remarquable, très localisé dans les Alpes de Haute Provence, le Cochevis huppé (Galerida cristata), passereau remarquable d’affinité steppique, en régression, l’Hirondelle de rivage (Riparia riparia), la Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), le Bruant fou (Emberiza cia), le Bruant proyer (Miliaria calandra).

Plusieurs observations particulièrement intéressantes d’espèces rares, relativement éloignées de leur aire de reproduction habituelle (Alouette calandrelle et Cochevis huppé en particulier), datent des années 1990 et serait à confirmer.

Les reptiles sont représentés par la Cistude d’Europe (Emys orbicularis), tortue aquatique déterminante, en régression, devenue localisée en France et en région Provence Alpes Côte d’Azur, très ponctuelle en vallée de Durance mais qui n’a pas été revue depuis plusieurs années et pour laquelle des recherches plus poussées sont entreprises récemment, et les Batraciens par le Pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus), petit crapaud remarquable aujourd’hui en régression. Le peuplement ichtyologique local voit son intérêt renforcé par la présence du Blageon (Leuciscus soufia) et du Toxostome (Chondrostoma toxostoma), espèces remarquables d’affinité méridionale et protégées au niveau européen par la directive CEE « Habitats », assez abondantes dans le cours de la Durance, ainsi que de la Loche de rivière (Cobitis taenia), espèce déterminante rare et en diminution, propre aux bras morts des cours d’eau, exclusivement présente en région Provence Alpes Côte d’Azur dans les bassins de la Durance et du Buech, ou bien encore du rarissime Apron (Zingel asper), espèce déterminante devenue très rare et menacée d’extinction en France, correspondant à l’un des Poissons d’eau douce les plus menacés en France à l’heure actuelle, propre aux cours d’eau clairs, assez rapides, peu profonds.

Chez les insectes d’intérêt patrimonial, mentionnons la présence de l’Agrion bleuissant (Coenagrion caerulescens), espèce déterminante d’odonate méditerranéen inféodé aux ruissellements ensoleillés et le Sympétrum du Piémont (Sympetrum pedemontanum), espèce remarquable d’odonate habituellement peu commun mais dont la Durance représente un bastion régional.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 1 n’est pas incluse dans une ZNIEFF de type 2.

De part son orientation nord-sud et par sa position biogéographique à l’intérieur des Préalpes-de-Haute-Provence, le site est une voie importante de pénétration dans les Alpes et concentre un flux migratoire majeur pour l’avifaune. Le site permet également le transit des espèces végétales, ce qui se traduit par la remontée de plantes méditerranéennes ou la descente de plantes alpines.

L’écocomplexe fluviatile durancien présente un important niveau d’organisation étroitement dépendant de la dynamique hydraulique torrentielle et du charriage des alluvions, conditions strictement dépendantes du bon fonctionnement de l’ensemble de son bassin versant. Ainsi par exemple sur le site, il existe d’anciens bras morts et des adoux, qui représentent des refuges indispensables pour la flore et la faune aquatiques et fluviales. Le lit en tresses maintient de nombreux îlots végétalisés, présentant à la fois les premiers stades de la dynamique de végétation indispensables au maintien des espèces pionnières, ainsi que des stades de ripisylves plus évolués, habitat d’espèces spécialisées strictement inféodées aux forêts riveraines humides.

Toutefois, rappelons que cette portion de vallée fait encore l'objet d'extractions de matériaux alluvionnaires en lit mineur, et que les rejets de station d'épuration ne sont pas complètement aux normes. De plus, une multiplicité de dépôts sauvages sont abandonnés dans la ripisylve ou le cours d’eau et contribuent à dégrader le site.

Commentaires sur la délimitation

Les limites du site englobent l’écocomplexe fonctionnel d’un tronçon de la Durance associant le cours d’eau, ses bras secondaires, ses ripisylves et ses zones humides connexes proches. Elles excluent l’essentiel des secteurs fortement anthropisés (cultures, zones urbaines et semi-urbaines) situés en bordure. Ces derniers justifient la délimitation par les fortes discontinuités écologiques et paysagères occasionnées.