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ZNIEFF 930020373
LA MOYENNE DURANCE, SES RIPISYLVES ET SES ISCLES DE L'AVAL DE LA RETENUE DE CURBANS-LA SAULCE À SISTERON

(n° régional : 04142143)

Commentaires généraux

Description

Situé sur la bordure nord-ouest du département des Alpes-de-Haute-Provence, et limitrophe à celui des Hautes-Alpes, ce site englobe un tronçon du cours de la Durance avec ses iscles et ripisylves associées, entre le barrage de Curbans / la Saulce et la ville de Sisteron.

Ce site bénéficie d’un climat supra-méditerranéen à tendance continentale.

Etendu entre 450 m et 600 m d'altitude, il s'inscrit dans l'étage de végétation supra-méditerranéen.

Bien que moyennement large et relativement encaissé, entre d’anciennes terrasses fluvio-glaciaires perchées, le lit de la Durance a tout de même créé une très grande variété d’habitats caractérisés par une bonne représentativité de tous les stades de la dynamique de végétation, depuis les stades initiaux composés de bancs de graviers nus, en passant par les formations pionnières de colonisation des alluvions et délaissées, les saulaies arbustives et de larges ripisylves, où se rencontrent à la fois des espèces végétales aux origines montagnarde et méditerranéenne.

La végétation riveraine est dominée par des formations hygrophiles de hautes herbes, de fourrés et de forêts riveraines. Les bancs de graviers, récemment déposés et colonisés par une végétation pionnière sont assez peu nombreux et n’occupent que de faibles surfaces. En revanche les bancs de galets plus anciens et colonisés par une végétation de pelouses ou de garrigues à Thym (Thymus vulgaris), voire de chênaies de Chêne pubescent (Quercus humilis) occupent de plus vastes surfaces.

Milieux remarquables

Le site abrite dans de petites mares permanentes, liées de façon connexe à l’écosystème durancien, un habitat déterminant particulièrement rare et localisé dans le département des Alpes-de-Haute-Provence : les herbiers palustres et flottants d’étangs et plans d’eau à Utriculaires (Utricularia pl. sp.) (22.414).

Plusieurs autres habitats remarquables ou fortement représentatifs y sont également présents : les groupements amphibies méridionaux (22.34), qui se développent sur les vases exondées au niveau de mares et bras d’eau calme temporaires, les fourrés de saules pionniers des berges et alluvions torrentielles à Saule drapé (Salix elaeagnos) et Saule pourpre (Salix purpurea) [all. phyto. Salicion incanae (44.111 et 24.223)], les ripisylves-galeries de Saule blanc (Salix alba) [all. phyto. Salicion albae (44.141)], les boisements riverains en galeries d’Aulne blanc (Alnus incana) des rivières montagnardes et submontagnardes des Alpes [all. phyto. Alnion incanae (44.21)], les ripisylves méditerranéennes à peupliers, ormes et frênes [all. phyto. Populion albae (44.61)] et les prairies humides hautes à Reine des près (Filipendula ulmaria) et formations végétales associées [all. phyto. Thalictro flavi-Filipendulion ulmariae (37.1)].

Le lit de la rivière comprend également des formations végétales pionnières herbacées des alluvions torrentielles et bancs de graviers méditerranéens à Pavot cornu (Glaucium flavum) [all. phyto. Glaucion flavi (24.225)], associés en mosaïque avec des bancs de graviers sans végétation (24.21)], ainsi qu’avec des bancs de sable (24.3) et des bancs de vase des cours d’eau (24.5).

L’écocomplexe fluviatile qui associe, en une mosaïque mouvante d’une riche complexité, le cours d’eau actif, les bras morts d’eau lente, les stades pionniers de colonisation des alluvions, les fourrés arbustifs et les ripisylves mâtures, constitue l’essentiel de l’intérêt du site.

Flore

Le site comprend quatre espèces végétales déterminantes, dont une protégée en région Provence-Alpes-Côte d’Azur : la Polygale grêle (Polygala exilis) et trois sans statut de protection : le Potamot des tourbières alcalines (Potamogeton coloratus), l'Utriculaire citrine (Utricularia australis) et la Clématite droite (Clematis recta), rare renonculacée d’affinité orientale liée aux lisières et bois clairs des plaines alluviales.

Par ailleurs, il abrite deux autres espèces végétales remarquables, dont une protégée au niveau national : la Petite massette (Typha minima) et une protégée en région Provence-Alpes-Côte d’Azur : la Zannichellie palustre (Zannichellia palustris).

Faune

Ce site possède un patrimoine faunistique d’un intérêt très élevé. Les inventaires naturalistes ont permis d’y dénombrer pas moins de quarante quatre espèces animales patrimoniales, dont onze sont déterminantes.

Les Poissons d’eau douce de ce cours d’eau comprennent notamment le Toxostome (Chondrostoma toxostoma), le Barbeau méridional (Barbus meridionalis), l’Ombre commun (Thymallus thymallus) espèce remarquable d’affinité médioeuropéenne, liée aux cours d’eau plutôt froids et ombragés, ,ou bien encore le rarissime Apron (Zingel asper), espèce déterminante devenue très rare et menacée d’extinction en France, correspondant à l’un des Poissons d’eau douce les plus menacés en France à l’heure actuelle, propre aux cours d’eau clairs, assez rapides, peu profonds.

En ce qui concerne les Mammifères d’intérêt patrimonial localement présents, notons la présence du Castor d’Europe (Castor fiber) qui a colonisé ce tronçon de Durance depuis quelques années, et du Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), chauve souris remarquable en régression marquée. Chez les oiseaux nicheurs, il faut remarquer la présence des espèces suivantes : le Héron pourpré (Ardea purpurea), espèce discrète déterminante, mais aussi Rousserole turdoïde (Acrocephalus arundinaceus) Fuligule morillon (Aythya fuligula), Grèbe huppé (Podiceps cristatus), Blongios nain (Ixobrychus minutus), Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax), nicheur plutôt rare en Provence, très localisé dans les Alpes, Autour des palombes (Accipiter gentilis), Circaète Jean le blanc (Circaetus gallicus), Faucon hobereau (Falco subbuteo), Caille des blés (Coturnix coturnix), Petit Gravelot (Charadrius dubius), Chevalier guignette (Actitis hypoleucos), espèce paléarctique remarquable, liée aux rivières et torrents à courant rapide, Grand duc d’Europe (Bubo bubo), Petit duc scops (Otus scops), Martin pêcheur d’Europe (Alcedo atthis), Guêpier d’Europe (Merops apiaster), Huppe fasciée (Upupa epops), Torcol fourmilier (Jynx torquilla), Cincle plongeur (Cinclus cinclus), Fauvette orphée (Sylvia hortensis), Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), nicheur remarquable peu fréquent, inféodé aux alpages où il vient s’alimenter situés à proximité de falaises où il niche, Bruant ortolan (Emberiza hortulana), Bruant proyer (Miliaria calandra). L’herpétofaune locale patrimoniale est représentée par le Pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus) et le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata), espèce déterminante à effectifs faibles et vulnérable, en déclin, d’affinité médio-européenne et montagnarde, affectionnant les petits points d’eau peu profonds, dans les endroits restant frais et humides en été.

La Durance abrite dans ce secteur une entomofaune d’un très grand intérêt patrimonial, notamment grâce à la présence deux espèces déterminantes, rares et en régression, la Cicindèle des rivières (Cylindera arenaria), un coléoptère Carabidés, et le Tridactyle panaché (Xya variegata), un orthoptère acridien. Ces deux espèces sont strictement associées aux plages humides de gravier, limon ou sable dans le lit mineur des rivières en tresse.

Le lit mineur de la Durance abrite localement un cortège d’odonates particulièrement intéressant grâce aux milieux secondaires créés par des suintements, des ruisseaux affluents et des résurgences de la nappe alluviale. Citons l’Agrion bleuissant (Coenagrion caerulescens), espèce méditerranéenne déterminante liée aux eaux courantes claires et ensoleillées, globalement rare, localisée et menacée en France, l'Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), espèce remarquable et protégée qui affectionne les écoulements modestes à eaux courantes claires, ensoleillées et peuplées d'hydrophytes, le Sympétrum déprimé (Sympetrum depressiusculum), espèce déterminante de libellule, rare et en régression, dont la larve aquatique est inféodée aux pièces d’eau temporaires ou à niveau fluctuant, le Sympétrum du Piémont (Sympetrum pedemontanum), espèce remarquable d'odonates Libellulidés des canaux et cours d'eau intermittents, peu commune en France et dont le bassin de la Durance représente un bastion.

Ces écoulements dans la bande active du lit de la Durance forment parfois de véritables milieux marécageux qui abritent le Criquet tricolore (Paracinema tricolor), espèce méditerranéenne en extrême limite d’aire ici.

Toujours en lien avec les milieux créés par la dynamique du cours d’eau, citons également le Sphinx de l'argousier (Hyles hippophaes), espèce déterminante de papillon de nuit, protégée en Europe, inféodée aux ravines sèches, berges de cours d'eau peuplées d'Argousiers, rare et probablement en régression, dont le bassin de la Durance représente un bastion en France.

Quant aux ravines sèches qui plongent sur la Durance, elles abritent des papillons de jour patrimoniaux, citons le Moiré de Provence (Erebia epistygne), espèce déterminante d’affinité méditerranéo-montagnarde dont l’aire de répartition ibéro-provençale est morcelée et restreinte, inféodée aux pelouses sèches à Fétuque cendrée Festuca cinerea,et la Diane (Zerynthia polyxena), dont la population locale est inféodée aux pentes rocailleuses où croît l’Aristoloche pistoloche (Aristolochia pistolochia) qui nourrît sa chenille.

Signalons enfin la présence de la Thécla du coudrier ou du prunier (Satyrium pruni), espèce remarquable de Lycénidés, d'affinité eurasiatique tempérée, rare et discrète, inféodée par sa chenille au prunellier (Prunus spinosa).

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 1 est incluse dans la ZNIEFF de type 2 «04_142_100 - La haute Durance à l'aval de Serre-Ponçon jusqu'à Sisteron».

Elle jouxte par ailleurs la ZNIEFF de type 1 «05_132_236 - La moyenne Durance, ses ripisylves et ses iscles de l'aval de la retenue de Curbans-la Saulce à Sisteron» établie de façon limitrophe sur le département des Hautes Alpes et qui est elle-même incluse dans la ZNIEFF de type 2 «05_132_100 - La haute Durance à l'aval de Serre-Ponçon jusqu'à Sisteron».

La vallée de la Durance, orientée à ce niveau du nord-est au sud-ouest, forme une voie importante de pénétration à l’intérieur des Alpes et constitue de plus un axe migratoire important pour l’avifaune et de dispersion pour la flore (remontée de plantes méditerranéennes, descente de plantes alpines).

L’écocomplexe fluviatile durancien présente un important niveau d’organisation étroitement dépendant de la dynamique hydraulique torrentielle et du charriage des alluvions, conditions strictement dépendantes du bon fonctionnement de l’ensemble de son bassin versant. Ainsi par exemple sur le site, il existe d’anciens bras morts qui représentent des refuges indispensables pour la flore et la faune aquatiques et fluviales. De même, les secteurs de lit en tresses présentent de nombreux îlots végétalisés, présentant à la fois les premiers stades de la dynamique de végétation indispensables au maintien des espèces pionnières, ainsi que des stades de ripisylves plus évolués, habitat d’espèces spécialisées strictement inféodées aux forêts riveraines humides.

Les habitats liés à la Durance et à ses rives, en particulier les cordons forestiers et de ripisylve, sont d’un grand intérêt écologique, pour le fonctionnement de l’écosystème lié au cours d’eau, pour leur rôles multiples : fixation des berges, maintien de la biodiversité, corridors en contact avec les milieux adjacents…

Commentaires sur la délimitation

Les limites du site englobent l’écocomplexe fonctionnel d’un tronçon de la Durance associant le cours d’eau, ses bras secondaires, ses ripisylves et ses zones humides connexes proches. Elles excluent l’essentiel des secteurs fortement anthropisés (cultures, zones urbaines et semi-urbaines) situés en bordure. Ces derniers justifient la délimitation par les fortes discontinuités écologiques et paysagères occasionnées.