ZNIEFF 930020498
CRETES DE LURE

(n° régional : )

Commentaires généraux

Description


Etabli dans la partie ouest du département des Alpes de Haute Provence, à l’ouest de la Durance et au sud du Jabron, le site correspond aux crêtes de la Montagne de Lure, imposante barre montagneuse orientée d’est en ouest. Le substrat géologique du site est constitué de roches sédimentaires du Crétacé et du Jurassique comprenant divers calcaires, calcaires à silex, marno calcaires et marnes. Les calcaires les plus durs du Tithonique ont engendré la formation d’escarpements rocheux et de petites falaises. A l’opposé les terrains marneux plus tendres composent des pentes douces et des formes arrondies, ainsi que localement des ravines. Les éboulis recouvrent localement des surfaces importantes en pied de versant ou de barres rocheuses.
Positionné dans la zone biogéographique des Alpes externes méridionales de Haute Provence, le site est soumis à un climat globalement supra méditerranéen teinté d’influences continentales.
Etendu entre 1590 m et 1 800 m, il est inclus dans l’étage de végétation montagnard supérieur. Quelques affinités subalpines se manifestent au niveau des plus hautes crêtes, dans les situations les plus froides
Les formations ouvertes de pelouses, de garrigues et de landes plus ou moins rocailleuses occupent des espaces étendus, depuis les pentes bien exposées situées en limite supérieure de la forêt jusqu’aux plus hautes crêtes.



Milieux naturels


Un habitat déterminant est connu sur le site : les landes delphino provençales à Genêt à rameaux rayonnants (Genista radiata) (31.226), milieu particulièrement rare puisque connu seulement sur trois sites en France.
Deux autres habitats remarquables sont présents : les formations végétales des rochers et falaises calcaires [all. phyto. Potentillion caulescentis et Violo biflorae Cystopteridion fragilis (62.15)] et les éboulis calcaires alpins, à éléments moyens, à Tabouret à feuilles rondes (Noccaea rotundifolia) [all. phyto. Thlaspion rotundifolii (61.22)], qui possèdent de nombreuses espèces végétales endémiques des Alpes sud occidentales.
Le site compte également d’autres habitats d’intérêt patrimonial marqué comme les prairies sèches méso xérophiles à Brome dressé (Bromus erectus) [all. phyto. Mesobromion erecti (34.3265)] et de nombreux habitats typiques et représentatifs comme les éboulis thermophiles à Calamagrostis argenté (Achnatherum calamagrostis) [all. phyto. Stipion calamagrostis (61.3)], les fruticées d’arbustes xéro thermophiles divers [all. phyto. Berberidion vulgaris (31.81)].



Flore


Ce site possède une flore très riche, d’une très grande valeur patrimoniale, comprenant neuf espèces végétales déterminantes.
Deux d’entre elles sont protégées au niveau national : le Panicaut blanc des Alpes (Eryngium spinalba), ombellifère épineuse des éboulis thermophiles et des pelouses sèches endémique des Alpes sud occidentales, et l’Ancolie de Bertoloni (Aquilegia reuteri), superbe renonculacée endémique des Alpes du Sud-Ouest.

Il abrite également une espèce déterminante protégée au niveau régional : le Genêt radié (Genista radiata), arbuste rarissime en France. Le site compte, par ailleurs, six autres espèces déterminantes avec le Cynoglosse de Dioscoride (Cynoglossum dioscoridis), la Biscutelle à tiges courtes (Biscutella brevicaulis), crucifère des éboulis et rocailles calcaires, la Gesse blanchâtre (Lathyrus pannonicus subsp. asphodeloides), l’Avoine des Abruzzes (Helictochloa versicolor subsp. praetutiana), graminée franco italienne des pelouses calcaires d’altitude, distribuée dans les montagnes du sud de l’Italie et dans les Alpes du sud, récemment découverte en France, la Clématite droite (Clematis recta), rare renonculacée d’affinité orientale liée aux lisières et bois clairs des plaines alluviales, et le Cotonéaster intermédiaire (Cotoneaster x intermedius).

Le site abrite également quatre espèces végétales remarquables, dont deux sont protégées au niveau national : la Gagée jaune (Gagea lutea) et la Gagée des prés (Gagea pratensis), rare liliacée des pelouses sèche. Une espèce est protégée au niveau régional, avec la Violette de Jordan (Viola jordanii).
L'Anémone de Haller (Anemone halleri), belle renonculacée à floraison printanière typique des pelouses et rocailles ventées, est la dernière espèce remarquable connue du site. Anciennement observée, elle serait à rechercher sur le site.


Faune


Les Crêtes de la Montagne de Lure disposent d’un patrimoine faunistique d’un intérêt biologique élevé. Il compte trente quatre espèces animales patrimoniales, dont dix espèces déterminantes.
L’avifaune nicheuse de la Montagne de Lure s’illustre par un cortège d’espèces remarquables varié avec le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), le Bruant fou (Emberiza cia), le Bruant ortolan (Emberiza hortulana), l’Alouette lulu (Lullula arborea), le Pipit rousseline (Anthus campestris), le Venturon montagnard (Carduelis citrinella), la Fauvette grisette (Sylvia communis), l’Aigle royal (Aquila chrysaetos) et le Tétras lyre (Tetrao tetrix). L‘herpétofaune renferme notamment la prestigieuse Vipère d’Orsini (Vipera ursinii), reptile déterminant d’affinité orientale aujourd’hui rare, très localisé, en régression et menacé d’extinction en France, lié aux pelouses rocailleuses à genévriers.
Quant aux invertébrés, ils comprennent de nombreuses espèces patrimoniales de lépidoptères, coléoptères et orthoptères, dont plusieurs espèces endémiques ou très rares.
Chez les Coléoptères déterminants, citons le Cantharidés Malthodes discicollis, le staphylin Bryaxis lurensis, espèce endémique de la montagne de Lure vivant parmi les débris végétaux sous les pierres, dont l’existence fût découverte en 2001, l’Athous frigide (Athous frigidus), Elatéridés (Taupins) endémique franco-italien ici en limite d’aire, liée aux prairies sèches de montagne et souffrant de la colonisation de ses biotopes ouverts de prédilection par les ligneux, plusieurs espèces de charançons (Curculionidés) : Entomoderus impressicollis, représenté ici par la sous-espèce alpicola, endémique de la région alpine méridionale où elle est assez abondante jusqu’à 2500 m d’altitude, Polydrusus griseomaculatus, endémique provençale des départements du Vaucluse où on ne la rencontre qu’au Mont Ventoux, des Alpes de Haute Provence et des Alpes Maritimes, l’Otiorrhynque Otiorhynchus putoni, endémique des pâturages secs, ensoleillés et caillouteux entre 800 et 2000 m d’altitude, des départements du Vaucluse, où on ne la trouve qu’au Mont Ventoux, au-dessus de 1400 m d’altitude, des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence et l’Otiorrhynque Otiorhynchus fagniezi, endémique du Mont Ventoux où elle est commune entre 1600 et 2000 m d’altitude. Ils sont accompagnés d’autres espèces remarquables comme le Carabe doré d’Honnorat (Carabus auratus honnorati), sous-espèce, protégée en France et endémique du Haut-Var, des montagnes du Vaucluse et des Alpes de Haute Provence, dans divers milieux où l’intensification de l’agriculture, avec en particulier l’utilisation intensive de pesticides et d’insecticides, ne l'a pas éliminé, le Charançon Meira stierlini, espèce endémique du département des Alpes Maritimes et Alpes de Haute-Provence où il semble assez bien répandu dans les stations colonisées, le ténébrion Nalassus harpaloides, espèce remarquable de coléoptère d'affinité montagnarde, la Rosalie des Alpes (Rosalia alpina), espèce de coléoptère longicorne (Cerambycidés), protégée à l'échelle européenne, inféodée au bois sénescent de vieux arbres feuillus, surtout des hêtres et Hypoganus inunctus.
Parmi les Orthoptères figure le Barbitiste ventru (Polysarcus denticauda) espèce remarquable de sauterelle Tettigoniidés d’affinité montagnarde, inféodée aux pelouses et landes ouvertes ou encore l’Oedipode stridulante (Psophus stridulus).
Les Lépidoptères sont représentés par des espèces méditerranéennes et montagnardes, comme l’Alexanor (Papilio alexanor), espèce déterminante de Papilionidés, protégée au niveau européen, rare et d’affinité méditerranéo asiatique, inféodée aux pentes sèches et éboulis où croît sa plante hôte principale (Ptychotis saxifraga), le Semi Apollon (Parnassius mnemosyne), espèce déterminante de Papilionidés, protégée au niveau européen, à la répartition fragmentée et localisée, dont la chenille vit sur la Corydale à bulbe plein (Corydalis solida), des clairières et lisières de bois, entre 500 et 2200 m d’altitude. Elles sont accompagnées par un cortège d’espèces remarquable dont l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), espèce de Lycénidés, en régression, plutôt localisée, protégée au niveau européen, qui fréquente les bois clairs et les friches sèches à Serpolet, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce remarquable et en régression de Papilionidés, protégée au niveau européen, habitant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées des étages montagnard à alpin, l'Échiquier de Russie (Melanargia russiae), espèce remarquable de lépidoptère d'affinité steppique, localisée et dont la sous-espèce cleanthe est endémique des montagnes du nord de l'Espagne et des Alpes du sud, l’Hermite (Chazara briseis), espèce remarquable en forte régression, liée aux milieux très ouverts, secs et rocailleux où croissent ses plantes-hôtes, plusieurs graminées (fétuques et brachypodes) et le Moiré des pierriers (Erebia scipio), espèce remarquable endémique franco-italienne des Alpes occidentales, qui fréquente les éboulis calcaires où croît sa plante hôte, l’avoine des montagnes (Helictotrichon sedenense).
Les mollusques sont repésentés par Urticicola glabellus, espèce remarquable à taxonomie complexe regroupant plusieurs infra-taxons à la validité encore incertaine. L'ensemble "Urticicola glabellus" au sens large est endémique du quart sud-est de la France, plus particulièrement des Alpes sud-occidentales, et fréquente divers types de milieux ouverts et forestiers bien conservés.


Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF
Avec le Mont Ventoux auquel il ressemble par certains aspects, le site constitue pour certaines plantes alpines ou certaines espèces animales, les stations les plus externes des Alpes sud occidentales. Cette caractéristique confère à celui ci un important potentiel dans les processus évolutifs des espèces, et un intérêt biogéographique moyen pour la connaissance de mise en place de la flore dans les Alpes.
Par ailleurs, il constitue une longue crête est ouest d’altitude élevée qui est susceptible de constituer un axe de déplacement important pour les espèces inféodées aux altitudes élevées.

Commentaires sur la délimitation

Le site est délimité par les crêtes de Lure.