Tyrrhenaria ceratina (Shuttleworth, 1843)

(Mollusca, Gastropoda, Stylommatophora)

Fiche 1 : Tyrrhenaria ceratina (Shuttleworth, 1843)

Citation de cette fiche : Gargominy, O. Bouchet, P. & Ripken, T.E.J. 1999. Tyrrhenaria ceratina. In Muséum national d'Histoire naturelle [Ed]. 2004 . Inventaire national du Patrimoine naturel, site Web. https://inpn.mnhn.fr
Identification
Principaux caractères d'identification
Coquille gloguleuse ventrue, fortement convexe en dessus, bien bombée en dessous dans une direction oblique ; ombilic nul ; spire formée de 4 - 4,5 tours convexes à croissance rapide, le dernier grand, ventru ; sutures assez marquées ; sommet élevé, lisse ; ouverture obliquement ovalaire, à bords marginaux un peu écartés, assez convergents, réunis par une très mince callosité blanchâtre ; péristome droit, subépaissi, roussâtre intérieurement ; bord columellaire un peu arqué, élargi ; test très mince, peu solide, brun foncé olivâtre avec cinq bandes plus foncées, peu apparentes ; stries longitudinales très fines, inégales, coupées à angle droit de stries spirales encore plus fines. Epiphragme d'été mince, membraneux, lisse, parsemé de ponctuations calcaires nombreuses ; épiphragme d'hiver beaucoup plus épais, opaque et bombé.


L : 20-25mm
D : 20-25 mm
Confusions possibles
Le petit-gris Cornu aspersum (=Helix aspersa) et Cantareus apertus (voir Kerney et al.).
Biologie
Nutrition
Se nourrit de matières organiques en ingérant du sable, de mousses, de lichens, de pousses de genêts et d'autres plantes.
Cycle de vie

Actif de nuit pendant les mois d'octobre à juin, en période de pluie. S'enterre dans le sable pendant le jour.

Accouplements observés entre fin août et mi-octobre, suivi 3-5 jours plus tard par la ponte. Les gros oeufs ovoïdes (diamètre 5-7 mm) sont déposés par groupes de 6 à 19 dans un nid souterrain constitué par du sable aggloméré par du mucus. A l'éclosion, qui a lieu après 15-16 jours, les nouveaux-nés mesurent 5-6 mm et restent pendant une dizaine de jours au voisinage du nid. Deux-trois semaines après l'éclosion, les jeunes commencent à être actifs à la surface du sable (observations en terrarium).

Age adulte vers 2-4 ans, durée de vie hypothétique de 6 à 10 ans.

Interaction avec les autres espèces

Concurrence possible avec une espèce rudérale d'escargot, Eobania vermiculata.

Distribution
Habitat
La végétation du cordon littoral de Campo dell'Oro occupé par Tyrrhenaria ceratina est caractérisée par un groupement d'arrière-dune à Crucianella maritima (Crucianellion), dans lequel abondent Scrophularia ramosissima et Genista salzmannii. Ce genêt endémique régional (Corse, Sardaigne, Elbe, Italie du Nord) est représenté en Corse par deux variétés : la var. lobelioides, caractéristique de l'étage montagnard, et la var. salzmannii, qui la relaie vers le bas dans l'étage supra-méditerranéen. La forme présente à Campo dell'Oro est la var. salzmannii et ce site se trouve être la seule localité du littoral corse où il existe en formations denses et étendues.

La densité de Tyrrhenaria ceratina paraît maximale dans les secteurs où la végétation se présente sous forme de mosaïque ouverte et semi-ouverte, près du haut de plage, avec une faible couverture de lichen. Dans les zones de lande dense à genêts et/ou importante couverture de lichens, l'escargot manque totalement. Sur les terrains non clôturés, l'habitat est fortement endommagé par le piétinement et le passage des véhicules. Les genêts de Salzmann, qui forment des petits fourrés épineux, ne constituent plus alors que de petits îlots de quelques mètres carrés offrant une protection contre le piétinement.

On ne sait cependant pas quelles relations existent entre ces exigences d'habitat et les particularités biologiques de l'espèce.
Distribution géographique

Endémique de Corse.

L'aire de répartition de Tyrrhenaria ceratina est restreinte au lieu dit Campo dell'Oro, au sud-est d'Ajaccio, et couvre actuellement au total 6,1 ha fragmentés en 8 parcelles. L'aire d'occurence de l'espèce est limitée à la zone comprise entre l'ancienne embouchure de la Gravona (maintenant détournée vers le Prunelli) et celle du Prunelli, sur une longueur de 2 km et à une distance de 30-160 m de la mer.

Conservation
Causes de raréfaction

Durant le Néolithique, Tyrrhenaria ceratina avait une distribution plus vaste en Corse (Logone, près de Bonifacio, et Toga, près de Bastia). Des dépôts archéologiques près de Bonifacio, datés de 5600 à 2500 ans av. JC ont livré des coquilles ne différant des escargots actuels que par leur taille (20% plus grands en diamètre). Les raisons pour lesquelles son aire s'est restreinte au site de Campo dell'Oro sont inconnues : il peut s'agir de changements climatiques, mais l'homme a également eu un fort impact sur l'environnement par la transformation des terres pour l'agriculuture et les espèces qu'il a amené avec lui : cochons, chiens, rats, etc. Cinq espèces de mammifères indigènes ont ainsi disparu de Corse pendant la période historique.

Depuis 1843, date de la découverte scientifique de l'espèce, la seule localité connue est le site de Campo dell'Oro, et il est probable que l'habitat de lande à genêts de Salzmann n'ait jamais dépassé la cinquantaine d'hectares. La dernière mention d'un individu vivant remonte au début du siècle, et on pouvait penser l'espèce éteinte jusqu'à sa redécouverte en 1994.

A en juger par la carte de Malcuit représentant la situation en 1925, la seule emprise sur le site est alors de nature agricole. Une partie de la Gravona est déjà détournée vers le Prunelli. La lande sablonneuse à genêts de Salzmannn (=G. Lobelii sur la carte) s'étendait alors un peu plus vers l'intérieur des terres, où elle constituait une mosaïque ouverte, probablement favorisée par le pâturage des ovins. Le détournement de la Gravona, en empêchant les crues, est également à l'origine de la fermeture du couvert végétal, situation néfaste pour l'escargot.

Au cours des 30 dernières années, le développement périurbain de la ville d'Ajaccio a entrainé une perte de plus de 90% de l'habitat disponible par construction de hangars, pistes, parking et bâtiments divers (aéroport d'Ajaccio et base militaire), piétinement et passage de véhicules (accès à la plage).

La réduction, la fragmentation et l'altération (fermeture du couvert végétal) de son habitat apparaissent donc comme le mécanisme principal de la disparition de l'escargot de Corse. De plus, la possibilité d'une concurrence avec une espèce rudérale d'escargot, Eobania vermiculata, n'est pas à négliger.

Statut actuel des populations

Tyrrhenaria ceratina est sans aucun doute un des escargots les plus menacés de France, inscrit comme "Gravement menacé d'extinction" dans la Liste rouge de l'UICN (1996). Couvrant une superficie de 6 ha seulement, son habitat spécifique est situé dans une zone à fortes pressions anthropiques. Si l'évolution de cet habitat devait se poursuivre avec la tendance de ces 30 dernières années, l'espèce pourrait disparaitre d'ici une dizaine d'années.

L'effectif total de l'espèce est estimé à quelques 5700 individus, mais ces estimations doivent être confirmées par des prospections plus adéquates.

Endémique départementale, espèce gravement menacée d'extinction, Tyrrhenaria ceratina est une espèce à forte valeur patrimoniale, "Déterminante" dans la terminologie ZNIEFF (le site de Campo dell'Oro est inscrit à l'inventaire ZNIEFF). De plus, Tyrrhenaria ceratina est l'unique représentant du genre Tyrrhenaria endémique de Corse.

La faune des mollusques de Corse a bénéficié d'une attention particulière avec un partenariat entre le Muséum national d'Histoire naturelle et la Direction régionale de l'Environnement de Corse (DIREN). Ainsi, Tyrrhenaria ceratina est le premier mollusque à bénéficier d'une protection spéciale, sous forme d'un Arrêté préfectoral de Protection de Biotope (10 septembre 1997).

Le site de Campo dell'Oro abrite de plus une plante endémique corso-sarde, Linaria flava subsp. sardoa, mentionnée à l'annexe II de la Directive Habitat-Faune-Flore, et des habitats (Dunes fixées à Crucianellion maritimae) figurant à l'annexe 1.

Un partenariat est en cours d'élaboration entre l'Etat, la Chambre de Commerce et d'Industrie (aéroport), la commune d'Ajaccio et le Conservatoire du littoral pour la réhabilitation du site.

Recommandations
  • étude de l'écologie de Tyrrhenaria ceratina (en particulier quel est le niveau de spécificité avec le genêt de Salzmann)
  • étude de la démographie de Tyrrhenaria ceratina (effectif total, taux de fécondité)
  • définition des modalités du programme de réhabilitation du site
  • travaux de génie écologique pour la réhabilitation du site
  • inscription de Tyrrhenaria ceratina en annexe II de la Directive Habitat-Faune-Flore
  • intégration de l'élevage de Tyrrhenaria ceratina aux programmes internationaux de conservation ex situ
Ressources
Experts
  • Philippe BOUCHET, Muséum National d'Histoire Naturelle, 55, rue Buffon, 75005 Paris, France.
  • Gerhard FALKNER , Muséum National d'Histoire Naturelle, 55, rue Buffon, 75005 Paris, France.
  • Theo RIPKEN, Muséum National d'Histoire Naturelle, 55, rue Buffon, 75005 Paris, France.
Fiche rédigée par Philippe BOUCHET, Theo RIPKEN, Olivier GARGOMINY
Muséum national d'Histoire naturelle, Laboratoire de Biologie des Invertébrés Marins et Malacologie
55 rue Buffon
75005 Paris. France.

Bernard RECORBET
DIREN-Corse
BP 334
20180 Ajaccio
Bibliographie

Bouchet, P., Ripken, T. & Recorbet, B. 1997. Redécouverte de l'escargot de Corse Helix ceratina au bord de l'extinction. Revue d'Ecologie (La Terre et la Vie) 52: 97-111.

Bouchet, P., Ripken, T. & Recorbet, B. 1998. Conservation of a narrow-range mediterranean island endemic, Helix ceratina from Corsica. Journal of Conchology Special Publication 2: 205-208.

Federici, S. 1996. Etude de l'habitat et de l'abondance de l'Escargot de Corse (Helix ceratina) dans le cadre de la protection du site de Campo dell'Oro. DIREN Corse, Université de Corse Pascal Paoli. 40 pp.

Kerney, M.P., Cameron, R.A.D. & Bertrand, A. 1999. Guide des escargots et limaces d'Europe. Delachaux et Niestlé, Lausanne - Paris.

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