Gentiano alpinae - Caricetum curvulae Nègre 1968

Prodrome des végétations de France décliné (PVF2)

Synécologie

Pelouse alpine climacique située à (2 280) 2 400‑2 800 (2 920) m d’altitude (optimum autour de 2600 m), sur sols acides peu évolués, issus de matériaux siliceux rabotés par les glaciers, en situation bien drainée (replats bien drainés, bombements, crêtes), évitant les pentes fortes, ainsi que les zones d’accumulation de neige favorables aux végétations du Salicion herbaceae.

Nom cité du syntaxon

Gentiano alpinae - Caricetum curvulae Nègre 1968 (Ann. Fac. Sci. Marseille 31 : 152).

Synonymes

Oreochloo blankae - Caricetum curvulae Rivas Mart. 1974 corr. Rivas Mart. & Géhu 1978 (Doc. Phytosoc. NS 3 : 399) ≡ Seslerio distichae - Caricetum curvulae Rivas Mart. 1974 (Collect. Bot. (Barcelona) 9 (1) : 17) ; Carici curvulae - Leontodontetum pyrenaici sensu Klein 1979 (Phytocoenol. 5 (2) : 139).
Notre traitement montre que le relevé 500 de Nègre (1968), que nous désignons comme lectotype, s’insère sans problème dans le tableau de l’association, étant comparable aux relevés 9, 10, 11 et 13 de Rivas‑Martínez (1974) pour le Seslerio distichae - Caricetum curvulae ; en conséquence nous rejetons la clause d’invalidité évoquée par Rivas‑Martínez (2001 : 102) pour rejeter le nom de Nègre.

Type nomenclatural

Désigné par Corriol & Mikolajczak (2017 : 73) : rel. 500 (lectoypus nominis) in Nègre (1968a : 152‑153).

Physionomie

Pelouse rase et drue, généralement dense, à 75‑100% de recouvrement, mais parfois plus écorchée et ouverte, dominée par les hémicryptophytes cespiteuses et les chaméphytes en coussinets, de couleur vert sombre, ternie des extrémités sèches des feuilles de Carex curvula, mais brillamment colorée du bleu intense des corolles de Gentiana alpina à la floraison, accompagnée des touches roses dues notamment à Androsace carnea, Primula integrifolia, Trifolium alpinum et Armeria  alpina, à richesse spécifique moyenne à faible (12‑24 taxons pour une moyenne de 17), à optimum en juillet (début d’été).

Variations

- typicum, groupement central, sans les différentielles des sous‑associations identifiées, hormis Gnaphalium supinum, à richesse spécifique réduite (11‑16 taxons), distribué à (2 280)2 345‑2 710(2 800) m d’altitude ; deux variantes identifiées, l’une plus chionophile à Trifolium alpinum, Ranunculus pyrenaeus, Nardus stricta, Festuca eskia (transition vers le Ranunculo pyrenaei - Festucetum eskiae Nègre 1969) et l’autre plus cryo‑xérophile à Luzula spicata, Armeria alpina ;
- ranunculetosum pyrenaici Nègre 1969, lectotypus nominis rel. 219 du tab. 1 in Nègre 1969 (Vegetatio 18 : 168) in Corriol & Mikolajczak 2017 ; différenciée positivement par Ranunculus pyrenaeus, Meum athamanticum, Soldanella alpina, Arenaria purpurascens, Epikeros pyrenaeus, Geum montanum, Festuca eskia et négativement par Agrostis rupestris, Minuartia sedoides, Silene acaulis, Juncus trifidus, Armeria alpina ; sol plus évolué, à teneur en argile plus importante et meilleure rétention d’eau ;
- sibbaldietosum procumbentis Nègre 1969, lectotypus nominis rel. 234 du tab. 1 in Nègre 1969 (Vegetatio 18 : 168) in Corriol & Mikolajczak 2017 ; différenciée positivement par Sibbaldia procumbens, Sedum alpestre, Cardamine resedifolia, Nardus stricta, Festuca glacialis et négativement par Juncus trifidus, Silene acaulis, Minuartia sedoides, peu diversifiée (12‑16 taxons) ; chionophile, transition vers le Primulo integrifoliae – Salicetum herbaceae Corriol & Mykolajczak 2015.
- silenetosum acaulis Corriol in Corriol & Mikolajczak 2017, typus nominis rel. 043 du tab. 3 in Klein 1979 (Phytocoenol. 5 (2) : 166) ; différenciée positivement par Silene acaulis, Minuartia sedoides, Armeria alpina, Sedum alpestre et Sibbaldia procumbens ; plus alticole (2 500‑2 900 m) et cryophile, plus diversifiée (14‑23 taxons), enrichie en chaméphytes ; deux variantes identifiées, une modale et une de l’étage alpin supérieur (2 700‑2 900 m), différenciée par Salix herbacea, Erigeron uniflorus, Gnaphalium supinum, Festuca glacialis (correspond à la sous‑association salicetosum herbaceae Nègre 1969) ;
- vaccinietosum microphylli Corriol in Corriol & Mikolajczak 2017, typus nominis rel. 049 du tab. 3 in Klein 1979 (Phytocoenol. 5 (2) : 166) ; différenciée positivement par Vaccinium uliginosum subsp. microphyllum, Juncus trifidus, Rhododendron ferrugineum, Jasione crispa, Carex sempervirens subsp. pseudotristis, Luzula alpino‑pilosa et dans une moindre mesure par Loiseleuria procumbens, Empetrum nigrum subsp. hermaphroditum, Huperzia selago, Homogyne alpina… et négativement par Silene acaulis (correspond partiellement à la variante à Juncus trifidus de Klein, 1979) ; plus cryo‑xérophile (crêtes, fortes pentes exposées), transition vers les landines alpines du Carici curvulae - Empetretum hermaphroditi Rivas Mart. (1968) 1987 (Loiseleurio - Vaccinion microphylli) ;
- arenarietosum moehringioidis Corriol in Corriol & Mikolajczak 2017, typus nominis rel. 044 du tab. 3 in Klein 1979 (Phytocoenol. 5 (2) : 166) ; différenciée positivement par Arenaria gothica subsp. moehringioides, Festuca glacialis, Pedicularis pyrenaica, Potentilla crantzii, Saxifraga moschata, Antennaria carpatica, Carex rupestris et dans une moindre mesure Plantago monosperma, Minuartia verna, Helictotrichon sedenense, Androsace vitaliana, Oxytropis campestris, Carex myosuroides… (incl. la variante à Elyna myosuroides de Klein, 1979) ; sur roche mère plus riche en bases, à richesse floristique la plus élevée (19‑29 taxons avec une moyenne de 24), transition vers les pelouses cryo‑basiphiles du Kobresion myosuroidis.

Synchorologie

- association largement répartie dans les Pyrénées centrales et occidentales ;
- sous‑associations ou variantes géographiques : ‑.

Bibliographie

 Corriol G. & Mikolajczak A. 2017. Contribution au prodrome des végétations de France : les Caricetea curvulae Braun-Blanq. 1948 nom. conserv. propos. J. Bot. Soc. Bot. France, 77 : 57‑86. (Source)

Carrillo E. & Ninot J.M. 1992. Flora I vegetació de les Valls d’Espot I de Boí, I. Ed. Institut d’Estudis Catalans, Barcelona, 474 p.

Gruber M. 1975. Les pelouses du Festucion eskiae et du Festucion supinae des Pyrénées ariégeoises et catalanes. Ecol. Medit., Marseille 1 : 79‑91.

Klein J.‑C. 1979. Application de l’analyse factorielle des correspondances à l’étude phytosociologique de l’étage alpin des Pyrénées centrales. Phytocoenol. 5 (2) : 125‑188.

Nègre R. 1968. Course phytosociologique au Seil de la Baque. Ann. Fac. Sci. Marseille 31 : 149‑155.

Nègre R. 1969. La végétation du bassin de l’One, 2 – Les pelouses. Portug. Acta Biol. X (1‑4): 1‑137.

Nègre R. 1969. Le Gentiano ‑ Caricetum curvulae dans la région luchonaise (Pyrénées centrales). Vegetatio 18 (1‑6) : 167‑202.

Rivas‑Martínez S. 1974. Los pastizales del Festucion supinae y Festucion eskiae (Juncetea trifidi) en el Pireneo central. Collect. Bot., Barcelona 9 (1) : 5‑23.

Rivas‑Martínez S., Báscones J.C., Díaz T.E. , Fernández‑González F. & Loidi J. 1991. Vegetación del Pireneo occidental y Navarra. Itin. Geobot. 5 : 5‑456.