8130-17 - Éboulis calcaires subalpins à Petit pigamon pubescent et gaillet nain des Pyrénées centro-occidentales

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Habitat de l’étage subalpin, pouvant descendre à l’horizon supérieur (au-dessus de 1 650 m) de l’étage montagnard.
Il colonise les pierriers calcaires constitués de blocs gros et moyens, relativement pentus (de 20 à 35°), uniquement exposés du sud à l’est-sud-est.
Les pierriers sont en général assez mobiles.
La matrice de fractions fines située sous les blocs présente un pH basique (de l’ordre de 8).

Variabilité

Habitat sans variabilité, dont une seule association est décrite : l’association à Petit pigamon pubescent (Thalictrum minus subsp. pubescens) et Gaillet nain (Galium pumilum) [Thalictro pubescentis-Galietum pumili].

Physionomie, structure

Végétation toujours de très faible recouvrement.
La flore, assez peu diversifiée, est dominée par des hémicryptophytes et peut présenter également une espèce annuelle ou bisannuelle, l’Ibéris de Bernard (Iberis bernardiana).
Étant donné l’écologie particulière de l’habitat, les espèces se montrent très nettement spécialisées aux contraintes du milieu (nature, granulométrie, mobilité du substrat, contrastes thermohydriques…). On y rencontre des espèces de pierriers mobiles : Ibéris de Bernard, Linaire des Alpes (Linaria alpina). Les espèces lithophiles présentent diverses stratégies leur permettant de résister aux contraintes imposées par les mouvements se produisant au sein des pierriers. L’organisation morphologique et anatomique de leur système végétatif (notamment « souterrain ») permet à ces espèces lithophiles de suivre et de subir, ou non, le mouvement des pierriers, d’où les diverses stratégies distinguées :
- stratégie migratrice : lithophytes migrateurs par allongement et régénération [Crépide naine (Crepis pygmaea)], lithophytes indépendants [Biscutelle à feuilles courtes (Biscutella brevifolia), Ibéris de Bernard (Iberis bernardiana)], lithophytes migrateurs à système racinaire fasciculé adhérant fortement au substrat [Avoine des montagnes (Helictotrichon sedenense)] ;
- stratégie sédentaire : lithophytes à système « souterrain » stabilisateur [Silène couchée (Silene uniflora subsp. prostrata), Valériane des montagnes (Valeriana montana)].

Confusions possibles

Les autres éboulis calcaires subalpins et alpins de l’Iberidion spathulatae [Code UE : 8130] des Pyrénées.
Les éboulis calcaires thermophiles collinéens et montagnards de l’Iberido-Linarion propinquae [Code UE : 8130] des Pyrénées occidentales, d’écologie et de composition floristique différentes.

Dynamique

Cet habitat est permanent tant qu’un équilibre s’établit entre les processus géomorphologiques remaniant le milieu et la colonisation par les espèces végétales lithophiles spécialisées. Si la fixation par les espèces gazonnantes devient dominante, une évolution vers la pelouse thermophile de soulane à Fétuque de Gautier (Festuca gautieri) [Code Corine : 36.434] est observable.

Habitats associés ou en contact

Végétation chasmophytique des pentes rocheuses calcaires [Code UE : 8210].
Autres communautés des éboulis calcaires subalpins et alpins [Iberidion spathulatae ; Code UE : 8130] des Pyrénées.
Pelouses calcicoles thermophiles à Fétuque de Gautier [Festucion scopariae ; Code UE : 6170].
Pelouses thermophiles à Fétuque paniculée (Festuca paniculata) [Festucion spadiceae ; Code Corine : 36.331].
Pelouses acidophiles à Nard raide (Nardus stricta) [Nardion strictae ; Code UE : 6230*].

Répartition géographique

Habitat endémique des Pyrénées centro-occidentales : massif du Ger et du Cézy (Pyrénées-Atlantiques), à rechercher dans les autres massifs calcaires.

Valeur écologique et biologique

Habitat original, endémique des Pyrénées centro-occidentales, ne couvrant pas en général de vastes surfaces. Il présente une grande valeur écologique et biologique par les conditions très particulières du milieu et le nombre d’espèces spécialisées qu’il renferme. Le cortège floristique compte plusieurs espèces endémiques pyrénéennes, au sens large comme la Biscutelle à feuilles courtes et la Vesce des Pyrénées, ou de la partie occidentale de la chaîne, comme l’Ibéris de Bernard.

États de conservation

États à privilégier :
Stade optimal de l’habitat, c’est-à-dire le groupement végétal typique sans évolution marquée vers la pelouse.

Autres états observables :
Stades pionniers peu typiques et stades appauvris par évolution vers la pelouse.

Tendances et menaces

L’habitat n’apparaît pas pour l’instant globalement très menacé dans les Pyrénées. Toutefois des menaces de destruction directe (création de pistes pastorales, aménagement et extension de domaines skiables, piétinement et pâturage intensifs par les troupeaux, piétinement et bouleversement lors de randonnées, érosion …) et indirecte (changement climatique global éventuel…) existent.

Axes de recherche

Affiner la répartition géographique de l’habitat et réaliser les inventaires de la faune associée à cet habitat.
Étudier en détail la taxonomie du Gaillet nain inféodé à cet habitat. Il serait intéressant de faire un suivi à long terme de cet habitat afin de connaître son évolution éventuelle lors d’un changement climatique global.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Herard-Logereau K., Van Es J. & Balmain C. (coord.), 2004. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 5 - Habitats rocheux. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 381 p. + cédérom. (Source)