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8210-21 - Végétation des rochers calcaires de l'étage montagnard, insensible à l'exposition, des Pyrénées

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Habitat ayant son optimum altitudinal à l’étage montagnard (800-1 800 m) et pouvant atteindre l’étage subalpin (et très exceptionnellement la base de l’étage alpin). Il occupe les fissures des rochers et parois calcaires compacts (faciès Urgonien notamment) pentus à verticaux, quelle que soit leur exposition.
L’habitat subit d’importants contrastes thermiques saisonniers et journaliers ; les températures des rochers les mieux exposés peuvent s’élever fortement à l’ensoleillement.
La terre fine noirâtre remplissant les fissures et conservant l’hu- midité a un pH généralement basique (7 à 8).

Variabilité

L’habitat présente une nette variabilité géographique (vicariance géographique) et une différenciation altitudinale (compensée par l’altitude) pour deux des trois communautés.

Dans les Pyrénées orientales : communauté à Aspérule hérissée et Dethawie à feuilles fines [Asperulo hirtae-Dethawietum tenuifoliae] avec en plus : Millepertuis nummulaire (Hypericum nummularium), Saxifrage fausse arétie (Saxifraga aretioides), Bartsie en épi (Nothobartsia spicata). Cette communauté est homologue (vicariante) de la communauté à Saxifrage à longues feuilles et Ramonde des Pyrénées [Saxifrago longifoliae-Ramondetum myconi] du versant catalan espagnol, qui peut atteindre localement le Capcir en limite septentrionale de son aire.

Dans les Pyrénées centro-occidentales : communauté à Aspérule hérissée et Potentille fausse alchémille [Asperulo hirtae-Potentilletum alchimilloidis] avec en plus : Saxifrage à longues feuilles (Saxifraga longifolia), Saxifrage paniculée (Saxifraga paniculata), Globulaire rampante (Globularia repens), Millepertuis nummulaire, Chèvrefeuille des Pyrénées (Lonicera pyrenaica)…, dont deux sous-associations sont reconnues en fonction de l’altitude et de l’exposition :
- rochers bien exposés les plus alticoles de l’étage subalpin (et parfois sur les rochers ombragés à plus basse altitude), sous-association à Valériane à feuilles de globulaire [valerianetosum apulae], avec : Potentille des neiges (Potentilla nivalis) ;
- dans les autres situations, sous-association type à Potentille fausse alchémille [potentilletosum alchimilloidis].

Dans les Pyrénées occidentales : communauté à Saxifrage à longues feuilles et Pétrocoptis des Pyrénées [Saxifrago longifoliae-Petrocoptidetum pyrenaicae], avec en plus : Aspérule hérissée, Épervière amplexicaule (Hieracium amplexicaule), Érine des Alpes (Erinus alpinus), Nerprun nain (Rhamnus pumila)…, dont deux sous-associations sont reconnues en fonction de l’altitude :
- à l’horizon montagnard inférieur, sous-association relativement thermophile à Pétrocoptis des Pyrénées [petrocoptidetosum pyrenaicae] ;
- à l’horizon montagnard supérieur et à l’étage subalpin, sous-association à Potentille fausse alchémille [potentilletosum alchimilloidis], avec en plus : Saxifrage paniculée.

Physionomie, structure

Végétation très ouverte (recouvrement inférieur à 10 %) dominée par des hémicryptophytes et des chaméphytes saxicoles s’insinuant dans les fissures des parois, auxquels s’ajoutent deux phanérophytes [Chèvrefeuille des Pyrénées, Nerprun des Alpes (Rhamnus alpina)]. La flore, plus riche et plus diversifiée que sur les parois siliceuses homologues, est particulièrement adaptée aux conditions extrêmes de la vie rupicole (grands écarts de température et d’humidité, balayage par le vent…) et présente, en majorité, des formes biologiques naines (de quelques centimètres à quelques dizaines de centimètres de hauteur), caracté- risées par la lenteur de leur croissance, à port en coussinet (Saxifrages) ou en espalier [Globulaire rampante, Nerprun nain, Passérine dioïque (Thymelaea dioica)], à feuilles densément pubescentes [Ramonde des Pyrénées (Ramonda myconi), Potentille des neiges, Aspérule hérissée (Asperula hirta)…].

Confusions possibles

Les communautés végétales indifférentes à l’exposition des parois très abruptes des rochers calcaires des étages subalpin et alpin des Pyrénées [Code UE : 8210].
Les communautés végétales des rochers calcaires de forte pente exposés au nord de l’étage subalpin des Pyrénées [Code UE : 8210].

Dynamique

Cet habitat est pionnier des fissures étroites des parois calcaires et présente un caractère permanent.

Habitats associés ou en contact

Communautés jouxtant cet habitat dans les séquences phytotopographiques des massifs calcaires.
À l’étage montagnard :
- mégaphorbaies [Adenostylenion pyrenaicae ; Code UE : 6430] ;
- pelouses calcicoles mésophiles des Pyrénées et du piémont nord-pyrénéen [Potentillo splendentis-Brachypodion pinnati et Mesobromion erecti ; Code UE : 6210] ;
- végétation des vires et pieds de falaises calcaires ombragés des Pyrénées [Laserpitio nestleri-Ranunculion thorae ; Code UE : 6170] ;
- hêtraies calcicoles [Cephalanthero rubrae-Fagion sylvaticae ; Code UE : 9150] ;
- hêtraies et hêtraies-sapinières sur calcaire [Code Corine : 41.14, 42.122] ;
- pinèdes à Pin sylvestre (Pinus sylvestris) sur calcaire [Code Corine : 42.5].

À l’étage subalpin :
- éboulis calcaires pyrénéens à Ibéris spathulé (Iberis spathulata) [Iberidion spathulatae ; Code UE : 8130] ;
- éboulis carbonatés chionophiles à Saxifrage inaperçue (Saxifraga praetermissa) [Saxifragion praetermissae ; Code UE : 8130] ;
- pelouses calcicoles orophiles méso-hygrophiles [Primulion intricatae ; Code UE : 6170] ;
- pelouses écorchées à Fétuque de Gautier (Festuca gautieri) [Festucion scopariae ; Code UE : 6170] ;
- pelouses thermophiles à Fétuque paniculée (Festuca paniculata) [Festucion spadiceae ; Code Corine : 36.331] ;
- landines à Dryade à huit pétales (Dryas octopetala) et Saule des Pyrénées (Salix pyrenaica) [Dryado octopetalae-Salicetum pyrenaicae ; Code UE : 6170], dans les Pyrénées centrales ;
- landes subalpines à Genévrier nain (Juniperus sibirica) [Juniperion nanae ; Code UE : 4060] ;
- pinèdes à Pin à crochet (Pinus uncinata) sur calcaire [Code UE : 9430*].

Répartition géographique

Communauté à Aspérule hérissée et Dethawie à feuilles fines : massifs calcaires des Pyrénées-Orientales, de l’Ariège et de Haute-Garonne.
Communauté à Aspérule hérissée et Potentille fausse alchémille : massifs calcaires des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Atlantiques.
Communauté à Saxifrage à longues feuilles et Pétrocoptis des Pyrénées : massifs calcaires des Pyrénées-Atlantiques (Ossau, Aspe, Barétous, Orhy).

Valeur écologique et biologique

Habitat d’une grande richesse floristique, endémique des Pyrénées, recelant de nombreuses espèces endémiques pyrénéennes plus ou moins strictes (spéciation postglaciaire) (Saxifrage à longues feuilles, Saxifrage fausse arétie, Ramonde des Pyrénées, Bartsie en épi, Valériane à feuilles de globulaire, Thymélée dioïque, Chèvrefeuille des Pyrénées, Potentille fausse alchémille, Aspérule hérissée, Pétrocoptis des Pyrénées, Buplèvre anguleux, Dethawie à feuilles fines…), dont certaines sont des relictes tertiaires. La Bartsie en épi est inscrite sur la liste des espèces protégées au niveau national.
On note également la présence d’espèces d’oiseaux protégées au niveau national : Tichodrome échelette (Tichodroma muraria).
Cet habitat peut constituer le biotope de prédilection de nombreuses espèces d’invertébrés (insectes, gastéropodes …).

États de conservation

États à privilégier :
Stade optimal de l’habitat.

Autres états observables :
États fragmentaires.

Tendances et menaces

Cet habitat n’est pas considéré comme globalement très menacé, mais des menaces directes de destruction partielle ou totale existent potentiellement : travaux d’élargissement de routes de montagnes, création de pistes pastorales ou forestières, de constructions diverses (parking, bâtiments, équipements de ski…), mise en eau de barrages, ouverture de carrières, pratique de l’escalade et du canyoning non respectueux de la végétation des parois, dérangement de l’avifaune nicheuse par les pratiques de « vol libre » au-dessus de l’habitat.
Menaces indirectes à long terme : cueillettes abusives de certaines espèces, pollution atmosphérique près des axes de circulation, évolution éventuelle dans le cadre d’un changement climatique global.

Axes de recherche

Préciser la répartition géographique des diverses communautés de l’habitat.
Il serait intéressant de faire un suivi à long terme de ces habitats afin de connaître leur évolution éventuelle lors d’un changement climatique global.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Herard-Logereau K., Van Es J. & Balmain C. (coord.), 2004. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 5 - Habitats rocheux. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 381 p. + cédérom. (Source)