6420-5 - Prairies humides hydrophiles et hygrophiles méditerranéennes de basse altitude

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Étage méso-méditerranéen inférieur, de 0 à 100 m environ.
Position topographique : dépressions ou pentes faibles à nulles, dans les basses plaines et à proximité des étangs.
Substrats assez variés : alluvions (sableuses, gravillonnaires, limono-argileuses ou argileuses) ou colluvions fines.
Alternance saisonnière de l’hygrophytie des stations, avec : 1) une période d’inondation ou de très forte imbibition du substrat, pendant les saisons pluvieuses (fin de l’automne et surtout hiver et printemps) ; 2) une période d’important dessèchement pendant les mois secs (été et début de l’automne), mais à laquelle les éleveurs remédient en irriguant beaucoup de parcelles en été ;
-sols généralement de type hydromorphe ou subhydromorphe ;
-prairies pâturées une grande partie de l’année.
N.B. Les prairies humides des pozzines, qui sont localisées dans les étages montagnard et subalpin de la Corse (GAMISANS 1991 a), ne font pas l’objet de cette fiche.

Variabilité

Assez grande diversité floristique et typologique, en rapport avec :
- la durée de l’inondation ou de l’imbibition, durée dépendant surtout de la micro-topographie ;
- la texture moyenne du substrat, dont les termes extrêmes sont les sables (et graviers) et les argiles.

La nature chimique de la nappe contenue dans le substrat, pouvant présenter : 1) des taux très variés de nitrates et de phosphates, les taux élevés (dus au lessivage d’une proportion des engrais répandus dans les cultures situées en amont des prairies) pouvant favoriser le développement de certaines espèces thermophiles eutrophes, comme le Paspale à deux épis (Paspalum distichum) ; 2) des taux assez élevés de sels (Na Cl surtout), pouvant favoriser l’implantation de certaines espèces euryhalines ou halophiles, comme le Jonc de Gérard (Juncus gerardii).

L’emprise actuelle (et/ou récente) de l’homme sur ces prairies : 1) densité du bétail (bovins principalement) y paissant et durée de leur pacage (pouvant entraîner un fort surpâturage avec son cortège de dénudations) ; 2) destruction mécanique périodique ou non des espèces non consommées par les animaux : chardons (Cirsium vulgare), cardères (Dipsacus ferox, D. fullonum), inule visqueuse (Dittrichia viscosa), ronces (Rubus ulmifolius), jonc aigu (Juncus acutus), guimauve officinale (Althaea officinalis), séneçon vivace (Senecio erraticus), phytolaque (Phytolacca americana)… ; 3) fauchage des parcelles au cours du printemps ou absence de fauchage ; 4) labours de périodicité très irrégulière ou absence de labour ; 5) présence (ou absence) de fossés pour drainer et évacuer rapidement les eaux d’inondation ; 6) irrigation estivale fréquente ou non.
La proximité de corridors boisés (fossés, canaux, rivières, fleuves) ou de lambeaux forestiers humides, comme les bois d’Aulne glutineux (Alnus glutinosa) et de divers saules (Salix sp. p.), cette proximité pouvant favoriser l’invasion des prairies par diverses espèces, formant des ourlets : Iris pseudacore (Iris pseudacorus), Jonc effusus (Juncus effusus), Salicaire (Lythrum salicaria), Pulicaire (Pulicaria dysenterica), Oenanthe de Lachenal (Oenanthe lachenalii), Scirpe holoschoene (Scirpus holoschoenus), Picride échioide (Picris echioides), Euphorbe poilue (Euphorbia hisuta), Jonc inflexus (Juncus inflexus), Fougère aigle (Pteridium aquilinum)…

Physionomie, structure

Types biologiques des espèces dominantes :
À l’exception des zones longtemps inondées, à hydrophytes et hélophytes, les prairies sont des formations végétales herbeuses, dont les types biologiques dominants sont les hémicryptophytes, les géophytes et les thérophytes. En été, là où s’est produit du surpâturage, s’étendent des espèces considérés soit comme des chaméphytes rampants, soit comme des géophytes à stolon superficiel (JAUZEIN & MONTEGUT 1983).
Suivant la dimension des feuilles, les espèces herbacées sont divisées en :
-graminoïdes (dont les feuilles sont étroites), qui appartiennent à trois familles de Monocotylédones (Poacées, Cypéracées et Joncacées) ;
-phorbes ou forbes (dont les feuilles sont relativement larges), qui appartiennent aux différentes familles de Dicotylédones.
Structure :
À l’exception des zones longtemps inondées, les prairies humides présentent, à l’optimum printanier du développement de leurs espèces constitutives, plusieurs strates herbacées :
-une strate dense, très basse (de 0 à 10 cm), dominée par des phorbes (strate présente à peu près chaque année) ;
-une strate dense, basse (de 15 à 30 cm), dominée par des graminoïdes (strate présente à peu près chaque année) ;
-une strate claire, un peu plus haute (de 40-50 à 70 cm), dominée par des graminoïdes, mais avec quelques grandes phorbes (strate non présente chaque année).
La hauteur maximale des limites de strates dépend de la quantité d’eau qui imbibe ou inonde le substrat.

Confusions possibles

Par leur physionomie de formation herbeuse, les prairies humides constituent des habitats facilement reconnaissables. Cependant, des incertitudes d’inclusion peuvent se produire dans quelques situations :
1) cas de mosaïques entre les prairies humides et les espèces en touradons comme le Jonc effusus, le Jonc aigu et le Choin (Schoenus nigricans), mosaïques visibles :
-au niveau des contacts avec des jonchaies sur substrat d’eau douce (à Jonc effusus) et sur substrat un peu salé (à Jonc aigu) ;
-à proximité des prés salés (des Juncetea maritimi), proches des étangs littoraux, où des touffes de choin et/ou d’Elyme (Elymus pycnanthus = Elytrigia atherica) peuvent tendre à envahir des prairies humides. C’est le degré de dominance, soit des espèces herbacées basses, soit des espèces en touradons qui permettra de décider de quel habitat il s’agit ;
2) cas des habitats endoréiques à assez longue inondation hiver-no-printanière, éventuellement classables dans les " mares temporaires méditerranéennes ". C’est le degré de richesse minérale de l’eau et du substrat qui permettra de choisir le classement :
-soit dans les « mares temporaires méditerranéennes » (habitat oligotrophe), qui présentent des espèces de l’Isoetion (divers Isoetes, Pilularia minuta) ou du Littorellion (Littorella uniflora) ;
-soit dans les prairies humides (habitat mésotrophe ou eutrophe), qui ne présentent pas des espèces de l’Isoetion et du Littorellion.

Dynamique

Spontanée :
Sans pacage, même extensif, et sans entretien anthropique modéré, les prairies humides ont tendance, comme la plupart des formations herbeuses, à subir une succession secondaire, avec ses divers stades :
- d’abord, avec de moins en moins de thérophytes et de plus en plus d’hémicryptophytes pérennes ;
- puis à recevoir, à partir des corridors boisés des bordures (haies, ripisylves), les diaspores d’espèces ligneuses (d’abord chaméphytiques puis phanérophytiques), qui vont transformer ces formations herbeuses en formations végétales de plus en plus boisées.

Liée à la gestion :
Le pacage extensif, joint de temps à autre à un fauchage (ou un arrachage) des espèces non consommées des bordures des parcelles, est la pratique de gestion la mieux adaptée aux prairies humides méditerranéennes, ce qui :
- permet le maintien d’une proportion importante de thérophytes printanières ;
- empêche le déroulement des étapes ultérieures de la succession secondaire.

Habitats associés ou en contact

Les habitats associés, et surtout en contact, sont très nombreux.
Latéralement, il s’agit des contacts avec les :
-ripisylves, haies et mégaphorbaies, sur les bordures de beaucoup de parcelles, dans les basses vallées et en arrière de quelques dunes de la Côte orientale ;
-roselières de transition, du côté des étangs d’eau douce ;
-jonchaies (à Jonc aigu), de transition avec les prés salés, à proximité des étangs littoraux.
Verticalement, il s’agit des contacts avec les :
-prairies non humides, situées sur des substrats d’altitude un peu plus haute, non inondables et/ou à engorgement non total par la remontée insuffisante de la nappe phréatique ;
-mares, en eau la majeure partie de l’année, creusées par l’homme au sein de beaucoup de parcelles prairiales pour servir d’abreuvoirs aux bovins.

Répartition géographique

En Corse, les prairies humides se répartissent principalement :
-dans les basses vallées de nombreux fleuves et rivières (Chiuni, Liamone, Taravo, Baraci, Rizzanese, Ortolo, Caniscione, Figari, Stabiaccio et ses petits affluents, Gradugine, Fium’orbu, Tavignano, Alesani…) (LORENZONI et al. 1994, PARADIS 1992 b, PARADIS & PIAZZA 1995, PARADIS & POZZO DI BORGO 2000) ;
-en arrière de quelques dunes de la côte orientale, à l’emplacement d’aulnaies à aulnes glutineux détruites (sur le littoral des communes de San Giuliano et de Cervione) ;
-à proximité de plusieurs étangs proches de la mer (Canniccia, Tizzano, Furnellu, Prisarella, Palo, Biguglia) (GAMISANS 1991 b, LORENZONI & PARADIS 1996, PARADIS 1992 a et b, PARADIS & ORSINI 1992) ;
-dans les points les plus profonds de quelques dépressions endoréiques accidentant le plateau calcaire de Bonifacio (LORENZONI & PARADIS 1998).

Valeur écologique et biologique

En plus de leur intérêt économique pour le pacage des bovins et, dans une moindre mesure, des ovins, les prairies humides ont une très grande valeur écologique pour les chaînes de consommateurs : insectes et oiseaux.
En avril et mai, la floraison jaune des diverses renoncules et celle, rose, du Silène fleur-de-coucou et de l’Orchis des marais donnent de magnifiques couleurs aux basses vallées.
Les prairies humides présentent plusieurs taxons protégés : (LR)* : taxon inscrit dans le Livre rouge de la flore menacée de France (OLIVIER et al. 1995)

États de conservation

1) Prairies basses, plus ou moins longtemps inondables, des dépressions du plateau calcaire de Bonifacio, qui créent un paysage très différent du reste du plateau et dont une des dépressions (dite de Musella) présente la seule station française du rarissime Panicaut nain de Barrelier (LORENZONI & PARADIS 1998).
2) Prairies des zones les plus longtemps inondées au printemps qui présentent, en bordure des étangs et dans les basses vallées :
-des espèces printanières protégées ;
-et, au cours de l’été, quand le substrat est très desséché, des espèces rares en Corse (et en France), telles les Crypsides (Crypsis aculeata et Crypsis schoenoides), le Chénopode rouge (Chenopodium chenopodioides), l’Héliotrope rampante (Heliotropium supinum) et l’Abutilon (Abutilon theophrasti) (PARADIS & LORENZONI 1994).

Tendances et menaces

Actuellement, la plupart des prairies humides de la Corse servent au pacage des bovins et leur état, que traduisent la physionomie et la composition phytosociologique des groupements, paraît stable.
À l’avenir, les principales menaces pesant sur les prairies humides pourraient être de deux sortes et totalement opposées :
1) modifications importantes des biotopes (par drainage et/ou endiguement) :
-soit pour favoriser la rentabilité économique des pâturages, avec semis d’espèces fourragères après des labours ;
-soit pour les transformer en vergers, irrigués en été ;
2) abandon total des biotopes, avec comme corollaire :
-d’abord la dominance des hémicryptophytes pérennes puis des chaméphytes ;
-ensuite l’expansion des phanérophytes, ce qui pourrait conduire à des formations végétales de plus en plus boisées (roncières, saussaies…).

Potentialités intrinsèques de production

Ces prairies sont essentiellement valorisées par un pâturage extensif de bovins une grande partie de l’année.

Axes de recherche

Absence de données.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Boullet V., Chavaudret-Laborie C. & Deniaud J. (coord.), 2005. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 4 - Habitats agropastoraux. Volume 2. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 487 p. + cédérom. (Source)