6430-7 - Végétations des lisières forestières nitrophiles, hygroclines, semi-sciaphiles à sciaphiles

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Ces végétations sont situées au niveau des lisières externes ou le long des grandes ouvertures forestières (coupes, sentes, dessertes) en position semi-sciaphile à sciaphile. L’extension de la lisière et dans une certaine mesure le cortège floristique sont liés aux modes d’entretien des talus et bords de chemins et du type de spéculation agricole (et de son intensité), contigus à la forêt.
Le microclimat est marqué par une lumière plus importante que dans le sous-bois contigu et par une humidité suffisante du sol et de l’air (situation d’écotone), avec pour effet d’accélérer l’activité biologique microbienne, ce qui contribue à libérer plus d’azote qu’en sous-bois ; l’azote est un facteur essentiel dans le déterminisme de ces communautés.
Ce type d’habitat est installé sur des sols non engorgés et qui ne sont généralement pas régulièrement touchés par des crues apportant des alluvions ; il s’observe sur des sols frais (flore souvent hygrocline) et riches en azote. Les matériaux et les sols sont variés ; comme invariant on peut citer l’humus qui est de type mull. Les forêts concernées sont sur des substrats calcicoles à acidiclines (chênaies, hêtraies, hêtraies-sapinières, érablaies, aulnaies-frênaies).
Certaines de ces communautés se retrouvent en situation rudérale : en bord de route, près de ruines de bâtiments pastoraux ou de bâtiments encore fonctionnels. Seules les végétations associées à la forêt sont à prendre en compte. On les retrouve aussi en bordure de haies, en contact avec les prairies pâturées à Crételle (Cynosurus cristatus) ou de fauche à Avoine élevée (Arrhenatherum elatius) ou Trisète jaunâtre (Trisetum flavescens).
Remarque : certaines espèces sont communes aux végétations des coupes et chablis, aux prairies fertilisées, aux communautés rudérales (reposoirs, bords de routes et de chemins en espaces ouverts, ruines, tas de décombres…) où se retrouve l’influence de l’azote.

Variabilité

Les cortèges floristiques sont assez variables en fonction des potentiels de semences présents de part et d’autre de cet écotone (en forêt et dans les milieux ouverts).
On peut distinguer d’une part des communautés plutôt collinéennes et d’autres plutôt montagnardes.

Types plutôt collinéens :
- stations ombragées sur sols profonds : communautés à Alliaire officinale et Chérophylle enivrant [Alliario petiolatae-Chaerophylletum temuli] ;
- lisières forestières ombragées, pieds de falaises, sur sols frais : groupement à Alliaire officinale (Alliaria petiolata), avec la Benoîte commune et le Lierre terrestre ;
- reposoirs d’animaux sauvages, pieds de falaises : communautés à Alliaire officinale et Cynoglosse d’Allemagne [Alliario petiolatae-Cynoglossetum germanici] ;
- lisières ombragées, chemins : communautés à Chérophylle enivrant et Géranium luisant [Chaerophyllo temuli-Geranietum lucidi] ;
- talus, bords de forêts : communautés à Torilis du Japon [Torilidetum japonicae], avec le Paturin des bois et le Brachypode des bois ;
- lisières semi-ombragées, sur sols frais : communautés à Euphorbe raide [Euphorbietum strictae], avec la Lapsane commune, le Géranium herbe-à-Robert ;
- lisières fraîches : communautés à Cardère poilue [Dipsacetum pilosi].

Types plutôt montagnards :
- lisières ombragées, pieds de rochers : communautés à Épilobe des montagnes et Géranium herbe-à-Robert [Epilobio montani-Geranietum robertiani] ;
- bords de haies, de forêts : communautés à Cerfeuil et Rapette couchée [Anthrisco-Asperugetum procumbentis].
On peut également signaler l’existence d’un groupement à Impatiente à petites fleurs (Impatiens parviflora), et d’un groupement à Grande chélidoine (Chelidonium majus).

Physionomie, structure

Ce type de végétation se présente souvent en liseré étroit, plus ou moins discontinu, en situation de lisières ombragées ou de sentes. La végétation rassemble beaucoup d’espèces à feuilles assez larges (espèces plus ou moins sciaphiles) et chaque communauté est souvent dominée par une espèce sociale : Chérophylle, Alliaire, Torilis du Japon, Paturin des bois, Euphorbe raide…
La composition floristique étant assez variable, nous citerons ci-après les espèces « indicatrices » les plus fréquentes, mais la composition floristique de la forêt et du milieu ouvert contigus peut entraîner la présence de nombreuses espèces accidentelles.

Confusions possibles

Des confusions sont possibles, principalement, avec les végétations affines situées en situation de lisières héliophiles (communautés à Égopode podagraire, Aegopodium podagraria) (habitat 6430-6).
Sinon, ces formations riches en espèces nitrophiles se distinguent nettement des ourlets, lisières mésotrophes à Trèfles divers (Trifolium spp.) (Cor. 34.4).
Comme signalé précédemment, les cortèges floristiques caractéristiques de ces lisières peuvent se retrouver en partie en espaces ouverts (bords de routes, ruines, habitat rural…) ; dans ce cas, ils ne sont pas à prendre en considération.

Dynamique

En règle générale, ce type d’habitat est stabilisé en lisière forestière ou le long des pénétrantes (dessertes, sentes…), et dans certaines clairières. Dans les forêts menées en jardinage (sapinières…), les espèces de ces lisières rentrent au sein des petites trouées où elles s’ajoutent aux espèces forestières qui, compte tenu des conditions microclimatiques tamponnées, subsistent malgré l’ouverture.
En cas de dynamique de reconquête forestière, l’habitat se reconstitue peu à peu à l’emplacement de la nouvelle lisière (en situation ombragée) et autour des noyaux ligneux installés au sein des espaces pastoraux abandonnés.
Il n’est pas possible, compte tenu de la diversité des conditions stationnelles forestières concernées de donner ici les divers schémas dynamiques ; ils répondent au schéma classique : cf. schéma du cahier d'habitat.
Compte tenu de leur optimum en situation ombragée, les cortèges floristiques de certaines de ces communautés se retrouvent :
- en sous-bois de phase pionnière constituée d’arbres à feuillage laissant passer une lumière tamisée (accrus d’Érables, de Frêne) ;
- en sous-bois de formations forestières plus ou moins rudérales : ormaie rudérale, bois de Robinier faux-acacia (Robinia pseudo-acacia)…
Dans tous ces cas, les pratiques anciennes ont souvent laissé un héritage en azote (le Robinier par ses nodosités crée des conditions favorables aux espèces de l’habitat) et ces milieux ne sont pas à retenir pour les sites Natura 2000.

Habitats associés ou en contact

Chênaies pédonculées calcicoles à acidiclines (dont UE 9160).
Hêtraies-chênaies calcicoles à acidiclines (dont UE 9130).
Hêtraies, hêtraies-sapinières calcicoles à acidiclines (dont UE 9130).
Érablaies (UE 9140).
Hêtraies subalpines.
Prairies pâturées à Crételle.
Prairies de fauche collinéennes (UE 6510) ou montagnardes (UE 6520).
Végétation herbacée ou arbustive des coupes et chablis. Rochers, falaises (UE 8210).
Éboulis (UE 8160).

Répartition géographique

L’habitat est très largement répandu en Europe tempérée, aux étages collinéen et montagnard (jusqu’à la base de l’étage subalpin).

Valeur écologique et biologique

Ces communautés offrent très souvent une flore banale ; on y rencontre cependant des espèces rares à assez rares comme le Cynoglosse d’Allemagne (Cynoglossum germanicum) ou le Géranium luisant (Geranium lucidum).
Leur situation en écotone en fait des milieux refuges pour certaines espèces ou une « voie de circulation » privilégiée (corridor). Elles participent à des mosaïques d’habitats intéressantes, de ce fait, par les niches particulières offertes à diverses espèces.

États de conservation

États à privilégier :
Les lisières d’une certaine longueur et d’une certaine profondeur.
Les lisières hébergeant des espèces rares à assez rares.

Autres états observables :
Les lisières n’hébergeant que des espèces très banales.
Les lisières très discontinues.

Tendances et menaces

Lorsque les lisières se trouvent au contact d’espaces intensivement cultivés, ces milieux sont très exposés aux traitements mécaniques et chimiques. Souvent, dans ce cas, la tendance est de cultiver jusqu’à la forêt ce qui réduit considérablement la surface de ces communautés (ou les fait disparaître). Des places de dépôts de bois peuvent aussi contribuer à leur destruction. Certaines plantes exotiques peuvent s’installer et se supplanter aux espèces autochtones qui structurent ces milieux.

Potentialités intrinsèques de production

En lisières externes évolutives, ces communautés ont les mêmes potentialités que les forêts contiguës. Le long des chemins, talus, on peut considérer que les potentialités ne sont pas à prendre en compte. Par ailleurs, compte tenu de leur faible extension spatiale, les lisières ne possèdent pas de réel intérêt forestier.

Axes de recherche

De nouvelles investigations sont nécessaires afin de préciser l’aire des diverses communautés de l’habitat et pour disposer de données françaises (l’essentiel des travaux de définition de ce type d’habitat relevant d’études étrangères).

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Gaudillat V. & Haury J. (coord.), 2002. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 3 - Habitats humides. MATE/MAP/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 457 p. + cédérom. (Source)