8120-2 - Éboulis calcaires subalpins à alpins à éléments moyens des Alpes

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

De l’étage subalpin à l’étage alpin (à partir de 2 000 m), avec un optimum à l’étage alpin.
Éléments moyens (de 0,2 à 25 cm) sur pente généralement forte (supérieure à 20 %) et de mobilité importante.
Enneigement de l’ordre de sept mois.
Présence de terre fine riche en CaCO3 (mull calcique), sous la couche d’éléments caillouteux (dont l’épaisseur peut atteindre 1 m), présentant un pH de l’ordre de 8-8,5.

Variabilité

Diversité typologique principale en rapport avec la localisation géographique :
- éboulis à Thlaspi à feuilles rondes [Thlaspietum rotundifolii]; cet habitat présent dans l’ensemble des Alpes se différencie dans les Alpes du Sud (Alpes-Maritimes, Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes et Drôme), par la présence d’espèces limitées à cette région : Pensée du Mont Cenis (Viola cenisia), Saussurée des Alpes (Saussurea alpina subsp. depressa), Ail à fleurs de Narcisse (Allium narcissiflorum), Campanule alpestre (Campanula alpestris), Pétrocallis des Pyrénées (Petrocallis pyrenaica), Crépide naine (Crepis pygmaea), Anémone du mont Baldo (Anemone baldensis), Gaillet des rochers (Galium saxosum), Lunetière à tige courte (Biscutella brevicaulis) ; et localement dans certains massifs présentant de vastes surfaces d’éboulis [comme la montagne d’Aurouze (Hautes-Alpes), le bassin supérieur du Var, le mont Mounier (Alpes-Maritimes), la haute vallée du Verdon (Alpes-de-Haute-Provence)] : Ibéris du Mont Aurouze (Iberis aurosica), Berce naine (Heracleum minimum) ;
- variations topographiques : sur pentes faibles, voire nulles : forme acidicline à Renoncule des glaciers (Ranunculus glacialis) et Vélar nain (Erysimum jugicola) ; la cryoturbation tient ici le rôle que joue la gravité dans un éboulis classique ;
- mont Ventoux (Vaucluse) : éboulis à Ibéris de de Candolle [Iberidetum candolleanae], avec : Gaillet des rochers, Ancolie de Bertoloni (Aquilegia bertoloni) (très localement), Galéopsis à feuilles étroites (Galeopsis angustifolia), Berce naine, Passerage à feuilles en coin (Alyssum cuneifolium), Lunetière à tige courte.

Physionomie, structure

Le degré de recouvrement est très faible (souvent bien inférieur à 5 %) ; observé de loin, cet éboulis apparaît dépourvu de végétation.
En raison de la faible sociabilité et de la faible abondance des espèces, l’habitat est souvent présent à l’état fragmentaire.
Les hémicryptophytes et les géophytes dominent ; l’inaccessibilité de la terre fine, enfouie sous la couche d’éléments grossiers, exclut presque totalement les thérophytes.
Les espèces se développant dans ces pierriers mobiles sont pour la plupart des lithophytes migrateurs, ascendants et recouvreurs. Leurs adaptations (stolons hypogés, rejets s’étalant à la surface du pierrier…) concourent à la fixation des pierriers et à l’installation de la pelouse (cf. « Dynamique de la végétation »).

Confusions possibles

Avec les éboulis calcaires à éléments fins à Bérardie laineuse (Berardia subacaulis) [Berardietum lanuginosae ; Code UE : 8120, Code Corine : 61.2322] et à Liondent des montagnes (Leontodon montanus) [Leontodontetum montani ; Code UE : 8120, Code Corine : 61.2321].
Avec les éboulis siliceux à éléments fins à Tabouret en corymbe (Noccaea corymbosa) [Thlaspietum limosellæfolii ; Code UE : 8110, Code Corine : 61.1112] décrit dans les Alpes-Maritimes mais à répartition méconnue (à rechercher dans les Alpes internes).

Dynamique

Habitat le plus souvent permanent en raison des apports constants de nouveaux matériaux (chutes de pierres) rajeunissant l’éboulis. Dans certaines situations (faible pente, faible apport d’éléments) où l’accumulation d’éléments fins et la fixation de l’éboulis sont rendues possibles, les évolutions suivantes peuvent s’observer :

Aux expositions chaudes (essentiellement sur les bords de l’éboulis) :
- passage à des pelouses méso-xérophiles à xérophiles avec principalement les pelouses du Seslerion caeruleae [Code UE : 6170, Code Corine : 36.43] : pelouses à Fétuque dimorphe (Festuca dimorpha) et à Laîche toujours verte (Carex sempervirens) (Alpes-Maritimes et Alpes-de-Haute-Provence), pelouses à Fétuque à tiges rudes (Festuca scabriculmis) (Alpes-Maritimes) ou à Fétuque à quatre fleurs (Festuca quadriflora) [Festucetum pumilae], et pelouses à Seslérie bleutée (Sesleria caerulea) et Avoine des montagnes (Helictotrichon sedenense) [Seslerio caeruleae-Avenetum montanae] ;
- les pelouses de l’Ononidion cenisae [Code UE : 4090, Code Corine : 36.432] ;
- puis passage possible, à l’étage subalpin, aux landes du Juniperion nanae [Code UE : 4060, Code Corine : 31.43] ;
- stade évolutif terminal, dans les Alpes internes et intermédiaires, correspondant aux pinèdes thermoxérophiles de Pin à crochets (Pinus uncinata) de l’Ononido rotundifoliae-Pinion sylvestris [Code UE : 9430, Code Corine : 42.4 et 42.53].

Aux expositions froides : évolution vers les pelouses ébouleuses calcaires longuement enneigées de l’Arabidion caeruleae [Code Corine : 61.2], puis :
- passage possible, à l’étage subalpin, aux landes du Rhododendro ferruginei-Vaccinion myrtilli [Code UE : 4060, Code Corine : 31.42] ;
- stade ultime d’évolution représenté par les pinèdes de Pin cembro (Pinus cembra) du Rhododendro ferruginei-Vaccinion myrtilli [Code UE : 9420, Code Corine : 42.31] ;
- en positions ventées à l’étage alpin, passage aux pelouses à Élyne queue de souris (Kobresia myosuroides) de l’Oxytropido-Elynion myosuroidis [Code UE : 6170, Code Corine : 36.42].
- dans les parties stabilisées fraîches à l’étage subalpin, vers les pelouses méso-hygrophiles du Caricion ferrugineae [Code UE : 6170, Code Corine : 36.41].

Habitats associés ou en contact

Habitats évoqués au chapitre « Dynamique de la végétation », auxquels il est possible de rajouter :
- les falaises calcaires du Potentillion caulescentis aux étages subalpin et alpin [Code UE : 8110, Code Corine : 62.15] ;
- les falaises calcaires du Saxifragion lingulatae à l’étage subalpin dans les Alpes-Maritimes (principalement) et dans les Alpes-de-Haute-Provence [Code UE : 8210, Code Corine : 62.13] ;
- les éboulis calcaires à éléments fins à Bérardie laineuse (Berardia subacaulis) [Berardietum lanuginosae ; Code UE : 8120, Code Corine : 61.2322] et à Liondent des montagnes (Leontodon montanus) [Leontodontetum montani ; Code UE : 8120, Code Corine : 61.2321] ;
- les différentes pelouses alpines acidiphiles, avec notamment :
les pelouses méso-hygrophiles du Nardion strictae [Code UE : 6230*, Code Corine : 36.31] ;
les pelouses mésophiles du Caricion curvulae [Code Corine : 36.34].

Répartition géographique

Éboulis à Thlaspi à feuilles rondes : ensemble des Alpes. Éboulis à Ibéris de de Candolle : mont Ventoux (Vaucluse).

Valeur écologique et biologique

Cet habitat présente une flore très riche en espèces endémiques des Alpes et plus particulièrement des Alpes du sud-ouest, avec principalement : Ibéris du Mont Aurouze, Ibéris de de Candolle, Berce naine, Passerage à feuilles en coin, Gaillet des rochers, Campanule alpestre, Vélar nain, Pensée du Mont Cenis, Saussurée des Alpes, Ail à fleurs de narcisse, Lunetière à tige courte.
Cet habitat de grand intérêt floristique présente localement des espèces de grand intérêt patrimonial :
- trois espèces sont protégées au niveau national : Ancolie de Bertoloni, Berce naine, Ibéris du Mont Aurouze ;
- deux espèces sont protégées au niveau des régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes : Passerage à feuilles en coin (présence certaine pour les Alpes ainsi qu’au mont Ventoux) et Lunetière à tige courte ;
- cinq espèces sont inscrites au Livre rouge national (tome I) : Ibéris du Mont Aurouze, Berce naine, Passerage à feuilles en coin, Gaillet des rochers, Lunetière à tige courte.

États de conservation

Les éboulis encore actifs (dont la dynamique n’a pas été modifiée par des aménagements humains) non colonisés par des espèces de pelouses et présentant une flore spécifique d’éboulis (lithophytes migrateurs…).
Les éboulis non pâturés par les troupeaux.

Tendances et menaces

Cet habitat est globalement peu menacé sauf dans les secteurs concernés par les aménagements de domaines skiables (notamment en Vanoise, dans les Alpes du Nord). Ces aménagements (créations de pistes de ski et terrassements induits), ainsi que la création de routes, de pistes pastorales, de sentiers de randonnées…, peuvent entraîner la disparition de certaines stations, soit directement en détruisant le pierrier, soit de manière indirecte en empêchant l’apport de matériaux nouveaux ; l’éboulis s’immobilise et est colonisé par d’autres habitats.
Les troupeaux s’écartant des parcours pastoraux peuvent entraîner la raréfaction de certaines espèces.
La création de nouveaux sentiers, en particulier lorsqu’ils sont parallèles à la pente, augmente le ravinement.

Axes de recherche

Améliorer les connaissances syntaxonomiques de l’habitat.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Herard-Logereau K., Van Es J. & Balmain C. (coord.), 2004. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 5 - Habitats rocheux. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 381 p. + cédérom. (Source)