Logos SINP

ZNIEFF 210014797
L'ETANG DE RAMERUPT ET SES ANNEXES

(n° régional : 00000457)

Commentaires généraux

La ZNIEFF dite de l'étang de Ramerupt et ses annexes est située essentiellement sur le territoire de la commune de Petit-Mesnil, l'extrémité sud dépendant du territoire de la Rothière et étant incluse dans le Parc Naturel Régional de la Forêt d'Orient. Elle regroupe un ensemble d'étangs à vocation piscicole, avec en amont l'étang Laborde (géré intensivement à des fins cynégétiques) qui vient alimenter l'étang de Ramerupt et en aval l'étang la Dame, aujourd'hui vidé et abandonné avec formation d'une vaste zone très marécageuse. Ces étangs sont parmi les plus vastes (avec la Horre), les plus anciens (attestés dès le XIIème siècle) et les plus riches (par leur faune et leur flore) des étangs du département de l'Aube. Les environs immédiats présentant des prairies plus ou moins humides, des forêts fraîches et des milieux marécageux intéressants ont également été pris en compte dans la délimitation de la ZNIEFF, ainsi que des champs situés à l'est de la Maison Bernard. Les étangs de Laborde et de Ramerupt présentent une succession de milieux variés d'un très grand intérêt floristique. Leurs eaux eutrophes portent des groupements d'herbiers flottants à Hydrocharis, à Utricularia et à Najas remarquables et de très belles potamaies (notamment au niveau de l'étang Laborde). Des groupements d'exondation à Bidens et Eleocharis sont localisés au nord de l'étang Laborde. La roselière (à baldingère et massette) est bien développée et particulièrement dense sur les 2/3 des bordures de l'étang de Ramerupt, au sud et à l'ouest (où elle joue pleinement son rôle d'abri pour l'avifaune) et de façon discontinue sur le pourtour de l'étang Laborde. Des cariçaies se développent par endroits (transition entre la roselière et les boisements riverains) ou de façon plus homogène et dense (notamment en amont de l'étang de Ramerupt, au sud de l'étang Laborde et à l'étang la Dame) : elles sont constituées de nombreux carex (laîche aigüe, laîche vésiculeuse, laîche faux-souchet, laîche allongée, etc.), joncs et sphaignes (Sphagnum squarosum, rarement observée dans l'aube, Sphagnum denticulatum). De belles populations de grande douve (renoncule protégée au niveau national) s'y développent. Certains de ces groupements font partie de la liste des milieux prioritaires de la directive Habitats (annexe I) ou de la liste rouge des habitats menacés de Champagne-Ardenne. Les principaux boisements sont les saulaies de bordure, l'aulnaie-frênaie (souvent plantée de peupliers) et la chênaie pédonculée.

De nombreuses espèces végétales rares ou protégées (grande douve) se rencontrent ici et font partie de la liste rouge des végétaux de Champagne-Ardenne : il s'agit de l'utriculaire négligée, de la châtaigne d'eau (protégée dans les Ardennes), des potamots à feuilles obtuses (populations abondantes) et à feuilles aiguës pour les groupements d'hydrophytes flottants, de la laîche souchet, de la salicaire à feuilles d'hyssope et du scirpe à inflorescence ovoïde pour les groupements amphibies, du groseillier à cassis (boisements humides) et du gnaphale jaunâtre.

Depuis plusieurs années, l'intérêt ornithologique de ces étangs est reconnu, avec plus de 110 espèces d'oiseaux présents au cours de l'année, soit le tiers des oiseaux répertoriés en Champagne-Ardenne (avec trois espèces d'oiseaux amenés par leur régression à un seuil critique, le blongios nain, le balbuzard pêcheur et la guifette noire). La faible pratique de la chasse sur l'étang de Ramerupt, une gestion traditionnelle de pêche extensive et une fréquentation humaine modérée, en ont fait un véritable refuge pour l'avifaune ; Ramerupt est de plus, un des derniers étangs du sud-ouest de la Champagne humide a être bordé d'une importante frange de roseaux très attractive pour les oiseaux.

La nidification de 17 espèces rares ou menacées en Champagne-Ardenne (liste rouge nationale ou régionale des oiseaux) est attestée : le blongios nain, le butor étoilé (nicheurs très rares en très forte régression) et l'aigle botté (nicheur très rare et en diminution alarmante), tous trois inscrits à l'annexe I de la directive Oiseaux, à l'annexe II de la convention de Berne et sur le livre rouge de la faune menacée en France (catégorie "en danger d'extinction" pour le premier, "vulnérable" pour le second et " espèce rare" pour le troisième), la marouette ponctuée (nicheur très rare), le héron pourpré (en diminution rapide), certains rapaces (busard des roseaux, faucon hobereau, milan noir et milan royal), le torcol fourmilier, le pigeon colombin, le vanneau huppé, le râle d'eau, un canard de surface, le fuligule milouin (nouvelle espèce nicheuse depuis 1994), des petits passereaux tels que le phragmite des joncs et la rousserolle turdoïde (inscrite à l'annexe II de la convention de Berne et figurant dans le livre rouge de la faune menacée en France).

Au printemps et en automne, le balbuzard pêcheur s'alimente sur les étangs tandis qu'en hiver de très nombreux canards viennent se reposer en gîtes diurnes (sarcelle d'été et canard pilet inscrits sur les listes rouges européenne, nationale et régionale, sarcelle d'été, canard souchet, canard siffleur, canard chipeau, canard colvert, fuligule morillon, foulque macroule, grèbe huppé, etc.). Plus rarement on peut également observer la grue cendrée, la cigogne noire, l'avocette élégante ou la grande aigrette. La bouscarle de Cetti (nicheur très rare en Champagne-Ardenne, en diminution) y était signalée jusqu'en 1990 (peut-être disparue aujourd'hui), la locustelle luscinoïde (nicheur très rare en régression alarmante) redécouverte sur le site en 1993, encore présente en 1994, a disparu depuis. Une héronnière est également présente sur le site. C'est en plus l'unique station connue dans le secteur de pipistrelle de Nathusius.

Compte tenu de la diversité des milieux humides rencontrés (zones d'eau libre plus ou moins profonde, herbiers immergés, boisements plus ou oins humides, eaux stagnantes et eaux courantes, la ZNIEFF se révèle intéressante pour les amphibiens : un premier inventaire succint mené en 1992 a permis de contacter trois espèces d'urodèles (triton palmé, triton alpestre, salamandre terrestre), deux espèces de grenouilles et le crapaud commun.

La martre, le putois, le rat des moissons (observation de nids dans la phragmitaie), le chat sauvage fréquent le site de façon régulière ou occasionnelle. La loutre y fut autrefois observée (dans les années cinquante).

La valeur paysagère et l'intérêt ethnologique sont également importants, notamment la pisciculture, activité traditionnelle dans la région depuis huit siècles et introduite par les moines de Clairvaux et qui attire un public important lors des pêches annuelles.

La ZNIEFF est incluse dans la zone inscrite par la France au titre de la convention de Ramsar sur la protection internationale des zones humides (zone de la Champagne humide et de ses grands lacs). L'étang de Ramerupt est protégé depuis le 19/07/94 par un Arrêté de Protection de Biotope (sur un peu plus de 33 hectares), il est la propriété du S.I.V.O.M. de Soulaines et du Conservatoire du Patrimoine Naturel de Champagne-Ardenne qui est chargé de sa gestion conservatoire ( travaux de restauration et d'entretien, coupe et enlèvement de peupliers plantés sur un taillis d'aulnaie-frênaie, suivi général du site, etc.). Des mesures agri-environnementales ont également été prises en 1994 en vue de la protection des eaux superficielles par conversion de 15 hectares de terres arables (situées dans l'environnement immédiat de l'étang de Ramerupt) en herbages extensifs.

Commentaires sur la délimitation

La ZNIEFF regroupe un ensemble d'étangs qui se succèdent depuis l'étang Laborde en amont (limite sud) jusqu'à l'étang la Dame en aval (limite nord).