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ZNIEFF 210020082
BOIS DES AURAINS A L'EST DE FUMAY

(n° régional : 01770017)

Commentaires généraux

La ZNIEFF du Bois des Aurains, d'une superficie de 123 hectares, est divisée en deux sites rapprochés situés sur un versant très pentu surplombant la vallée de la Meuse entre Fumay et Haybes, dans le département des Ardennes. Elle est incluse dans la vaste ZNIEFF de type II du massif ardennais et dans la Z.I.C.O. CA 01 (plateau ardennais) de la directive Oiseaux.

Le Bois des Aurains était autrefois le lieu d'exploitation de plusieurs veines ardoisières (à partir de galeries souterraines). Certaines de ces galeries (comme par exemple celles de Follemprise et de Saint-Antoine) possèdent encore des entrées non obturées et offrent aujourd'hui des abris pour les chauves-souris lors de leur hivernage. On a ainsi dénombré six espèces, toutes protégées au niveau national depuis 1981 ; trois sont inscrites sur les annexes II et IV de la directive Habitats : le grand murin, le grand rhinolophe (proche de sa limite actuelle de répartition vers le nord-ouest) et le vespertilion à oreilles échancrées. Ils figurent également à l'annexe II de la convention de Berne et dans le livre rouge de la faune menacée en France (catégorie "vulnérable"). Ils sont accompagnés par le vespertilion de Brandt (annexe II de la convention de Berne, annexe IV de la directive Habitats et classé en "espèce rare" dans le livre rouge), qui atteint dans les Ardennes sa limite d'aire occidentale, le vespertilion de Daubenton et le vespertilion à moustaches. Ils sont tous inscrits sur la liste rouge des mammifères de Champagne-Ardenne.

Sur le plan botanique, cet ancien site minier présente aussi un intérêt certain. La plate-forme ardoisière de Follemprise a ainsi permis l'installation d'un groupement herbacé pionnier à canche printanière (graminée inscrite sur la liste rouge des végétaux menacés de Champagne-Ardenne) précédant le développement d'une lande à genêt à balais et la colonisation forestière par le bouleau verruqueux. Les déblais ardoisiers nommés localement "Verdoux" en exposition sud et ouest favorisent également le développement d'une végétation rase xérophile constituée d'orpin âcre, orpin blanc, orpin réfléchi, silène penché, patience à écussons, cétérach... Cette végétation est aujourd'hui peu représentée dans la région en raison de la recolonisation forestière de la plupart des rochers et des replats rocheux naturels des rives de la Meuse. A Rogimont, le chemin menant au pylône de télécommunication est bordé d'une lande à callune fausse-bruyère et genêt à balais dans laquelle s'observe l'orobanche du genêt, espèce inscrite sur la liste rouge régionale.

Le relief très accentué de la rive droite du méandre de la Meuse à Fumay est aussi à l'origine d'une végétation forestère originale sur les parties les plus raides du versant ouest et sur les versants nord et nord-ouest. On y observe ainsi une chênaie-charmaie montagnarde de pente (avec notamment la grande fétuque et le polystic à cils raides) figurant sur la liste rouge des Habitats de Champagne-Ardenne. En bas de pente cette chênaie-charmaie laisse place à une chênaie-frênaie puis à une aulnaie-frênaie dans laquelle s'observent deux espèces inscrites sur la liste rouge régionale, l'orme lisse et la lunaire vivace (protégée au niveau régional et dont les stations de Champagne-Ardenne sont les seules, avec celles de Bourgogne, recensées pour la plaine française). La partie sommitale le Bois des Aurains porte une chênaie sessiliflore à myrtille et genêt à balais. On y remarque également la luzule blanche, la luzule des bois, le dryoptéris écailleux, la jasione des montagnes, le millepertuis élégant, la germandrée scorodoine...

Les fissures de quatzophyllades des zones des rochers les plus fraîches abritent des petits coussinets de gamétophytes du Trichomanès remarquable, fougère protégée aux échelons européen et français, inscrite à l'annexe I de la Convention de Berne, aux annexes II et IV de la directive Habitats et à l'annexe I des espèces prioritaires du livre rouge de la flore menacée en France). C'est la présence des gamétophytes de cette espèce remarquable située sur les rochers en rive droite de l'ardoisière Saint-Joseph qui justifie la présence de la seconde zone (la plus au sud) de cette ZNIEFF. Ce groupement saxicole sciaphile comprend aussi le capillaire, la scolopendre, le polypode, la doradille noire et les deux sous-espèces du capillaire, dont une (ssp. trichomanes) est inscrite sur la liste rouge régionale.

Au nord-ouest, la ZNIEFF englobe la Carrière du Pont de Fumay : celle-ci possède en effet une mare avec une ceinture d'hélophytes (avec la lysimaque vulgaire, le scirpe des marais, la glycérie flottante) et des cariçaies (à laîche des marais, laîche distique, laîche raide...). Compte-tenu de la rareté des mares du secteur, ce milieu paraît fort intéressant pour la reproduction des batraciens (pas encore inventoriés).

La zone est en bon état, les groupements les plus menacés sembleraient être essentiellement ceux qui comportent les espèces pionnières : la pelouse à canche printanière de l'ardoisière de Follemprise évolue ainsi naturellement vers une lande à genêt précédant le retour de la forêt ; il en va de même des déblais ardoisiers à végétation xérophile et de la lande à callune du chemin menant au pylône de Rogimont. Les galeries à chiroptères ne font l'objet pour le moment d'aucune mesure de protection particulière : deux menaces possibles apparaissent, l'obturation pour des raisons de sécurité et le dérangement des animaux par les "curieux".

Commentaires sur la délimitation

La délimitation de la ZNIEFF suit les contours de deux versants particulièrement intéressants (du point de vue de la flore, de la faune chiroptérologique et des habitats) : la limite inférieure suit le cours de la Meuse, au pied du versant et la limite supérieure se situe en haut de l'escarpementet sur la bordure du plateau.