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ZNIEFF 220005026
MARAIS DE LA HAUTE VALLÉE DE LA SOMME ENTRE VOYENNES ET CLÉRY-SUR-SOMME

(n° régional : 80VDS117)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

Ce tronçon appartient à la grande vallée tourbeuse alcaline de la Somme, unique en France, formant une entité écologique à part entière. Cette zone de la haute vallée de la Somme constitue un important corridor fluviatile, parsemé de nombreux étangs tourbeux, favorable aux flux migratoires de multiples espèces végétales et animales.

De Voyennes à Péronne, la Somme s’écoule selon un axe nord/sud, dans une vallée qui présente très peu de méandres. La vallée est étroite et s’encaisse faiblement dans le plateau crayeux.

Ce secteur représente la partie amont de la région des étangs de la haute Somme (la première chaussée se situant à Béthencourt-sur-Somme). Les milieux et les paysages ont été fortement influencés par l’homme depuis l’époque romaine, période à partir de laquelle la construction de chaussées-barrages s’est développée. Ces digues, qui permettaient de franchir la vallée, retenaient également les eaux en amont. La ZNIEFF étudiée comprend sept de ces biefs, surtout construits à l’époque médiévale. C’est grâce à ces retenues que les milieux aquatiques et amphibies ont acquis un tel développement.

Ce tronçon est touché par le vieillissement quasi-généralisé du fond de vallée, conduisant à la fermeture des milieux par boisement et par envasement. Le paysage, qui était autrefois façonné par l’extraction de la tourbe, à des fins de combustible domestique et par la récolte des roseaux, est aujourd’hui constitué de tremblants, de roselières et de forêts alluviales (bois tourbeux à saules, à aulnes et à bouleaux).

Cette dynamique entraîne, localement, un processus d’acidification de la tourbe basique et forme un complexe original d’habitats acidoclines à acidophiles.

Le tronçon de Voyennes à Biaches présente une succession d’unités assez bien individualisées :

- les biefs de Voyennes à Falvy, très boisés et seulement ouverts de quelques étangs utilisés pour la pêche ;

- le bief de Falvy-Epénancourt, possédant un grand plan d’eau bordé de quelques roselières et des boisements humides déjà âgés ;

- le bief d’Epénancourt à Saint-Christ-Briost, avec son vaste étang et des surfaces en roselières déjà importantes ;

- la partie aval de la vallée de l’Omignon, qui accueille une pisciculture, des boisements marécageux et des reliquats de prairies ;

- le bief de Saint-Christ-Briost à Brie, caractérisé par de vastes roselières à l’amont, et l’étang de Brie à l’aval ;

- le tronçon de Brie à Péronne, marqué par de grandes surfaces de roselières en cours de boisement, entrecoupées d’un lacis de chenaux et de mares de hutte ;

- les "Aulnaies de Bruntel", caractérisées par un gradient d’inondation, décroissant de l’est vers l’ouest, et qui représentent les plus vastes surfaces d’aulnaies de la Haute-Somme ;

- l’étang du "Paté Noyé", à Péronne, très tranquille, peu profond, avec un peu de roselières à l’aval ;

- les marais de Biaches, limités à l’aval par le canal du nord, dont les roselières sont assez atterries et en voie de boisement.

Les milieux aquatiques et amphibies de ce secteur sont très diversifiés. On notera la présence dans les étangs et les fossés :

- des voiles de Lentilles d’eau (dont Lemno trisulcae-Spirodeletum polyrhizae) ;

- des herbiers aquatiques du Myriophyllo verticillati-Nupharetum luteae ;

- des herbiers du Potamo berchtoldii-Najadetum marinae ;

- des groupements submergés à Cératophylle (Ceratophyllum demersum) ;

- des herbiers nageants de l’Hottonietum palustris ;

- des herbiers nageants de l’Hydrocharietum morsus-ranae ;

- des herbiers des rivières lentes eutrophes à Potamot pectiné (Potamogeton pectinatus).

Les ceintures hélophytiques comprennent :

- les roselières tourbeuses du Thelypterido palustris-Phragmitetum ;

- les roselières atterries du Solano dulcamarae-Phragmitetum ;

- les roselières du Glycerietum maximae, ponctuelles ;

- les cladiaies turficoles ;

- les cariçaies rivulaires du Caricetum elatae, du Caricetum ripario-acutiformis, du Caricetum paniculatae ;

- les cariçaies continentales du Cicuto virosae-Caricetum pseudocyperi ;

- la végétation des dépressions peu profondes du Rorippo amphibiae-Oenanthetum aquaticae.

Des végétations prairiales résiduelles existent çà et là :

- les prairies pâturées eutrophes et mésophiles du Cynosurion cristati ;

- les mégaphorbiaies tourbeuses du Thalictro flavi-Filipendulion ulmariae, dans les zones de déprises.

Les boisements spontanés présents dépendent :

- du Ribo nigri-Alnetum glutinosae, dans les parties tourbeuses ;

- du Dryopterido cristatae-Betuletum pubescentis, sur les tourbes acidifiées ;

- de l’Alno-Salicetum cinereae, pour ce qui est des fourrés rivulaires ;

- des aulnaies humides à grandes laîches.

Les secteurs interstitiels des zones humides sont fréquemment plantés de peupliers (souvent sur d’anciennes prairies).

INTERET DES MILIEUX

Sur le secteur considéré, les influences subcontinentales se font sentir très nettement (présence du Cicuto-Caricetum).

La diversité des milieux aquatiques, souvent développés sur des sols tourbeux, confère au site un intérêt national à international. De nombreux milieux présents sont reconnus d’intérêt communautaire et inscrits à la directive "Habitats" de l'Union Européenne :

- les voiles de Lentilles d’eau (Lemno-Spirodelletum polyrhizae) ;

- les herbiers aquatiques du Myriophyllo verticillati-Nupharetum luteae, présents uniquement en Picardie, dans les grandes vallées tourbeuses ;

- les herbiers du Potamo berchtoldii-Najadetum marinae ;

- les herbiers nageants de l’Hottonietum palustris ;

- les herbiers nageants de l’Hydrocharietum morsus-ranae ;

- les cladiaies turficoles, très restreintes sur le site ;

- les roselières tourbeuses du Thelypterido palustris-Phragmitetum, dont les localités picardes sont les mieux conservées de France ;

- les mégaphorbiaies tourbeuses du Thalictro flavi-Filipendulion ulmariae ;

- les bétulaies à Sphaignes du Dryopterido cristatae-Betuletum pubescentis, très rares et en danger de disparition en Picardie.

D’autres milieux ont un intérêt régional à national :

- les cariçaies continentales du Cicuto virosae-Caricetum pseudocyperi, unité subcontinentale rarissime, en limite occidentale de répartition ;

- du Ribo nigri-Alnetum glutinosae, rare et en régression en Picardie ;

- les cariçaies rivulaires du Caricetum elatae, du Caricetum ripario-acutiformis, du Caricetum paniculatae.

Ce tronçon de la vallée de la Somme présente un intérêt exceptionnel pour l’accueil d’oiseaux nicheurs rares et forme un couloir de passage apprécié des espèces migratrices.

INTERET DES ESPECES

Flore :

Très grande diversité d’espèces palustres remarquables :

- la Renoncule langue (Ranunculus lingua*), rare en France ;

- le Dryoptéride à crête (Dryopteris cristata*), dont les populations de haute Somme, régulièrement réparties sur ce tronçon, sont sans doute les plus importantes de France ;

- la Ciguë vireuse (Cicuta virosa*), caractéristique des cariçaies pionnières sur les vases exondées ;

- le Peucédan des marais (Peucedanum palustre*), présent presque partout sur le site, mais rare ou absent ailleurs en Picardie.

Faune :

- la Bouvière (Rhodeus sericeus amarus), inscrite à l’annexe II de la directive "Habitats" ;

- le Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax), exceptionnel en Picardie, qui a niché quelques années près de Péronne, ce qui représente l'un de ses deux sites de nidification connus en Picardie (avec la plaine maritime picarde) ;

- le Butor étoilé (Botaurus stellaris), inscrit à la directive "Oiseaux", en situation critique en Europe, en France comme en Picardie et qui a niché jusqu’en 1989 sur le site ;

- le Blongios nain (Ixobrychus minutus), inscrit à la directive "Oiseaux", dont les populations picardes sont parmi les plus importantes de France ;

- le Martin-pêcheur (Alcedo atthis), inscrit à la directive "Oiseaux" ;

- la Bouscarle de Cetti (Cettia cetti) et la Locustelle luscinioïde (Locustella luscinioides), deux passereaux paludicoles assez rares en Picardie en tant que nicheurs ;

- la Pie-grièche grise (Lanius excubitor), en voie d’extinction en Picardie, à la suite du boisement des grandes roselières et de la disparition des prairies.

FACTEURS INFLUENCANT L'EVOLUTION

- Dynamique spontanée des milieux, qui conduit à la fermeture des espaces dégagés (boisement des roselières, apparition de mégaphorbiaies dans les prairies,…).

- Accélération des phénomènes de fermeture, soit par l'intervention humaine (plantation de peupliers), soit par la non-intervention (abandon des prairies).

- Envasement et atterrissement des étangs, provoqués en partie par les limons des plateaux, entraînés par les pluies.

- Acidification superficielle des tourbes par les pluies, permettant l’apparition de végétations acidophiles.

- Développement très important des Habitats Légers de Loisirs (HLL), provoquant des pollutions diffuses (pas de raccordement des habitations aux réseaux d’assainissement), un mitage de l’espace et des dégradations des milieux naturels aux points de forte concentration.

- Disparition des pratiques d’entretien des marais (récolte des roseaux, coupe des saules, bousinage,…) qui entretenaient des stades pionniers de la végétation (souvent remarquables).

- Accélération des processus d’eutrophisation par apport d’éléments nutritifs (azote, phosphore), d’origines urbaine et agricole.

- Opérations de curage des étangs, trop souvent réalisées aux dépens des milieux palustres rivulaires (dépôts des boues de curage sur les berges,…).

N.B. : Les espèces végétales dont le nom latin est suivi d’un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Le contour comprend le fond de la vallée de la Somme entre le bourg de Voyennes jusqu'à celui de Biaches (bifurcation du canal du nord). Il intègre ainsi la haute vallée de la Somme qui est relativement homogène en termes de géomorphologie et d'écologie. Sur ce tronçon la vallée est assez rectiligne, peu encaissée et orientée nord/sud. Les milieux sont constamment imbriqués : la Somme se divise en de nombreux bras ponctuellement dilatés par d'anciennes fosses d'extraction de la tourbe. Les îlots terrestres, définis par les divisions du fleuve, sont recouverts par des roselières et des saulaies tourbeuses. Les milieux périphériques sont généralement exclus de la zone du fait de leur trop forte artificialisation : ce sont les cultures, les villages et les peupleraies.