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ZNIEFF 220005063
MARAIS DE SACY-LE-GRAND ET BUTTES SABLEUSES DES GRANDS MONTS

(n° régional : 60CLE111)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

Le Marais de Sacy couvre près d’un millier d’hectares, constituant ainsi le plus grand marais de l’Oise.

Il est inscrit au cœur d’une cuvette, au pied de la cuesta tertiaire, en contact avec le plateau crayeux secondaire, à l’instar de nombreux marais tourbeux picards (marais de la Souche, de Cessières, de l’Ardon, de Bresles, d’Amblainville...).

Il est développé sur un substrat de tourbe alcaline. Cette dernière résulte de la non-décomposition des débris végétaux accumulés dans des conditions anoxiques de sols engorgés. En effet, les diverses sources de la nappe de la craie alimentent le marais en eau de façon régulière, provoquant l’engorgement des sols.

La tourbe a été largement exploitée (à partir de 1801), générant la présence de vastes étangs, issus des entailles d’extraction de la tourbe. Des roselières, des scirpaies, et des cladiaies frangent ces plans d’eau.

Des buttes résiduelles ("les Grands monts") de sables thanétiens ferment le marais au sud. Des sols lessivés podzoliques y supportent des landes à Ericacées (Erico cinerae-Callunetum vulgaris). Ces landes résultent certainement d’une ancienne mise en valeur par le pâturage, qui aurait bloqué ou freiné la recolonisation forestière.

Au contact de ces sols acides, des groupements hélophytiques et hydrophytiques oligotrophes se développent dans la partie sud du marais.

On note la présence des milieux suivants :

. Milieux turficoles basiclines :

- végétation aquatique comprenant divers groupements du Charion asperae, du Nymphaeion albae et du Potamion pectinati ;

- roselières (Thelypterido-Phragmitetum notamment), cariçaies et cladiaies (Cladietum marisci) ;

- facies pionniers sur tourbe de l’Anagallido tenellae-Eleocharitetum quinqueflorae, et du Junco subnodulosi-Caricion lasiocarpae ;

- mégaphorbiaies (Thalictro-Althaeaetum officinalis à Sonchus palustris) ;

- pâtures humides extensives (notamment grâce à des bœufs Highlands), favorisant le maintien de bas-marais du Selino carvifoliae-Juncetum subnodulosi.

. Sur les buttes résiduelles sableuses :

- végétation pelousaire maigre (Nardo strictae-Juncetum squarrosi, Spergulo morisonii-Corynephoretum canescentis, Violion caninae à Carex arenaria) ;

- landes à Ericacées (Erico-Callunetum) ;

- Scirpetum fluitantis dans la Mare des Cliquants ;

- futaies acidophiles (Fago-Quercetum petreae, Querco-Betuletum pubescentis), et aulnaies à sphaignes (Sphagno-Betuletum pubescentis).

Les fourrés de saules ont tendance à se développer et à devenir envahissants en l’absence d’entretien.

Des plantations de peupliers ont évincé des milieux paludicoles et les prairies en périphérie. De même, des pinèdes ont été installées en bordure sud du marais, sur les buttes sableuses.

INTERET DES MILIEUX

Les groupements végétaux cités ci-dessus sont des milieux rares et menacés en Europe, inscrits, à ce titre, à la directive "Habitats" de l'Union Européenne.

Ces habitats abritent de très nombreuses espèces végétales et animales rares et menacées.

Les milieux tourbeux basiclines et acidophiles sur sables connaissent en effet une régression considérable dans l'ensemble de la France et de l’Europe.

La juxtaposition de milieux tourbeux, terrestres et aquatiques, de pelouses, de landes et de forêts sabulicoles, permet l'expression d'une biodiversité exceptionnelle, tant sur le plan phytosociologique qu'aux niveaux floristique et faunistique.

Les Marais de Sacy constituent en effet une zone humide remarquable à l’échelle internationale.

Leur reconnaissance en tant que Zone d’Importance Communautaire pour les Oiseaux (ZICO) en témoigne.

INTERET DES ESPECES

Flore

De nombreuses espèces assez rares à très rares et menacées en Picardie sont présentes dans cette zone humide et sur les buttes sableuses, dont les suivantes :

Sur les milieux tourbeux basicoles :

- la Laîche de Maire (Carex mairei*),

- le Ményanthe trèfle d’eau (Menyanthes trifoliata*),

- le Potamot coloré (Potamogeton coloratus*),

- l’Inule à feuilles de saules (Inula salicina*),

- l’Orchis négligé (Dactylorhiza praetermissa*),

- l’Utriculaire vulgaire (Utricularia vulgaris*),

- la Grande Berle (Sium latifolium*),

- la Stellaire des marais (Stellaria palustris*),

- la Gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe*),

- le Peucedan des marais (Peucedanum palustre*),

- la Samole de Valerandus (Samolus valerandi),

- le Laiteron des marais (Sonchus palustris),

- la Guimauve officinale (Althaea officinalis),

- le Pigamon jaune (Thalictrum flavum),

- le Sélin à feuilles de Carvi (Selinum carvifolia)...

Sur les milieux acides :

- la Laîche de Reichenbach (Carex Reichenbachii*),

- la Bruyère à quatre angles (Erica tetralix*),

- le Genêt anglais (Genista anglica*),

- le Jonc squarreux (Juncus squarrosus*),

- le Nard raide (Nardus stricta*),

- la Véronique en écus (Veronica scutellata*),

- le Scirpe flottant (Scirpus fluitans*).

La Fougère des marais (Thelypteris palustris), le Séneçon erratique (Senecio aquaticus subsp. erraticus), les Laîches noire (Carex nigra) et à rostre (Carex rostrata), l’Hottonie des marais (Hottonia palustris), le Jonc bulbeux (Juncus bulbosus subsp. bulbosus), la Laîche distante (Carex distans), la Laîche paradoxale (Carex appropinquata), l'Aigremoine odorante (Agrimonia repens), l’Epilobe des marais (Epilobium palustre), l’Eleocharide à une glume (Eleocharis uniglumis)... sont, notamment, des espèces assez rares à très rares en Picardie et dans le nord de la France.

Parmi les bryophytes, plusieurs espèces assez rares à exceptionnelles sont à mentionner : Sphagnum subnitens, Dicranum spurium, Scorpidium scorpidioides, Aulacomnium palustre...

Faune :

Avifaune remarquable :

- le Butor étoilé (Botaurus stellaris),

- le Blongios nain (Ixobrychus minutus),

- la Gorgebleue à miroir blanc (Luscinia svecica),

- la Bondrée apivore (Pernis apivorus),

- le Busard des roseaux (Circus aeruginosus),

- le Busard Saint-Martin (Circus cyaneus),

- le Martin-pêcheur (Alcedo atthis).

Le Pic noir (Dryocopus martius) et le Pic mar (Dendrocopos medius) fréquentent les vieilles futaies du secteur des "Grands Monts".

Ces espèces sont inscrites en annexe I de la directive "Oiseaux" de l'Union Européenne.

L’Engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus) serait à rechercher dans les callunaies des "Grands Monts".

De nombreuses autres espèces nicheuses rares et menacée, sont présentes sur les étangs, les roselières, les prairies, les vieilles futaies et les landes : Pie-grièche grise, Râle d’eau, Sarcelles d’hiver et d’été, Cygne tuberculé, Fuligule milouin, Faucon hobereau, Bouscarle de Cetti, Vanneau huppé, Chouette chevêche, Tarier pâtre, Rousserolle turdoïde...

L’intérêt ornithologique exceptionnel des Marais de Sacy provient également de leur attractivité élevée en période de migration et d’hivernage : de très nombreux oiseaux d’eau, parfois très rares, sont notés occasionnellement, ou régulièrement, selon les espèces.

L’entomofaune du marais n’est quasiment pas connue, et comprend très probablement de nombreuses espèces rares et menacées.

Herpétofaune

- le Triton crêté (Triturus cristatus), inscrit en annexe II de la directive Habitats de l’Union Européenne ;

- la Grenouille agile (Rana dalmatina), assez rare et proche de sa limite septentrionale d’aire ;

- la Vipère péliade (Vipera berus), rare et menacée en Picardie.

Mammalofaune

Présence du Cerf élaphe (Cervus elaphus), en transit, de la Musaraigne aquatique (Neomys fodiens) et de la Martre des Pins (Martes martes).

FACTEURS INFLUENCANT L'EVOLUTION DE LA ZONE

La baisse des niveaux d’eau en été et la dégradation de la qualité de la nappe de la craie limitent l’expression des potentialités phytocoénotiques des milieux aquatiques, notamment en favorisant l’eutrophisation.

A la suite de la raréfaction de la mise en valeur par l’élevage, les plantations et le drainage de plusieurs secteurs tourbeux ont fait disparaître des milieux de très grand intérêt. La réhabilitation d’un pâturage extensif, par des bovins rustiques, sur une portion du marais, fait partie des mesures appropriées à la gestion de certains espaces marécageux, notamment pour contrecarrer l’embroussaillement et la disparition des derniers espaces prairiaux.

La préservation des dernières pelouses et des landes sableuses, de grande valeur, est souhaitable (limitation des boisements, entretien léger afin de contenir l’envahissement par les broussailles).

N.B. Les espèces végétales dont le nom est suivi d'un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Les contours de la zone englobent les milieux les plus remarquables pour leurs habitats, leur flore et leur faune.

Les zones urbanisées et cultivées sont évitées autant que possible.