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ZNIEFF 220013403
MASSIF FORESTIER DE VAUCLAIR/CORBENY/BOUCONVILLE

(n° régional : 02SOI113)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

La zone se compose du massif forestier de Vauclair et des bois de Corbeny et de Bouconville. L’ensemble de cette zone occupe la rive gauche de l’Ailette et constitue une partie importante de son bassin versant. La forêt de Vauclair occupe un versant exposé au nord, aux pentes accusées dans le haut et se prolongeant en un glacis dans le bas. Le bois de Bouconville occupe la rive droite de l’Ailette, sur un versant de faible pente orienté au sud-ouest, tandis que le bois de Corbeny est installé principalement sur un pied de versant formant une structure en circonvolution autour d’une cuvette.

La toposéquence observable dans ce massif forestier est typique du Soissonnais. Les différences de structurations géomorphologiques impliquent la présence d’affleurements conséquents des différents substrats, permettant alors l’expression optimale de groupements végétaux diversifiés. Les substrats présents sont, du haut en bas de versant :

- les calcaires du Lutétien, formant une structure tabulaire, notamment au niveau du Plateau de Californie ;

- les sables du Cuisien, occupant l’essentiel du versant exposé au nord ;

- les argiles du Sparnacien, de forte puissance, occupent le pied de versant et déterminent l’apparition de nombreuses sources donnant naissance à des rus ;

- les sables du Thanétien occupent l’essentiel du glacis de bas de versant ;

- enfin, les bords de l’Ailette sont installés dans des alluvions modernes.

La grande diversité des substrats, des expositions et des traitements forestiers déterminent la présence de groupement végétaux variés. Les principaux groupements forestiers sont :

- la hêtraie-charmaie du Mercurialo-Capinenion, sur le plateau lutétien ;

- la hêtraie à Laîche digitée (Carex digitata), du Carici digitatae-Fagetum, calcicole, précontinentale, sur les revers de la corniche lutétienne ;

- la tiliaie-érablière de pente nord, d’affinités submontagnardes du Lunario-Acerion essentiellement sur les pentes les plus accusées ;

- la chênaie-charmaie mésoneutrophile à Jacinthe des bois du Hyacinthoido-Fagetum ;

- la frênaie à Grande prêle (Equisetum telmateia), de l’Equiseto telmateiae-Fraxinetum, sur les argiles sparnaciennes ;

- la chênaie-charmaie acidocline et mésophile du Lonicero-Fagetum, sur les sables thanétiens ;

- la chênaie acidophile hygrophile à Molinie, du Querco-Molinietum (Quercion robori-petraea), sur les sables thanétiens humides ;

- l’aulnaie à Laîche pendante (Carex pendula) du Carici pendulae-Alnetum, sur les argiles sparnaciennes et les alluvions modernes ;

- la ripisylve d’Aulne glutineux et d’Orme champêtre de l’Alno-Ulmion, sur les berges de l’Ailette.

Ces groupements forestiers sont imbriqués avec des groupements satellites de layons, de coupes forestières et de landes :

- franges humides des bords de l’Ailette, sur boues du curage, présentant des mégaphorbiaies du Thalictro-Filipendulion ;

- layons mésotrophes humides à Laîches (Carex sylvatica/remota/pendula) du Caricion remotae ;

- layons oligotrophes sableux humides à groupements du Violion caninae ;

- landes humides du Calluno-Ericetum tetralicis et groupements dégradés à Molinie bleue (Molinia coerulea), du Junco acutiflori-Molinietum.

De nombreuses plantations de peupliers et de résineux ont été réalisées, notamment dans le bas du versant, sur les sables thanétiens et les alluvions des bords de l’Ailette.

Des étangs intraforestiers sont présents, surtout à l’est de la zone. Le bois Ballet abrite des mares oligotrophes à radeaux de sphaignes et des mares à herbiers flottants de Potamot nageant (Potamogeton natans), du Nymphaeion albae. Dans le bois de Corbeny, des mares oligo-mésotrophes présentent des ceintures de végétation du Caricetum ripario-acutiformis et du Phragmition. A l’ouest de la forêt de Vauclair, un mare aux pentes abruptes est vouée à la pêche. Ses marges présentent des fragments de ceinture à Sagittaire (Sagittaria sagittaefolia) et des herbiers fragmentaires à Potamot nageant.

Le sud de la forêt, installé sur les calcaires lutétiens, présente des lambeaux de pelouses calcicoles, des talus et des chemins forestiers présentant une flore calcicole thermophile, typique du Soissonnais. De beaux ourlets du Coronillo-Brachypodietum sont notamment visibles.

Le ru de l’Ailette présente des zones de substrat gravillonneux et des zones non ombragées, dans lesquelles s’épanouissent des groupements végétaux des Nasturtietea. La pente, élevée en certains endroits, offre des conditions favorables au décolmatage des substrats.

Deux curiosités historiques méritent d’être citées :

- le site de l’Abbaye de Vauclair qui, outre les ruines du monastère cistercien fondé en 1134, accueille un jardin botanique recelant de nombreuses richesses propres au Soissonnais et au Laonnois ;

- l’arboretum du Vieux-Craonne, curiosité ethno-botanique qui consiste en un bois de recolonisation et des plantations effectuées sur l’emplacement du village de Craonne, avant la guerre de 1914-1918. Rappelons que ce village et l’essentiel de la forêt de Vauclair, situés sur la ligne de front dite du "Chemin des Dames", ont été complètement détruits au cours de cette guerre.

INTERET DES MILIEUX

Groupements forestiers remarquables, inscrits à la directive "Habitats" de l'Union Européenne :

- la tiliaie-érablière de pente nord du Lunario-Acerion ;

- la frênaie de l’Equiseto telmateiae-Fraxinetum, en régression du fait des plantations de peupliers ;

- la chênaie-charmaie du Hyacinthoido-Fagetum, en limite est de répartition ;

- la chênaie acidophile hygrophile à Molinie, du Querco-Molinietum (Quercion robori-petraea), en futaie régulière.

Groupements satellites remarquables :

- les layons du Violion caninae, en grande régression en Picardie ;

- les landes humides du Calluno-Ericetum tetralicis, inscrits à la directive "Habitats",

- les groupements dégradés du Junco acutiflori-Molinietum, au fort contingent d’espèces remarquables.

Mares à sphaignes, exceptionnelles en Picardie, au contingent d’espèces orophiles telles que le Sphagnum girgensohnii.

Pelouses et ourlets calcicoles du Coronillo-Brachypodietum, inscrits à la directive "Habitats".

Le cours de l’Ailette, en aval du pont de la D 886, présente une zone à Truite dont le principal intérêt réside dans le peuplement de macro-invertébrés benthiques, caractérisés par des espèces possédant un degré de polluosensibilité élevé. Ces peuplements de macro-invertébrés sont remarquables pour le bassin de l’Ailette.

INTERET DES ESPECES

Cortège d’espèces forestières remarquables :

- la Fougère des montagnes (Oreopteris limbosperma*), rare et vulnérable en Picardie ;

- la Raiponce noire (Phyteuma nigrum*), d’affinités submontagnardes marquées ;

- l’Ornithogale des Pyrénées (Ornithogalum pyrenaicum), en limite nord d’aire de répartition.

Cortège de plantes des milieux périforestiers :

- la Bruyère à quatre angles (Erica tetralix*), rare et menacée de disparition ;

- la Violette des chiens (Viola canina*), rare et vulnérable ;

- la Laîche noirâtre (Carex nigra), assez rare ;

- la Laîche blonde (Carex hostiana), très rare et vulnérable.

Cortège de plantes de mares oligotrophes :

- le Nénuphar blanc (Nymphaea alba), en régression en Picardie ;

- la Sphagnum subsecundum ssp. inundatum, rare et localisée en Picardie ;

- le Potamot nageant (Potamogeton natans), en régression en Picardie.

Cortège d’oiseaux remarquables :

- l’Autour des Palombes (Accipiter gentilis) ;

- la Bondrée apivore (Pernis apivorus), inscrite à la directive "Oiseaux" ;

- la Pie-grièche grise (Lanius excubitor), en régression au niveau national.

Cortège d’insectes remarquables :

- l’Hespérie du Brome (Carterocephalus palaemon), papillon très rare en Picardie ;

- le Sympètre noir (Sympetrum danae), libellule très rare et en régression en Picardie ;

- la Cordulie à deux taches (Somatochlora flavomaculata), libellule très rare en Picardie.

FACTEURS INFLUENCANT L’EVOLUTION DE LA ZONE

- Plantations de résineux et de peupliers, au détriment des groupements forestiers originels, de haute valeur biologique.

- Assèchement des landes humides par boisement spontané et drainage.

Eutrophisation de certaines mares et du ru de l’Ailette.

- Fréquentation touristique et de loisir dans les secteurs aménagés par l’Office National des Forêts.

N. B. : les espèces végétales dont le nom est suivi d’un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Les contours de la zone englobent le massif forestier, les pelouses et landes connexes et le ru de l'Ailette. Les cultures et milieux artificialisés sont exclus.