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ZNIEFF 220013451
VALLÉE D'ACON À LA CHAUSSÉE-TIRANCOURT

(n° régional : 80VDS111)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

Affluente de la vallée de la Somme, au niveau de La Chaussée-Tirancourt, la « Vallée d'Acon » présente la dissymétrie classique des vallées du plateau picard, de direction générale sud/nord : le versant est (exposé à l'ouest) est caractérisé par une pente abrupte, tandis que le versant opposé est disposé en pente douce (il est exclu de la zone car il est cultivé).

Le versant abrupt présente les habitats suivants :

- éboulis crayeux du Resedo luteae-Chaenorhinetum minoris ;

- pelouse calcicole, relevant de l'Avenulo pratensis-Festucetum lemanii ;

- ourlet calcicole du Centaureo nemoralis-Origanetum vulgaris, où le Brachypode penné (Brachypodium pinnatum) domine ;

- fourrés de recolonisation du Rubo-Prunetum mahaleb ;

- plantations de conifères et bois de feuillus.

Sur le versant, se trouve également une entrée de cavité souterraine. Cette cavité correspond à une ancienne carrière de craie, datant du XIIIème siècle et ayant servi à la construction de la cathédrale d'Amiens. Le réseau de galeries se révèle très vaste et fortement ramifié. Ce site a été rouvert en 1995, alors qu'il était fermé depuis les années 1980.

Dans le fond de vallée, les habitats suivants sont représentés :

- herbiers aquatiques occupant l'Acon (Riccio fluitantis-Lemnion trisulcae, Ranunculion aquatilis) ;

- mégaphorbiaies turficoles du Thalictro flavi-Filipendulion ulmariae et mégaphorbiaies eutrophes du Calystegion sepium ;

- roselières fragmentaires du Phragmition australis ;

- cariçaies rivulaires (Caricetum ripario-acutiformis) ;

- prairies humides du Mentho aquaticae-Juncion inflexi ;

- prairies mésophiles du Lolio-Cynosurion.

Le site présente un attrait pédagogique élevé : paysages diversifiés sur un espace restreint, intérêt archéologique, gestion par le pâturage (Highland cattle et moutons), proximité du site archéologique de Samara.

INTERET DES MILIEUX

Les pelouses calcicoles de l'Avenulo pratensis-Festucetum lemanii sont des milieux en forte régression en Picardie et inscrits à la directive "Habitats" de l'Union Européenne. Les éboulis crayeux hébergent le Sisymbre couché (Sisymbrium supinum*), inscrit à l'annexe II de la directive "Habitats". Les mares et l'Acon hébergent plusieurs espèces d'amphibiens remarquables. La cavité souterraine présente un intérêt élevé pour l'accueil des chiroptères en hivernage, du point de vue de la diversité spécifique (cinq espèces).

INTERET DES ESPECES

Flore :

Les éboulis crayeux hébergent le Sisymbre couché (Sisymbrium supinum*), espèce très rare et vulnérable en Picardie, inscrite à la directive "Habitats" de l'Union Européenne.

Les pelouses hébergent l'Acéras homme-pendu (Aceras anthropophorum), rare et vulnérable en Picardie.

Dans le fond de vallée, se développe le Pigamon jaune (Thalictrum flavum), assez rare en Picardie.

La Céphalanthère à grandes fleurs (Cephalanthera damasonium), orchidée assez rare en Picardie, est observée en sous-bois.

Faune :

Les tritons sont particulièrement bien représentés avec la présence des quatre espèces picardes : le Triton alpestre (Triturus alpestris), vulnérable au niveau national ; le Triton ponctué (Triturus vulgaris), assez rare en Picardie ; le Triton palmé (Triturus helveticus), assez commun, et surtout le Triton crêté (Triturus cristatus), inscrit à l'annexe II de la directive "Habitats". Le Pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus), très rare en Picardie et vulnérable en France, est également présent sur le site.

Pour l'avifaune, signalons la nidification occasionnelle du Martin-pêcheur (Alcedo atthis), inscrit à la directive "Oiseaux", du Râle d'eau (Rallus aquaticus), assez rare en Picardie et de la Sarcelle d'été (Anas querquedula), nicheur probable certaines années (espèce très rare en Picardie). La nidification de ces oiseaux d'eau est conditionnée à l'existence de niveaux d'eau élevés.

La cavité souterraine héberge, en hiver, le Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), inscrit à l'annexe II de la directive "Habitats", le Vespertilion à oreilles échancrées (Myotis emarginatus), vulnérable en France et le Vespertilion de Natterer (Myotis nattereri), rare en Picardie.

La faune odonatologique comprend l'Agrion joli (Coenagrion pulchellum) et l'Aeschne printanière (Brachytron pratense), peu communs à assez rares en Picardie. D'autres espèces remarquables ont également été observées à la fin des années 1980 : le Sympétrum vulgaire (Sympetrum vulgatum), l'Orthétrum bleuissant (Orthetrum coerulescens) et l'Agrion délicat (Ceriagrion tenellum).

Sur le larris se maintient le rhopalocère Azuré bleu-céleste (Polyommatus bellargus), en régression en Picardie. Dans la prairie humide, on peut noter la présence du Conocéphale des roseaux (Conocephalus dorsalis), orthoptère peu abondant en Picardie. Des diptères remarquables ont également été inventoriés.

FACTEURS INFLUENCANT L'EVOLUTION DE LA ZONE

- Le larris et la prairie humide font l'objet d'une gestion assurée par le Conservatoire des Sites Naturels de Picardie. Différentes opérations de gestion, visant à restaurer et à améliorer l'intérêt à la fois écologique et paysager du site, ont d'ores et déjà été conduites :

* restauration d'un pâturage bovin (Highland Cattle), dans le fond de vallée ;

* restauration d'un pâturage extensif ovin, sur le larris ;

* mise en place d'une grille fermant l'entrée de la cavité, dans l'objectif de garantir une tranquillité aux chiroptères en hibernation ;

* plantation de saules le long du cours de l'Acon ;

* pose de panneaux d'information.

- Plusieurs habitats aquatiques semblent avoir disparu du site, à la suite de la dégradation de la qualité des eaux et des sécheresses successives. Il s'agit, notamment, des herbiers à Callitriche hamulata, des herbiers à Characées, des herbiers à Utricularia australis et des voiles de lentilles d'eau à Ricciocarpus natans (Ricciocarpetum natantis). Globalement, les milieux aquatiques sont en voie d'eutrophisation, ce qui accélère le processus d'envasement de l'Acon et des mares.

N.B. : les espèces végétales dont le nom latin est suivi d'un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

La zone correspond à la vallée d'Acon, comprenant un larris exposé globalement à l'ouest et une prairie humide. Ces milieux présentent un intérêt écologique élevé et accueillent plusieurs espèces remarquables pour la Picardie. Certains milieux interstitiels de moindre intérêt (fourrés de recolonisation, prairies mésophiles, plantations de résineux) sont conservés pour leur intérêt fonctionnel. Les cultures sont évitées hormis un liseré jouant le rôle d'une zone tampon contre les intrants en provenance des cultures.