ZNIEFF 220013478
LE GRAND MARAIS D'HAYE À MAUREGNY-EN-HAYE

(n° régional : 02LAN120)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

La zone comprend le « Grand Marais d’Haye » et des étangs correspondant à d’anciennes exploitations de tourbe, en étroites connexions écologique, fonctionnelle et complémentaire. Inséré au sein d’une cuvette, correspondant à un revers de la cuesta tertiaire nord de l’Ile de France, le marais est alimenté par des eaux de ruissellement, dont la bonne qualité est due à l’écrin boisé dans lequel il se trouve. Principalement constitué par des alluvions modernes et des poches de tourbe, le substrat présente des zones alcalines et acides en mosaïque complexe. L’ouverture, orientée au nord, de cette cuvette implique des caractéristiques mésoclimatiques froides et humides, entraînant des influences boréo-continentales très marquées.

La forte diversité des groupements végétaux et des cortèges faunistiques associés résulte de cette double originalité biogéographique et géomorphologique.

Les principaux milieux ouverts et tourbeux à paratourbeux présents dans le marais sont :

- le bas-marais alcalin à Schoin noirâtre (Schoenus nigricans) du Cirsio dissecti-Schoenetum nigricantis, dont la grande diversité floro-faunistique résulte probablement des modes de gestion, pâturage extensif et fauche alternés ;

- la prairie basophile à Molinie bleue (Molinia coerulea) du Cirsio dissecti-Molinietum, en extension, du fait du double facteur assèchement-incendies ;

- le groupement pionnier régressif de l’Anagalido-Eleocharetum quinqueflorae, sur tourbe dénudée par le pâturage ;

- le groupement acidophile hygrophile à Potentille des marais (Comarum palustre*), du Potentillo palustris-Juncetum acutiflori ;

- le groupement à Trèfle d’eau des fossés et bourbiers qui correspond à un stade dynamique initial de tourbière acide ;

- le groupement tourbeux acide à Linaigrette à feuilles étroites (Juncion acutiflori) ;

- le groupement de bas-marais piétiné alcalin à Troscart des marais (Triglochin palustre*) ;

- la cariçaie à Laîche rostrée (Carex rostrata) et à Linaigrette à feuilles étroites (Eriophorum latifolium*), du Carion rostratae.

A la faveur d’une surcharge en pâturage, d’assèchement et/ou de phases d’abandon, des groupements plus méso-eutrophes apparaissent :

- la mégaphorbiaie à Reine des prés (Thalictro-Filipendulion) ;

- la cariçaie du Caricion elatae (Caricetum ripario-acutiformis) ;

- la prairie à Jonc glauque (Juncus inflexus), du Mentho-Juncion, conservant des potentialités oligotrophes en certains endroits mais évoluant vers le Ranunculo-Cynosurion par surpâturage ;

- la prairie à Jonc diffus (Juncus effusus), du Cirsio palustris-Juncetum effusi, sur substrat minéralisé, peu pâturé.

Le boisement spontané du marais, qui s’est enclenché peu de temps après la fin du pâturage, permet la présence des groupements suivants :

- fourrés de saules (Salicion cinereae), sur substrat tourbeux oligo-mésotrophe ;

- fourrés de Genêt à balais (Sarothamnus scoparius) du Sarothamnion scoparii, sur substrat sableux mésotrophe plus sec ;

- chênaies acidophiles proches du Fago-Quercetum, présent de manière fragmentaire au nord de la zone, sur substrat sec acide oligotrophe.

Les étangs du sud de la zone ont été créés pour l’exploitation de la tourbe. Actuellement en phase de recolonisation active, ils présentent une mosaïque de groupements oligo-mésotrophes hygrophiles dont l’analyse est difficile, du fait de remaniements profonds du sol. Le niveau d’eau, très variable au sein de ces milieux, est favorable à l’expression d’éléments remarquables de la faune (Libellules) et de la flore. Il est intéressant de remarquer l’apparition de fragments du Cladietum marisci et de groupements à Laîche verdâtre (Carex viridula).

Les milieux interstitiels à ces étangs et au marais sont constitués par des plantations de peupliers et par la chênaie-frênaie hygrophile.

INTERET DES MILIEUX

Mosaïque de milieux exceptionnels pour le nord de la France, dont certains sont inscrits à la directive "habitats" de l’Union européenne :

- le bas-marais alcalin du Cirsio dissecti-Schoenetum nigricantis, remarquable et exceptionnel en Picardie ;

- la prairie du Cirsio dissecti-Molinietum, d’affinités médio-européennes très marquées ;

- le groupement pionnier régressif de l’Anagalido-Eleocharetum quinqueflorae :

- le groupement à Trèfle d’eau des fossés et bourbiers qui correspond à un stade dynamique initial de tourbière acide, très rare dans la région ;

- le Cladietum marisci, en voile de recolonisation ;

- les chênaies acidophiles, proches du Fago-Quercetum.

Les milieux pionniers des étangs de tourbage sont très riches du point de vue entomologique. La dynamique de recolonisation en cours, rarement observable sur une telle surface, mériterait d’être étudiée en profondeur.

INTERET DES ESPECES

Cortège remarquable d’espèces exceptionnelles et très rares en Picardie :

- la Gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe*),

- le Saule à feuilles étroites (Salix repens ssp. angustifolia*),

- le Séneçon à feuilles spatulées (Senecio helenitis*),

- la Potentille des marais (Comarum palustre*),

- le Gaillet boréal (Gallium boreale*),

- la Gymnadénie odorante (Gymnadenia odoratissima),

- la Linaigrette à feuilles larges (Eriophorum latifolium*),

- la Linaigrette à feuilles étroites (Eriophorum polystachion*),

- la Laîche blonde (Carex hostiana),

- le Cirse des Anglais (Cirsium dissectum).

Cortège complémentaire de plantes protégées :

- l’Inule à feuilles de saules (Inula salicina*),

- le Ménianthe trèfle d’eau (Menyanthes trifoliata*),

- le Mouron délicat (Anagallis tenella*),

- l’Ophioglosse commune (Ophioglossum vulgatum*),

- l’Orchio incarnat (Dactylorhiza incarnata*),

- l’Orchio négligé (Dactylorhiza praetermissa*),

- le Potamot coloré (Potamogeton coloratus*),...

Citons la présence ancienne de plantes de grand intérêt, non revues récemment : la Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia*), la Pédiculaire des marais (Pedicularis palustris*), la Grassette commune (Pinguicula vulgaris*),...

La faune de cette zone est tout aussi remarquable, notamment sur le plan entomologique :

- le Cuivré des marais (Thersamolycaena dispar), papillon protégé en France et inscrit à l’annexe IV de la directive "Habitats" ;

- le Damier de la Succise (Euphydryas aurinia), papillon protégé en France ;

- l’Agrion nain (Ischnura pumilio), libellule découverte en 1997 en Picardie, sur la zone ;

- le Criquet palustre (Chorthippus montanus), très rare en Picardie ;

- la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), inscrite à la directive "Oiseaux",...

FACTEURS INFLUENCANT L’EVOLUTION DE LA ZONE

Abandon du pâturage et de la fauche, entraînant l’arrêt de l’exportation de la matière organique et, donc, une augmentation du niveau trophique, aboutissant au boisement spontané du marais.

Parcelles du « Grand Marais » louées par le Conservatoire des Sites Naturels de Picardie : restauration de pratiques de gestion exportatrice de la matière organique, permettant le maintien d’un niveau trophique bas, nécessaire aux groupements des zones prairiales et tourbeuses oligotrophes les plus remarquables.

N. B. : les espèces végétales dont le nom est suivi d’un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Les contours de la zone englobent le marais d'Haye, les anciennes fosses de tourbages devenues étangs, et les milieux boisés connexes.