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ZNIEFF 220013579
DOMAINE DE VERDILLY, RU DE BRASLES ET COTEAUX DE MONT-SAINT-PERE

(n° régional : 02BRI133)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

La zone se compose du massif forestier du domaine de Verdilly, des coteaux et des prairies du vallon de Brasles, du ru de Brasles et du coteau de Mont-Saint-Père. Ces milieux variés entretiennent, entre eux, d’étroites relations écologiques et fonctionnelles. Cet ensemble géomorphologique, bien marqué dans le paysage de la Brie, est situé sur la rive droite de la Marne, en amont de Château-Thierry.

La domaine de Verdilly occupe une colline et ses versants est et ouest. Une grande partie de sa superficie se situe sur le plateau meulier de Brie, recouvert de limons. Les versants montrent une toposéquence géologique typique de la Brie, avec, de haut en bas : meulière de Brie et argiles à meulière (Sannoisien) ; marnes supragypseuses et gypses (Ludien) ; calcaires de Saint-Ouen (Marinésien) ; sables de Beauchamps (Auversien) ; calcaires du Lutétien et argiles sparnaciennes.

Cette grande diversité de substrats, liée à des expositions variées et à un fort relief, notamment sur les versants, entraîne une grande hétérogénéité des milieux. L’altitude du massif forestier (219 m) implique des influences montagnardes relativement nettes, tant au niveau des cortèges animaux que des cortèges végétaux.

Au niveau forestier, les principaux groupements présents sont :

- la frênaie à Laîche espacée (Carex remota), du Carici remotae-Fraxinetum, dans les parties fraîches du « Bois de Barbillon » ;

- la frênaie à Grande Prêle (Equisetum telmateia), de l’Equiseto-Fraxinetum, sur les niveaux de résurgences marneuses ;

- la frênaie à Herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria), de l'Adoxo-Fraxinetum, dans le vallon du ru de Brasles ;

- l’aulnaie-frênaie à Laîche pendante (Carici pendulae-Alnetum), sur substrat mésotrophe engorgé ;

- la chênaie-bétulaie acidophile à Molinie (Querco-Betuletum molinietosum), sur substrat acide oligotrophe et humide ;

- la chênaie-hêtraie acidophile sèche du Querco-Fagetum, sur substrat acide oligotrophe ;

- la hêtraie à Jacinthe des bois (Hyacinthoides non scripta) du Hyacinthoido-Fagetum, sur substrat mésotrophe mésophile de versant ouest ;

- la chênaie-charmaie mésoneutrophile du Lonicero-Carpinenion, à sous-bois de Noisetier ;

- la charmaie neutrophile calcicole à Mercuriale pérenne (Mercurialo-Carpinenion).

Des habitats connexes intraforestiers de layons et de coupe complètent cet ensemble remarquable :

- les layons acidoclines du Violion caninae ;

- les layons acidoclines hygrophiles du Carici demissae-Agrostitum caninae, sur le plateau de limons ;

- prairies tourbeuses intraforestières du Junco acutiflori-Molinietum à Laîche noirâtre (Carex nigra) ;

- les ourlets acidophiles du Teucrion scorodoniae ;

- la mare de meulière à sphaignes, formant un mini-tremblant à Laîche vésiculeuse (Carex vesicaria), au sud de la forêt ;

- l’étang de Trugny, à la ceinture constituée du Caricetum vesicariae et aux herbiers à Potamot nageant et luisant (Potamogeton natans & P. lucens), ainsi qu'à Myriophylle en épis (Myriophyllum spicatum).

Les blocs de meulière, dans les rus intermittents qui occupent les ravins encaissés, sont occupés par des groupements bryophytiques remarquables des Brachythecietalia plumosi.

Les abords de la forêt présentent des pâtures du Cynosurion cristati.

Les rus de Brasles, du Val secret, de la Maladrerie et le ravin des Vaches sillonnent des vallées très encaissées à l’ouest de la zone. De morphologie torrentueuse et aux pentes assez accusées, avec de petites chutes d’eau, ces rus sont favorables à l’existence d’un peuplement salmonicole.

Les pelouses calcicoles, encore appelées "savarts" en Champagne, sont relictuelles du fait de la plantation de vignes sur les coteaux classés en AOC Champagne. Il en existe encore deux principaux sur les abords de la forêt. Plus ou moins embroussaillés, ces savarts conservent cependant une grande originalité et sont les témoins de milieux quasiment disparus et fortement menacés actuellement.

Les milieux principaux de ces savarts sont respectivement :

- la pelouse rase marnicole, typique des coteaux picards de la Marne, du Carici tomentosae-Festucetum lemanii ;

- l’ourlet en nappe du Coronillo-Brachypodietum, encore riche du point de vue patrimonial, qui précède l’installation des ligneux ;

- les fourrés de recolonisation du Tamo-Viburnetum (Berberidion), qui forment transition avec des habitats de caractère nettement forestier.

INTERET DES MILIEUX

Ensemble de groupements forestiers inscrits à la directive "Habitats" de l'Union Européenne :

- la frênaie de l’Equiseto-Fraxinetum, bien structurée ici ;

- la frênaie de l'Adoxo-Fraxinetum ;

- la hêtraie du Hyacinthoido-Fagetum, en limite est de répartition ;

- l’aulnaie-frênaie à Laîche pendante (Carici pendulae-Alnetum), souvent remplacée par des plantations de peupliers ;

- la chênaie-bétulaie acidophile hygrophile du Querco-Betuletum molinietosum, en futaie régulière ;

- la chênaie-hêtraie acidophile sèche du Querco-Fagetum, localisée en Picardie.

Ensemble de milieux connexes rares ou en régression en Picardie :

- les layons acidoclines du Violion caninae, inscrits à la directive "Habitats" ;

- les prairies tourbeuses intraforestières du Junco acutiflori-Molinietum, en régression en Picardie ;

- les mares de meulière à sphaignes, milieux originaux et exceptionnels en Picardie ;

- les herbiers flottants de l’étang de Trugny, révélant des caractéristiques mésotrophes, en voie de régression en Picardie.

La forte pente et la température fraîche des rus sont favorables à un peuplement salmonicole. De plus, la forte diversité des substrats et des courants constituent autant d’habitats colonisables par la faune d’invertébrés. Le tri granulométrique ménage des zones de frayères de Truite intéressantes et fonctionnelles. La zone aval du ru de Brasles présente un fort intérêt pour les populations de poissons de la Marne qui viennent s’y réfugier, en cas de perturbations hydrauliques majeures.

Ensemble d’habitats des pelouses calcicoles, inscrits à la directive "Habitats" :

- la pelouse rase marnicole, du Carici tomentosae-Festucetum lemanii, en voie de disparition en Picardie ;

- l’ourlet en nappe du Coronillo-Brachypodietum.

INTERET DES ESPECES

Cortège de plantes forestières remarquables :

- l’Orme lisse (Ulmus laevis*), rare en Picardie ;

- la Pédiculaire des bois (Pedicularis silvatica), très rare et vulnérable en Picardie ;

- l’Epipactis pourpré (Epipactis purpurata) très rare en Picardie ;

- la Sphaigne des marais (Sphagnum palustre var. squarrosulum), assez rare en Picardie.

Cortège de plantes de savarts dont de nombreuses orchidées :

- l’Acéras homme-pendu (Aceras anthropophorum), rare et vulnérable en Picardie ;

- le Tabouret perfolié (Thlaspi perfoliatum), assez rare et localisé dans la région.

Présence du Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata), petit crapaud, en limite nord-ouest de répartition, inscrit à l'annexe II de la directive "Habitats". Présence des quatre espèces de tritons connues en Picardie, dont le Triton crêté (Tritutus cristatus), inscrit à l'annexe II de la directive "Habitats" et le Triton ponctué (Triturus vulgaris), assez rare en Picardie.

Cortège avifaunistique remarquable :

- l’Autour de Palombes (Accipiter gentilis) ;

- la Bondrée apivore (Pernis apivorus), espèce inscrite à la directive "Oiseaux" ;

- la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), espèce inscrite à la directive "Oiseaux" ;

- le Torcol fourmilier (Jynx torquila) ;

- la Bécasse des bois (Scolopax rusticola).

Cortège entomologique de grand intérêt :

- la Petite Violette (Clossiana dia), papillon très localisé en Picardie ;

- la Cigale des montagnes (Cicadetta montana).

Les peuplements de macro-invertébrés benthiques sont remarquables sur le bassin du ru de Brasles. La Truite fario est présente dans les rus et se reproduit localement.

FACTEURS INFLUENCANT L’EVOLUTION DE LA ZONE

Gestion sylvicole en taillis sous futaie, compatible avec le maintien de la biodiversité.

Plantation de résineux et de peupliers, notamment sur le sommet de la colline.

Abandon de la gestion par pâturage des derniers savarts, dommageable pour les habitats et les cortèges floro-faunistiques associés.

Plantation de vignes sur les derniers lambeaux de pelouses calcicoles.

Importants traitements phytosanitaires sur les vignes, produits entraînés par les vents sur les derniers espaces pelousaires, très préjudiciables au maintien de la biodiversité de ces pelouses.

Nécessité d’une protection forte des dernières pelouses, occupant de petites surfaces, véritables vestiges et témoins des anciens parcours à ovins des coteaux de la Marne.

N.B. : les espèces végétales dont le nom est suivi d’un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Les contours de la zone englobent le massif forestier, les coteaux périphériques, les pâtures oligotrophes, le ru de Brasles et son mini bassin versant.