Logo SINP - Système d'information sur la nature et les paysages

ZNIEFF 220013837
MARAIS TOURBEUX DE BOURNEVILLE ET DE LA QUEUE DE HAM

(n° régional : 60VAL107)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

Le Marais de Bourneville est inscrit au cœur de la vallée de l'Ourcq, qui est encaissée dans le plateau tertiaire du Valois. Elle suit, à ce niveau de son cours, un axe général orienté nord-est/sud-ouest, mais présente un coude épousant la forme de l'éperon de l'extrémité sud de la Forêt de Retz (La Queue d'Ham).

Ce marais est développé sur un substrat de tourbe alcaline. Cette dernière résulte de la non-décomposition des débris végétaux, accumulés dans des conditions anoxiques de sols engorgés. En effet, la nappe et diverses sources alimentent le marais en eau de façon régulière et permanente, provoquant l’engorgement des sols.

La tourbe a été largement exploitée, générant la présence de vastes étangs, issus des entailles d’extraction. Des roselières, des scirpaies, des saulaies et des cladiaies frangent ces plans d’eau.

On note la présence des végétations suivantes :

. Milieux turficoles basiclines :

- végétation aquatique comprenant divers groupements du Charion asperae, du Nymphaeion albae et du Potamion pectinati ;

- roselières (Thelypterido-Phragmitetum, notamment), cariçaies et cladiaies (Cladietum marisci) ;

- faciès pionniers sur tourbe de l’Anagallido tenellae-Eleocharitetum quinqueflorae et du Junco subnodulosi-Caricion lasiocarpae (tremblants) ;

- bas-marais du Selino carvifoliae-Juncetum subnodulosi ;

- mégaphorbiaies (Thalictro-Althaeaetum officinalis à Sonchus palustris).

Sur les derniers espaces ouverts, les fourrés de saules ont tendance à se développer et à devenir envahissants, en l’absence d’entretien.

Des plantations de peupliers ont évincé la majorité des milieux paludicoles aux alentours. Les prairies humides ont ainsi disparu de ce secteur de la vallée de l'Ourcq. Seules subsistent quelques mégaphorbiaies/roselières éparses.

Le canal de l'Ourcq borde la rivière à l'ouest. Autrefois très utilisé pour le transport fluvial à destination de Paris, il a aujourd'hui une vocation essentiellement touristique.

Le cours de la rivière Ourcq est, localement, relativement rapide, avec des substrats sableux.

Vers Fulaines, dans la partie aval de la zone, se trouvent d'anciennes carrières de calcaire lutétien. Abandonnées, elles ont été recolonisées par une végétation pionnière calcicole sur dalles et éboulis (Alysso-Sedion) de pelouses calcicoles (Festuco-Anthyllidetum vulnerariae), puis par des fourrés d'épineux.

L'évolution naturelle de ces milieux tend, en l'absence d'entretien, à un boisement spontané (hêtraies thermocalcicoles du Cephalanthero-Fagion) sur les versants chauds, et à des frênaies-acéraies à fougères (du Lunario redivivae-Acerion pseudoplatani), en pente nord.

INTERET DES MILIEUX

Les groupements végétaux pelousaires, turficoles, aquatiques, sylvatiques et de mégaphorbiaies cités ci-dessus sont des milieux rares et menacés en Europe, inscrits à la directive "Habitats" de l'Union Européenne.

Ils abritent de très nombreuses espèces végétales et animales rares et menacées.

Les milieux tourbeux basiclines et acidophiles sur sables connaissent en effet une régression considérable en France et en Europe.

La juxtaposition de milieux tourbeux terrestres et aquatiques, de micro-pelouses relictuelles, et de forêts humides permet l'expression d'une biodiversité élevée, tant sur les plans phytosociologique que floristique et faunistique.

INTERET DES ESPECES

Flore

De nombreuses espèces, assez rares à très rares et menacées en Picardie, sont présentes dans cette zone humide, notamment les suivantes :

Sur les milieux tourbeux :

- le Ményanthe trèfle-d’eau (Menyanthes trifoliata*),

- l'Aconit napel (Aconitum napellus subsp. lusitanicum*),

- le Potamot coloré (Potamogeton coloratus*),

- le Mouron délicat (Anagallis tenella*),

- l’Utriculaire vulgaire (Utricularia vulgaris*),

- l’Hottonie des marais (Hottonia palustris),

- la Samole de Valerandus (Samolus valerandi),

- la Fougère des marais (Thelypteris palustris),

- la Laîche ampoulée (Carex rostrata),

- la Laîche à fruits écailleux (Carex lepidocarpa),

- le Pigamon jaune (Thalictrum flavum),

- le Laiteron des marais (Sonchus palustris)...

Sur les pelouses et lisières calcicoles ou calcaro-sabulicoles :

- l'Orobanche du Thym (Orobanche alba),

- l'Alysson calicinal (Alyssum alyssoides),

- la Koelérie grêle (Koeleria macrantha),

- l'Epipactis brun rouge (Epipactis atrorubens),

- l'Orchis militaire (Orchis militaris),

- la Néottie nid-d'oiseau (Neottia nidus avis)...

Faune :

Avifaune remarquable :

- le Martin-pêcheur (Alcedo atthis), inscrit en annexe I de la directive "Oiseaux" de l'Union Européenne.

Plusieurs espèces nicheuses rares et menacées sont présentes :

- le Râle d’eau (Rallus aquaticus),

- le Faucon hobereau (Falco subbuteo),

- la Bouscarle de Cetti (Cettia cetti)...

L’intérêt ornithologique des Marais de Bourneville provient également de leur attrait, en période de migration et d’hivernage : de nombreux oiseaux d’eau, sont notés, occasionnellement ou régulièrement, selon les espèces.

L’entomofaune de ce marais comprend notamment :

- le Calopteryx vierge (Calopteryx virgo) ;

- le Cordulegastre annelé (Cordulegaster boltonii), deux odonates des cours d'eau bien oxygénés ;

- l'Aeschne printanière (Brachytron pratense)...

Herpétofaune :

- le Lézard agile (Lacerta agilis), rare et menacé en Picardie, sur les pelouses-ourlets relictuels qui bordent le marais ;

- la Grenouille agile (Rana dalmatina), assez rare et proche de sa limite septentrionale d’aire.

Mammalofaune

Présence du Cerf élaphe (Cervus elaphus), dans les zones boisées et marécageuses, et de la Musaraigne aquatique (Neomys fodiens).

FACTEURS INFLUENCANT L'EVOLUTION DE LA ZONE

La baisse des niveaux d’eau en été et la dégradation de la qualité des nappes limitent l’expression des potentialités phytocoénotiques des milieux aquatiques, notamment en favorisant l’eutrophisation.

A la suite de la disparition de la mise en valeur par l’élevage, les plantations et le drainage des secteurs tourbeux ont fait disparaître des milieux de très grand intérêt.

Une réhabilitation d’un pâturage extensif par des bovins ou des équins rustiques, sur des portions de marais, ferait partie des mesures appropriées pour la réhabilitation de certains espaces marécageux après leur réouverture (coupe des ligneux), là où cela peut s'avérer opportun.

L'Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope du Marais communal de Bourneville, à Marolles, protège l'un des marais les plus remarquables de la vallée tourbeuse de l'Ourcq. La gestion mise en œuvre par le Conservatoire des Sites Naturels de Picardie vise à contrecarrer l'embroussaillement du marais, afin de préserver (voire de développer) ce patrimoine à la fois biologique et paysager, tout en favorisant sa découverte par le public.

Enfin, la préservation et la gestion des dernières pelouses calcaro-sableuses, de grande valeur, seraient souhaitables (limitation des boisements, entretien léger, afin de contenir l’envahissement par les broussailles...).

N.B. Les espèces végétales dont le nom est suivi d'un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Les contours de la ZNIEFF intègrent les milieux paludicoles, boisés et pelousaires les plus remarquables pour leurs habitats, leur flore et leur faune. Les cultures et les habitations sont évitées autant que possible.