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ZNIEFF 220013889
POLDERS DU SUD DE LA BAIE D'AUTHIE

(n° régional : 80LIT103)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

Les renclôtures (terres gagnées sur la mer par endiguement) du sud de la baie d’Authie datent des XVIIIème et XIXème siècles. Plus précisément, les digues les plus au sud du site ont été édifiées en 1737, alors que les plus récentes (en limite avec les mollières) datent de 1862.

Ces renclôtures se composent actuellement de vastes prairies pâturées mésophiles à mésohygrophiles, émaillées de mares creusées pour la chasse et de mares-abreuvoirs. Le paysage est globalement ouvert, même si des haies ceinturent plusieurs parcelles. Un réseau important de fossés et de canaux parcourt l’ensemble, parmi lesquels le canal de Retz, collecteur important qui draine une partie des eaux du Marquenterre. Des cultures ont dorénavant remplacé certaines prairies d’origine, en particulier au sud du site. Enfin, quelques roselières et milieux palustres associés sont observés localement, notamment au niveau des lieux-dits "Trou Loisel" et "Maison Bleue ».

La végétation prairiale revêt une certaine originalité, liée à la proximité des mollières, qui se traduit par l’expression de communautés halophiles (en particulier contre la digue de front de mer). On y retrouve des espèces végétales appartenant aux végétations des près salés. Citons, notamment : le groupement à Juncus gerardii du Festuco-Juncetum gerardii, typique des hauts-schorres pâturés ; le pré hygrophile à Carex distans var. vikingensis, de l’Agrostio-Caricetum vikingensis ; la prairie flottante du Nasturtietum microphylli subhalophile ; le pré subhygrophyle du Pulicario dysentericae-Juncetum inflexi subhalophile et la variante subhalophile de la prairie sèche à Lolium perenne, du Lolio-Cynosuretum cristati à Lotus corniculatus subsp. tenuis.

Cette halophilie se retrouve également au niveau des végétations aquatiques avec, en particulier, l’herbier aquatique subhalophile à Zannichellia pedicellata et le groupement à Ranunculus baudotii, du Ranunculetum baudotii.

A côté de ces végétations originales, sont implantés les groupements végétaux plus "classiques" des milieux prairiaux, avec le Lolio-Cynosuretum et le Pulicario dysentericae-Juncetum inflexi.

Enfin, signalons la construction, à l’ouest du lieu-dit "les Mollières de l’Ecluse", d’une station d’épuration des eaux usées par lagunage, qui s’étend sur plusieurs dizaines d’hectares. Sept bassins ont progressivement été mis en eau. Ceux-ci ont des capacités d’accueil des oiseaux d’eau relativement importantes.

INTERET DES MILIEUX

Plusieurs groupements végétaux remarquables pour la Picardie sont notés :

- le Festuco-Juncetum gerardii, exceptionnel en Picardie et inscrit à la directive "Habitats" de l’Union Européenne ;

- l’Agrostio-Caricetum vikingensis, exceptionnel en Picardie ;

- l’herbier à Zannichellia pedicellata, exceptionnel en Picardie ;

- le Ranunculetum baudotii, exceptionnel en Picardie ;

- le Pulicario-Juncetum subhalophile, très rare en Picardie ;

- le Lolio-Cynosuretum à Lotus tenuis, très rare en Picardie ;

Ce site, de par sa situation et sa richesse, joue les rôles de halte migratoire, de zone d’alimentation et de zone de reproduction pour de nombreux oiseaux d’eau.

La présence de vastes surfaces de prairies, d’un seul tenant, lui donne un atout supplémentaire.

INTERET DES ESPECES

Flore :

De très nombreuses espèces végétales remarquables sont notées sur le site, parmi lesquelles des espèces subhalophiles à halophiles :

- la Guimauve officinale (Althaea officinalis), rare en Picardie ;

- l’Ache odorante (Apium graveolens), vulnérable en Picardie ;

- l’Aster maritime (Aster tripolium), très rare en Picardie ;

- la Laîche distante (Carex distans var. vikingensis), variété exceptionnelle en Picardie ;

- le Scirpe maritime (Scirpus maritimus), rare en Picardie ;

- le Troscart maritime (Triglochin maritimum), vulnérable en Picardie ;

- l’Atropis maritime (Puccinellia maritima), très rare en Picardie ;

- la Lepture maigre (Parapholis strigosa), vulnérable en Picardie ;

- le Cornifle submergé (Ceratophyllum submersum), en danger en Picardie ;

- le Statice commun (Limonium vulgare), en danger en Picardie ;

- la Laîche divisée (Carex divisa), exceptionnelle en Picardie ;

- la Spergulaire marine (Spergularia marina), exceptionnelle en Picardie.

Plusieurs espèces prairiales d'un grand intérêt ont également été observées :

- le Dactylorhize négligé (Dactylorhiza praetermissa*), assez rare en Picardie ;

- l’Ophioglosse commune (Ophioglossum vulgatum*), vulnérable en Picardie ;

- l’Oenanthe de Lachenal (Oenanthe lachenalii), assez rare en Picardie ;

- l’Orge faux-seigle (Hordeum secalinum), assez rare en Picardie.

Faune :

L'avifaune nicheuse comprend un certain nombre d'espèces remarquables :

- le Canard souchet (Anas clypetata) et la Sarcelle d’été (Anas querquedula), respectivement rare et très rare en Picardie ;

- le Canard chipeau (Anas strepera), nicheur occasionnel à cet endroit ;

- le Tadorne de Belon (Tadorna tadorna), rare en Picardie ;

- le Fuligule morillon (Aythia fuligula), nicheur, très rare en Picardie qui utilise les bassins de lagunage ;

- l’Avocette élégante (Recurvirostra avosetta), exceptionnelle en Picardie ;

- l’Huîtrier-pie (Haematopus ostralegus), très rare en Picardie ;

- le Chevalier gambette (Tringa totanus), exceptionnel en Picardie, dont la dernière année de nidification certaine est 1985 ;

- le Vanneau huppé (Vanellus vanellus), espèce assez rare en Picardie, dont les effectifs de couples cantonnés ont été d’environ vingt dans les années 90 ;

- le Petit Gravelot (Charadrius dubius), qui niche sur les abords des mares et au niveau des bassins de lagunage ;

- le Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus), espèce en danger en Picardie ;

- la Chouette chevêche (Athene noctua), vulnérable en Picardie qui exploite les secteurs bocagers ;

- l’Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina), également vulnérable ;

- le Hibou des marais (Asio flammeus), se cantonne occasionnellement et y a déjà probablement niché.

Les polders de la baie d’Authie constituent une entité fonctionnelle complémentaire de l’estran voisin pour l’avifaune. Site de reproduction, cette zone constitue également une halte migratoire prénuptiale pour quelques canards (sarcelles d’été, canards souchets, canards pilets, canards chipeaux, ...) et limicoles (chevaliers gambettes, aboyeurs, arlequins ...).

La station d’épuration par lagunage permet le stationnement de canards plongeurs (fuligules morillons, fuligules milouins) et de canards de surface (tadornes de Belon, canards souchets). Cette station est également intéressante pour le Grèbe à cou noir (Podiceps nigricollis), qui est noté fréquemment sur le site - et ce quasiment en toutes saisons - , et la Mouette pygmée, qui peut former des stationnements prénuptiaux spectaculaires (maximum de 3 500 individus observés en 1998, ce qui constitue un effectif record à l’échelle nationale pour la migration prénuptiale).

En ce qui concerne la batrachofaune, le site accueille le Crapaud calamite (Bufo calamita), très rare en Picardie, et la Rainette verte (Hyla arborea), vulnérable au niveau national.

Pour l'odonatofaune , plusieurs espèces remarquables ont été notées, parmi lesquelles : le Leste sauvage (Lestes barbarus), exceptionnel en Picardie ; l’Agrion scitulum (Coenagrion scitulum), rare en Picardie et le Sympétrum de Fonscolombe (Sympetrum fonscolombii), exceptionnel en Picardie.

FACTEURS INFLUENCANT L’EVOLUTION DE LA ZONE

Cette zone bénéficie de qualités biologique et paysagère indéniables, fortement liées aux activités humaines qui se sont développées dans cette zone (élevage en particulier). Cependant, certains secteurs ont souffert d’un recul de l’élevage se traduisant par le remplacement de certaines prairies par des cultures, par l’élimination de certaines haies et par un renforcement du drainage.

Actuellement, une opération locale agriculture-environnement vise à permettre le maintien de la prairie naturelle humide exploitée de manière extensive, grâce à l’attribution de primes aux agriculteurs qui auraient choisi de mettre en œuvre des pratiques plus respectueuses de l’environnement.

Certains dérangements (usagers qui laissent divaguer leurs chiens ou qui marchent à découvert au sommet de la digue de front de mer) peuvent compromettre ou perturber la nidification de certaines espèces d’oiseaux.

N.B. : les espèces végétales dont le nom latin est suivi d’un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Le site correspond aux prairies poldérisées situées au sud de la baie d'Authie. Il accueille de nombreux espèces remarquables tant pour la faune que pour la flore. Il est limité au nord par l'estuaire de l'Authie (également en ZNIEFF de type I), à l'ouest par les dunes (également en ZNIEFF de type I), à l'est par le fleuve côtier "Authie" (au delà duquel se trouve le département du Pas-de-Calais) et au sud par un secteur de prairies mésophiles et surtout de cultures (appartenant à la ZNIEFF de type II "plaine maritime picarde").