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ZNIEFF 220014034
HAUTE VALLEE DE L'OISE ET CONFLUENCE DU TON

(n° régional : 02THI108)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

La zone est constituée du cours amont de la rivière Oise et de sa vallée, depuis sa sortie de l'Ardenne, à l'aval du « Moulin-Husson », jusqu'à Beaurain, un peu à l'est de Guise, soit environ vingt cinq kilomètres de vallée.

A ce grand tronçon sont associés la basse vallée du Ton, autour de sa confluence avec l'Oise ; le vallon de Wiège-Faty et le ruisseau d'Ambercy à Haution, situés en rive gauche de l'Oise ; ainsi que le vallon du ruisseau de la Brulé à Crupilly, situé en rive droite.

Cet ensemble forme un paysage relativement homogène, constitué d'un système prairial caractéristique des vallées à fond plat, combiné à un réseau important d'arbres et de haies.

L'Oise a une pente modeste, de l'ordre de 1,3 pour mille en moyenne et présente différents facies de rivière rapide à fond caillouteux (rithron) et des facies à courant plus lent (potamon). Le cours est relativement sinueux et souligné localement par des boisements.

Plusieurs bois de bas de versants des flancs de la vallée de l'Oise sont inclus dans le périmètre.

On note la présence de plusieurs étangs, dont certains présentent, sur leurs marges (fossés), des groupements prairiaux proches du Calthion.

Le système bocager possède un réseau de haies basses et hautes assez développé et offre de nombreuses possibilités d'alimentation et de nidification pour l'avifaune.

Le vallon de Wiège-Faty, légèrement différent du reste de la zone, se singularise par la présence de nombreux micro-milieux : ruisseaux, suintements, petits escarpements, chênaie-charmaie. Les caractéristiques floristiques de ce vallon sont très proches de celles des bois et des pentes de la vallée de l'Oise.

L'ancienne voie ferrée, située en rive gauche de l'Oise et allant de Guise à Etréaupont, connaît un nouvel usage : elle est en effet transformée en axe touristique, appelé "axe vert de Thiérache".

INTERET DES MILIEUX

Système prairial d'intérêt régional de par son étendue.

Différents types de prairies de fauche sont à rattacher à l'Arrhenatherion et sont inclus dans la liste de la directive "Habitats" de l'Union Européenne. Certaines zones, situées dans des dépressions proches, sont apparentées au plan phytosociologique aux prairies humides et aux mégaphorbiaies du Calthion. Elles offrent une diversité floristique importante avec la présence d'espèces remarquables au niveau régional.

La variété est inégale et fonction des pratiques agricoles passées et actuelles. Ce vaste secteur permet d'observer et de comprendre la dynamique végétale des systèmes prairiaux, milieux devenus rares en Picardie.

Les boisements inclus dans ce périmètre comportent une flore constituée d'une combinaison d'espèces atlantiques et de plusieurs espèces montagnardes à subcontinentales. La chênaie-charmaie à Jacinthe (Hyacintoides non-scripta) y est dominante bien que l'on observe aussi des fragments de forêt alluviale (aulnaie-frênaie), milieu en voie de raréfaction dans le quart nord-ouest de la France.

Le cours de l'Oise présente des séquences de radiers à gros blocs plats, issus des schistes Cambrien de l'Ardenne (roches acides), des domaines constituées de cailloutis à silex et des parties limoneuses. Il englobe des zones avales du rhitron (eau rapide) et d'autres proches du potamon (eaux plus calmes de l'épipotamon), structure qui détermine une grande diversité d'habitats pour la faune et la flore aquatiques. Ces conditions sont exceptionnellement réunies en Picardie.

L'apport à l'Oise des eaux basiques du Ton modifie la qualité physico-chimique de l'eau. D'importants herbiers, attribués au complexe d'espèces de la Renoncule flottante (Rannunculus du groupe fluitans), se développent en aval de la confluence du Ton avec l'Oise. Ce type d'herbier aquatique est devenu extrêmement rare en Picardie et, plus généralement, dans la moitié nord de la France.

INTERET DES ESPECES

Présences de plusieurs espèces végétales protégées :

- la Nivéole printanière (Leucojum vernum*),

- la Clandestine écailleuse (Lathraea squamaria*),

- la Raiponce noire (Phyteuma nigrum*),

- la Véronique à écusson (Veronica scutellata*),

- l'Orchis incarnat (Dactylorhiza incarnata*),

- la Dorine à feuilles alternes (Chrysosplenium alternifolium*).

D'autres plantes, rares ou très rares à l'échelle de la région, sont répertoriées :

- le Scorsonère humble (Scorzonera humilis),

- la Laîche bleuâtre (Carex panicea),

- la Laîche noire (Carex nigra),

- l'Hellébore atlantique (Helleborus viridis occidentalis),

- la Renouée bistorte (Polygonum bistorta),

- le Cerisier à grappes (Prunus padus),

- le Polystic à aiguillons (Polysticum aculeatum),

- la Renoncule flottante (groupe Ranunculus fluitans),

- la Raiponce en épis (Phyteuma spicatum).

A noter que les stations de Nivéole (Leucojum vernum*) sont proches de leur limite ouest absolue de sa répartition.

La végétation appartient au domaine atlantique, mais présente des indices de pénétration des influences continentales. L'abondance de la Jacinthe (Hyacinthoides non-scripta), espèce atlantique proche de sa limite nord-est de répartition, et la présence de plusieurs grandes stations de Nivéole (Leucojum vernum*), espèce montagnarde à subcontinentale, en attestent.

L'aulnaie-frênaie, outre la présence de la Nivéole (Leucojum vernum), possède de très grands peuplements d'Ail des ours (Alium ursinum) avec, en banquette de ruisselets, de beaux peuplements de Renouée bistorte (Polygonum bistorta), accompagnés de la Dorine à feuilles opposées (Chrysosplenium oppositifolium) et de la Dorine à feuilles alternes (Chrysosplenium alternifolium*). Cette combinaison floristique, exceptionnelle en Picardie, se rencontre plus fréquemment dans les situations continentales de l'est de la France.

L'avifaune est très diversifiée et les éléments liés aux prairies et aux haies sont particulièrement intéressants :

- le Râle des genêts, inscrit sur la liste mondiale des oiseaux menacés ;

- le Courlis cendré, exceptionnel en Picardie ;

- la Huppe fasciée (Upupa epops), rarissime en Picardie ;

- la Pie-grièche grise, en grande régression dans les plaines du nord-ouest de l’Europe ;

- la Pie-grièche écorcheur, inscrite à la directive "Oiseaux" de l'Union Européenne ;

- le Tarier d’Europe.

L’Oise et ses annexes accueillent plusieurs espèces remarquables :

- le Chevalier guignette (Actitis hypoleucos), menacé par la disparition de son milieu de nidification (envasement des bancs de graviers) ;

- le Martin-pêcheur, inscrit à la directive "Oiseaux" ;

- le Cincle plongeur.

Les franges de certains petits plans d’eau (bras morts, huttes de chasse) peuvent accueillir occasionnellement la Marouette ponctuée (Porzana porzana), inscrite à la directive "Oiseaux".

Les caractéristiques paysagères de cette zone retiennent l'attention de certains oiseaux migrateurs, peu fréquents, qui y effectuent des haltes de durée variable : la Cigogne noire, la Cigogne blanche et le Busard des roseaux.

Le peuplement piscicole est assez diversifié, avec vingt et une espèces contactées. Plusieurs de celles-ci, assez rares à l'échelle de la région, ont subi une forte régression d'effectifs ou (et) une réduction de leur aire de répartition : la Lotte de rivière (Lota lota), la Loche de rivière (Cobitis taenia), l'Anguille (Anguilla anguilla), le Chabot (Cottus gobio), le Vairon (Phoxinus phoxinus), le Goujon (Gobio gobio) et la Vandoise (Leuciscus leuciscus). Cette forte diversité, associant des espèces de la zone à Truite et des espèces du Potamon, traduit tout de même une certaine altération en cours du peuplement.

Au plan entomologique, on note la présence de l'Agrion nain (Ischnura pumilio), petit zygoptère très rare en Picardie, connu seulement de deux localités situées dans le département de l'Aisne. Cette petite libellule effectue de préférence son cycle larvaire sur les marges d'étangs ainsi que sur les fossés à niveau variable et à végétation pionnière installée sur argile.

FACTEURS INFLUENCANT L'EVOLUTION DE LA ZONE

Le mode de pâturage et de fenaison est le principal agent structurant la végétation prairiale. On observe une certaine dérive de la diversité floristique des prairies, phénomène d'appauvrissement patrimonial en relation avec l'apport croissant et régulier d'engrais.

La qualité biologique de la rivière Oise est altérée par une pollution diffuse d'origines agricole et domestique. Cette eutrophisation est accompagnée d'une tendance au colmatage des différents substrats des zones du rhitron et du potamon, processus préjudiciable aux espèces aquatiques les plus exigeantes.

La réalisation de certains étangs semble se faire aux dépens des zones les plus humides.

Le réseau de haies semble stable et bien intégré aux pratiques agricoles actuelles.

N.B. : les espèces dont le nom latin est suivi d’un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Le périmètre englobe un tronçon de la vallée amont de l'Oise ainsi que la confluence du Ton et plusieurs petits vallons perpendiculaires à l'Oise.