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ZNIEFF 220014088
BOCAGE BRAYON DE BERNEUIL-EN-BRAY

(n° régional : 60PDB113)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

Le secteur bocager de Berneuil-en-Bray s'étend entre Troussencourt, à l'est, Grumesnil à l'ouest, Auteuil au sud, et Frocourt au nord, au niveau de l'extrémité orientale du Bray.

Ce bocage se singularise par l'importance des milieux acides et humides, exploités par la sylviculture et par l'élevage. Les affleurements importants de sables, au sein de la boutonnière (anticlinal évidé) brayonne, permettent en effet la présence de sols acides, imperméables au niveau des argiles du Gault, lesquelles sous-tendent une nappe.

Cette acidité et cette humidité sont renforcées par les conditions climatiques atlantiques (précipitations relativement élevées). L'origine même du mot "bray", qui signifiait "boue" en celte, exprime ces caractéristiques d'humidité et de terres argileuses froides.

Il en résulte la présence de milieux très précieux en Picardie :

- les prairies mésophiles à hygroclines fauchées (Arrhenaterion elatioris) et suivies d'un pâturage ;

- les mares et dépressions humides prairiales ou intraforestières (Oenanthion fistulosae, Glycerio-Sparganion, Callitrichion stagnalis...) ;

- les prairies paratourbeuses acides du Juncion acutiflori ;

- les fragments relictuels de landes à Callune (Ulici-Ericion cinereae) ;

- les chênaies-frênaies hygroclines à hygrophiles (Fraxino-Carpinion) ;

- les aulnaies comprenant localement des Sphaignes (Sphagno-Alnetum) ;

- les cariçaies (Caricion elatae, Caricenion rostratae) ;

- les chênaies sessiliflores sur sables podzoliques (Quercion robori-petraeae) ;

- les boisements de Chênes sessiles, et de bouleaux à Molinie (Querco roboris-Betuletum pubescentis subass. molinietosum), sur sables hydromorphes...

Des parcelles ont été plantées de peupliers ou de résineux et des prairies ont été transformées récemment en cultures.

Les activités d'élevage ont façonné les paysages remarquables du Bray humide. Le bocage, largement anthropique, constitue un bel exemple d'adaptation agro-sylvo-pastorale aux contraintes du milieu.

INTERET DES MILIEUX

Les prairies oligotrophes humides (Juncion squarrosi), les boisements acides (Quercion robori-petraeae, dont le Querco-Betuletum pubescentis molinietosum), les fragments de landes à Ericacées, les aulnaies tourbeuses acides (Alno-Ulmion, dont le Blechno-Alnetum) et les prairies de fauche (Arrhenaterion elatioris) sont des milieux rares et menacés en Europe, qui relèvent de la directive "Habitats" de l'Union Européenne.

Ils abritent de nombreuses espèces végétales et animales rares et menacées.

Les abords des ruisseaux comportent également des milieux intéressants, refuges pour des espèces rares. La structure bocagère est favorable à l'avifaune, ainsi qu'à la batrachofaune, grâce au réseau important de mares et d'ornières.

Globalement, cette juxtaposition de milieux, présentant divers degrés d'acidité et d'humidité, utilisés soit à des fins sylvicoles, soit à des fins d'élevage, permet l'expression d'une biodiversité remarquable en Picardie, spécialement en ce qui concerne la faune.

INTERET DES ESPECES

Flore

Plusieurs espèces peu communes à rares (et souvent menacées) sont présentes dans cet ensemble, dont les suivantes :

- l'Aigremoine rampante (Agrimonia repens) ;

- le Butome en ombelle (Butomus umbellatus), au bord des mares ;

- l'Oenanthe fistuleuse (Oenanthe fistulosa) ;

- le Blechne en épis (Blechnum spicant) ;

- la Digitale pourpre (Digitalis purpurea) ;

- le Silaüs des prés (Silaum silaus), dans les prairies de fauche ;

- le Lychnide fleur de coucou (Lychnis flos-cuculi).

La présence de sphaignes, dont toutes les espèces sont au minimum assez rares et menacées en Picardie, est également de grand intérêt.

Faune :

Parmi les oiseaux remarquables se trouvent cinq espèces inscrites en annexe I de la directive "Oiseaux" de l'Union Européenne : la Bondrée apivore (Pernis apivorus) ; le Pic noir (Dryocopus martius) ; la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), située ici en limite d'aire de répartition ; le Martin-pêcheur (Alcedo atthis), sur le ru de Berneuil et les étangs proches, et le Busard Saint-Martin (Circus cyaneus).

Le Tarier pâtre (Saxicola torquata) fait partie des espèces dont le statut est à surveiller en Picardie, et la Chouette chevêche (Athene noctua) y est considérée comme vulnérable.

Les batraciens sont particulièrement bien représentés :

- le Triton crêté (annexe II de la directive "Habitats" de l’Union Européenne) est présent dans les mares, de même que la Rainette verte (Hyla arborea) et que l'Alyte accoucheur (Alytes obstetricans), qui sont tous deux menacés en France et inscrits en annexe IV de la directive "Habitats" ;

- le Triton alpestre (Triturus alpestris), vulnérable en France (livre rouge de la faune menacée en France) ;

- le Triton ponctué (Triturus vulgaris) ;

- la Grenouille agile (Rana dalmatina), assez rare en Picardie, en limite d’aire septentrionale, et inscrite en annexe IV de la directive "Habitats".

FACTEURS INFLUENCANT L'EVOLUTION DE LA ZONE

Les difficultés de l'élevage entraînent des évolutions de l'occupation du sol. Des terres trop humides sont parfois boisées ou converties en étangs de loisirs. Inversement, des prairies sont retournées ou intensifiées.

Une agriculture adaptée aux particularités du Bray humide permet de conserver et de faire vivre des paysages et des milieux de très grand intérêt patrimonial.

Cet intérêt biologique et paysager est complémentaire de celui du patrimoine à la fois architectural et historique du Bray, qui est de plus en plus valorisé sur le plan touristique.

Commentaires sur la délimitation

Les contours du site englobent les milieux sylvatiques et bocagers les plus intéressants pour la flore et la faune. Dans la mesure du possible, les zones cultivées et urbanisées sont évitées.