ZNIEFF 220014323
MASSIF FORESTIER DE CHANTILLY/ERMENONVILLE

(n° régional : 60VAL103)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

Le massif forestier de Chantilly-Ermenonville s’étend en rive gauche de l’Oise, à cheval sur la bordure sud-occidentale du plateau du Valois et sur le Pays de France.

Ce plateau massif est constitué par la plate-forme du calcaire lutétien, que surplombent plusieurs buttes sableuses résiduelles (Butte aux gens d'armes...).

La structure géologique de la forêt reprend l’essentiel des affleurements tertiaires du sud de l’Oise. On note, de haut en bas :

- les sables d’Auvers, qui recouvrent la majorité des affleurements lutétiens sur le plateau ;

- les calcaires lutétiens, souvent très massifs et épais, surtout vers Saint-Maximin ;

- les alluvions récentes, essentiellement sableuses, et comprenant localement quelques facies tourbeux (vers Saint Nicolas d'Acy par exemple).

Un synclinal longe la vallée de la Thève en suivant une orientation nord-ouest/sud-est.

Les sources alimentent deux petits cours d’eau, la Thève et la Nonette, qui encadrent le massif au sud et au nord. Quelques mares et micro-zones humides boisées subsistent localement, en haute vallée de la Nonette essentiellement, où des étangs ont été aménagés, certains par les moines au moyen âge (étangs de Chaalis ou de Comelle), d'autres plus récemment.

Certaines de ces zones humides, sur substrat sableux, permettent la présence d’aulnaies acides à sphaigne et à Osmonde royale.

Ce sont les chênaies-charmaies-hêtraies acidoclines atlantiques sur sables (du Carpinion betuli) qui dominent les peuplements, traités en futaie pour la plus grande partie.

Les affleurements de calcaire, plus ou moins mêlés aux sables auversiens, permettent la présence de végétations calcicoles, dont la hêtraie thermocalcicole du Cephalanthero-Fagion (type subatlantique méridional) et la chênaie pubescente du Quercion pubescentis, sur les corniches du Lutétien en exposition méridionale.

Quelques lisières comprennent de petites pelouses (Festuco lemanii-Anthyllidetum vulnerariae) et des ourlets thermophiles (Geranion sanguinei) sur calcaires et sables calcaires, par exemple dans le champ de manœuvres de Senlis.

Sur les buttes de sables (formant des reliefs comparables à ceux d'anciennes dunes) subsistent, en forêt d'Ermenonville notamment, des landes à Ericacées (Calluno-Ericion cinerae), avec des systèmes de sables mobiles. Ceux-ci sont largement développés vers la Mer de Sable.

Les étangs et les mares apportent une importante diversité de biotopes dans ces milieux de plateaux majoritairement secs.

INTERET DES MILIEUX

Plusieurs habitats remarquables, rares et menacés en Europe, sont inscrits à la directive "Habitats" de l’Union Européenne :

- la chênaie-charmaie acidocline du Lonicero periclymeni-Fagetum petraeae (type subatlantique méridional) ;

- la chênaie-charmaie à Jacinthe du Hyacinthoido non-scriptae-Fagetum sylvaticae (type subatlantique méridional à Tilia cordata) ;

- la chênaie-hêtraie du Fago sylvaticae-Quercetum petraeae (type subatlantique méridional) ;

- la hêtraie calcicole de l’Hordelymo europaei-Fagetum sylvaticae (type subatlantique méridional) ;

- la frênaie à Laîche espacée du Carici remotae-Fraxinetum excelsioris ;

- les groupements herbacés humides nitrophiles de l’Aegopodion podagrariae et de l’Alliarion petiolatae ;

- les groupements herbacés sur sables (Thero-Airion, Violion caninae) ;

- les landes à Ericacées (Calluno-Ericion cinerae) ;

- les pelouses calcicoles du Festuco lemanii-Anthyllidetum vulnerariae, les lisières calcicoles du Geranion sanguinei...

Ces habitats, d’intérêt européen, ainsi que d'autres milieux importants aux échelles nationale ou régionale, autorisent la présence de nombreuses d’espèces végétales et animales de très grand intérêt patrimonial.

S'agissant de l’avifaune, cet intérêt élevé a permis la reconnaissance du massif en Zone d’Importance Communautaire pour les Oiseaux (ZICO), comme l’ensemble du massif des Trois Forêts, en application de la directive "Oiseaux" de l’Union Européenne.

D'autres milieux occupent le fond de la vallée de la Nonnette, notamment des peupleraies artificielles, quelques lambeaux d'aulnaies (Alno-Padion), de rares prairies humides (Mentho-Juncion), et quelques mégaphorbiaies...

INTERET DES ESPECES

La flore comprend, entre autre, les taxons rares et/ou menacés suivants :

Dans les milieux tourbeux :

- l’exceptionnelle Osmonde royale (Osmunda regalis*),

- le Dactylorhize négligé (Dactylorhiza praetermissa*),

- le Mouron délicat (Anagallis tenella*),

- la Bruyère à quatre angles (Erica tetralix*),

- la Baldellie fausse-renoncule (Baldellia ranunculoides),

- la Véronique en écus (Veronica scutellata*),

- le Laiteron des marais (Sonchus palustris),

- la Guimauve officinale (Althaea officinalis),

- la Fougère des marais (Thelipterys palustris)...

Dans les bois clairs sur calcaire :

- le Sceau de Salomon odorant (Polygonatum odoratum) ;

- l’Iris fétide (Iris foetidissima) ;

- le Chêne pubescent (Quercus pubescens) ;

- la Belladone (Atropa bella-donna), dans les coupes sur calcaire ;

- la très rare Mélique penchée (Melica nutans) ;

- le Fragon petit houx (Ruscus aculeatus)...

Sur les pelouses et lisières thermocalcicoles :

- le Géranium sanguin (Geranium sanguineum*),

- la Mélitte à feuilles de Mélisse (Melittis melissophyllum),

- la Gentiane croisette (Gentiana cruciata*),

- l'Orchis militaire (Orchis militaris),

- l'Orchis singe (Orchis simia),

- le très rare Doronic à feuilles de plantain (Doronicum plantagineum),

- la Germandrée botryde (Teucrium botrys),

- l'Anacamptis pyramidal (Anacamptis pyramidalis),

- l'Orobanche du serpolet (Orobanche alba),

- l’Epipactis rouge foncé (Epipactis atrorubens),

- le Bugle petit-pin (Ajuga chamaepytis),

- le Bugle de Genève (Ajuga genevensis),

- l'Alysson calicinal (Alyssum alyssoides)...

Sur les sables plus ou moins acides :

- le Cynoglosse officinal (Cynoglossum officinale) ;

- la Laîche des sables (Carex arenaria) ;

- l'Ornithope délicat (Ornithopus perpusillus) ;

- la minuscule Mousse fleurie (Crassula tillea), sur les sables nus ;

- la Téesdalie à tige nue (Teesdalia nudicaulis) ;

- la Violette des chiens (Viola canina*) ;

- la Potentille argentée (Potentilla argentea) ;

- la Sagine noueuse (Sagina nodosa) ;

- la Salicaire pourpier (Lythrum portula) ;

- la Laîche des lièvres (Carex ovalis) ;

- le Maïanthème à deux feuilles (Maïanthemum bifolium)...

Les éléments faunistiques parmi les plus remarquables sont :

Pour l’avifaune :

- le Pic mar (Dendrocopos medius),

- le Pic noir (Dryocopus martius),

- la Bondrée apivore (Pernis apivorus),

- le Martin-pêcheur (Alcedo atthis),

- l'Engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus).

Ces espèces sont inscrites en annexe I de la directive "Oiseaux" de l’Union Européenne.

Plusieurs espèces rares et/ou menacées à l’échelle de la Picardie ou du nord de la France ont été notées :

- la Bécasse des bois (Scolopax rusticola) ;

- le Tarier pâtre (Saxicola torquata) ;

- le Gobemouche noir (Ficedula hypoleuca), dans les vieilles chênaies ;

- le Rougequeue à front blanc (Phoenicurus phoenicurus) ;

- le Torcol fourmilier (Jynx torquilla) ;

- le rare Grimpereau des bois (Certhia familiaris), dans les vieilles futaies ;

- le Pouillot de Bonelli (Phylloscopus bonelli)...

Pour la mammalofaune :

La Noctule commune (Nyctalus noctula) et la rare Martre des pins (Martes martes) sont également présentes.

Les populations de grands mammifères, notamment de Cerf élaphe (Cervus elaphus), sont d'un très grand intérêt.

Pour l'herpétofaune :

- la Vipère péliade (Vipera berus) ;

- la Coronelle lisse (Coronella austriaca) ;

- le Lézard des murailles (Podarcis muralis) ;

- la Grenouille agile (Rana dalmatina), assez rare en Picardie ;

- le Triton alpestre (Triturus alpestris), peu fréquent et menacé en France.

FACTEURS INFLUENCANT L’EVOLUTION DE LA ZONE

Les pelouses et lisières calcicoles, ainsi que les groupements pionniers et les landes sur sables, tendent à disparaître sous l’avancée des broussailles et des milieux sylvatiques. Des coupes circonstanciées sont souhaitables afin de conserver une héliophilie indispensable à ces groupements de grand intérêt patrimonial. Dans le même ordre d'idées, il serait nécessaire d’éviter le reboisement des lisières et des trouées.

Les layons forestiers, souvent très riches sur les plans floristique, entomologique et batrachologique, gagneraient à être gérés en conservant les actuelles micro-topographies (ornières, dépressions humides...) et par le biais d’une fauche exportatrice. De même que le creusement de nouvelles mares permettrait d'augmenter la biodiversité tant animale que végétale au sein des systèmes dunaires sableux particulièrement secs.

Le maintien de ces biodiversités ornithologique, mammalogique et entomologique serait favorisé par la présence de nombreux arbres d’âge avancé (150 à 200 ans, voire plus) ou sénescents De nombreuses espèces cavernicoles ne subsistent plus que dans les grandes forêts du nord de la France, à la faveur de vastes futaies âgées de chênes et de hêtres.

La libre circulation des grands animaux, entre les massifs d’Halatte et de Chantilly-Ermenonville, pose des problèmes au niveau des franchissements de la vallée de la Nonette, entre Vineuil-Saint-Firmin et Avilly-Saint-Léonard, du fait notamment de l’évolution de l’urbanisation et des poses de grillages en lisière du massif.

N.B. Les espèces dont le nom est suivi d’un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Les contours de la ZNIEFF englobent les milieux forestiers (mais aussi aquatiques, pelousaires, prairaux...) qui concentrent les habitats et les espèces végétales et animales les plus remarquables, tout en conservant l'unité écologique du massif.

Autant que possible, les zones cultivées et urbanisées sont évitées.