ZNIEFF 220120022
VALLÉE DU RU DE RETZ ET DE SES AFFLUENTS

(n° régional : 02SOI201)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

La vallée du ru de Retz est un exemple très représentatif des petites vallées du Soissonnais, aussi bien par les milieux, par les paysages que par les espèces rencontrées. L’état de conservation global est assez bon et les ruisseaux qui drainent la vallée en témoignent.

Le ru de Retz s’écoule selon un axe Nord / Sud sur l’essentiel de son cours. Il prend sa source en limite nord de la Forêt Domaniale de Retz. Il s’inscrit dans une vallée assez encaissée typique du Soissonnais qui entaille la dalle structurale lutétienne. Le ru de Saint-Pierre-Aigle prend sa source sur le plateau cultivé près de Dommier et s’écoule sur moins de cinq kilomètres.

Les versants de la vallée reposent sur les assises géologiques classiquement rencontrées dans le Soissonnais : une succession limons de plateau, calcaires lutétiens et sables cuisiens.

L’exposition au Sud des versants a favorisé la conservation de noyaux de pelouses thermophiles calcicoles (Mesobromion). Les pelouses évoluent rapidement et leur périphérie se transforme en un ourlet épais à Brachypode (Coronillo - Brachypodietum ou Centaureo - Origanetum dans les zones plus riches en nutriments) puis en fourrés dense de Prunelliers, Cornouillers (Berberidion),... Les pelouses encore rases sont réduites en superficie. Une partie des surfaces en pelouse a été plantée de Pins noirs.

Le reste des versants est occupé par des boisements frais du Carpinion betuli riches en Frêne et en Erable sycomore. Très ponctuellement, des boisements évoluant vers la hêtraie thermo-calcicole sont notés.

Quelques cultures et d’anciennes pâtures humides, souvent plantées de peupliers, occupent le fond de vallée.

La tête de certains vallons latéraux à la vallée est profondément incisée dans la dalle du Lutétien et dans les sables cuisiens. Les ravins boisés ainsi formés sont caractérisés par une hygrométrie ambiante forte, propice à une certaine diversité de fougères et de mousses.

Une cavité souterraine est incluse dans la zone. Elle correspond à une ancienne carrière de pierre à bâtir exploitant la dalle structurale de calcaire grossier du Lutétien. Elle est organisée autour de vastes salles, qui correspondent aux fronts de taille successifs, et de couloirs d’acheminement.

Les paysages et l’organisation spatiale des différents milieux rencontrés aujourd’hui résultent de l’abandon de certaines pratiques agro-pastorales :

- Les parcours à moutons abandonnés se sont embroussaillés et seuls quelques noyaux de pelouse calcicole témoignent encore de cette ancienne pratique. La quasi totalité des boisements des versants, très jeunes, résultent de l’aboutissement de ce phénomène. Le processus est parfois accéléré par plantation.

- Les prairies humides du fond de vallée on été délaissées et bien souvent plantées de peupliers. Certains boisements frais du fond de vallée sont des boisements de recolonisation.

INTERET DES MILIEUX

- Plusieurs cavités souterraines intéressantes pour l’hivernage des chauves-souris dont un site d’importance internationale pour l’Europe du Nord au regard des populations de certaines espèces (avec une grande diversité d’espèces troglophiles, remarquables pour la Picardie).

- Pelouses du Festuco lemanii - Anthyllidetum vulnerariae, bien représentées dans le tertiaire parisien mais assez rares en Picardie (et relevant de la directive « Habitats »), comportant des écorchures et des zones grattées par les lapins très favorables à une flore xérophile rare.

- Pelouses ourlets conservant une bonne part des espèces pelousaires typiques, dont certaines sont exceptionnelles en Picardie.

- Boisements frais de pente abritant plusieurs espèces intéressantes.

- Marges de cultures accueillant de nombreuses espèces messicoles en régression.

Les fortes pentes et la température fraîche des eaux des rus offrent des conditions favorables à l’installation d’un peuplement salmonicole. Le tri granulométrique présente un grand intérêt car il ménage de nombreuses zones susceptibles d’accueillir la fraie de la Truite.

La diversité des substrats et des courants est favorable à la faune des invertébrés et détermine des zones de production variées pour l’ichtyofaune.

La présence de cavités sous berges joue un rôle important en matière d’abris repos.

La partie aval du cours d’eau fonctionne comme un abri lors des perturbations affectant l’Aisne.

INTERET DES ESPECES

Dans la cavité, présence du Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros) et du Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum) deux espèces de chauve-souris menacées en Europe et inscrites à l’annexe II de la directive « Habitats ». Le Petit Rhinolophe est présent en population particulièrement remarquable, confirmant l’intérêt du Soissonnais occidental et du Noyonnais pour cette espèce.

Sur les pelouses :

- Orobanche sanglante (Orobanche gracilis), dont l’une des rares stations picardes est présente ici,

- Germandrée des montagnes (Teucrium montanum*), proche de sa limite Nord de répartition,

- la Pulsatille commune (Pulsatilla vulgaris), assez rare en Picardie,

- Lin à feuilles ténues (Linum tenuifolium), qui peut persister quelques temps au sein des ourlets à Brachypode,

- la Laîche de Haller (Carex halleriana*), qui était connue des coteaux de la vallée il y a encore quelques années,

- Fluoré (Colias australis) et Argus bleu-nacré (Lysandra coridon), deux papillons dont les population régressent en même temps que leur biotope d’élection,

- Azuré des coronilles (Plebejus argyronomon), encore bien présent dans l’Aisne mais de plus en plus rare ailleurs.

Sur les reliquats de prairies humides se trouve encore l’Orchis ignoré (Dactylorhiza praetermissa*), menacé en Picardie.

Dans les bois de pente :

- Platanthère à deux feuilles (Platanthera bifolia), orchidée rare en Picardie essentiellement polinisée par des papillons nocturnes,

- Polystic à aiguillons (Polystichum aculeatum), fougère plutôt montagnarde,

- Ornithogale des Pyrénées (Ornithogalum pyrenaicum), assez fréquente dans l’Aisne mais qui se raréfie vers l’Ouest.

Dans le ruisseau :

- présence très probable de l’Ecrevisse à pattes rouges (Astacus astacus), espèce extrêmement menacée qui serait présente ici dans l’une de ses dernières stations de Picardie et du Nord de la France,

- Truite fario (Salmo trutta fario), témoin de la bonne qualité des eaux lorsque sa présence est spontanée,

- Chabot (Cottus gobio), présent ici en forte biomasse,

- Caloptéryx vierge (Calopteryx virgo), libellule assez rare en Picardie.

FACTEURS INFLUENCANT L’EVOLUTION DE LA ZONE

Sur l’ensemble de la vallée, ont peut noter les éléments suivants :

- Abandon des pratiques traditionnelles de pâturage extensif, conduisant à un embroussaillement des pelouses et à une disparitions des espèces héliophiles et thermophiles.

- Mise en culture temporaire de certaines parties des coteaux pour en faire des cultures à gibier (semis de maïs), bouleversant la flore et la faune pelousaire.

- Plantation de pins et de peupliers.

- Broutage et gratis assurés par les lapins qui entretiennent les dernières pelouses rases du site.

- Décharges sauvages.

Sur le ruisseau :

- Manque d’entretien du lit et pratiques agricoles sur les terres riveraines favorisant les apports et les dépôts de matières en suspension ainsi que le colmatage du fond des ruisseaux : les frayères potentielles à salmonidés deviennent impropres à la reproduction.

- Risques d’eutrophisation importants (éléments nutritifs dans l’eau, gestion de la ripisylve à améliorer…)

- Faibles débits limitant la dynamique du cours d’eau et le décolmatage du substrat.

- Présence de nombreux obstacles (embâcles) limitant les migrations piscicoles.

En terme physique, la cavité est peu menacée de dégradation mais la qualité des milieux périphériques influe fortement sur l’attractivité du site.

La cavité bénéficie aujourd’hui d’une protection contractuelle. Elle est fermée aux visites qui génèrent des dérangements et réduisent la capacité d’accueil d’une cavité de façon drastique.

Les boisements de pentes semblent peu menacés à court terme.

NB : Les espèces végétales dont le nom latin est suivi d'un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

L'ensemble des vallées du ru de St Pierre Aigle et du ru de Retz, y compris certains vallons secs adjacents, sont intégrés dans la zone. La convexité sommitale versant - plateau sert de limite au site sur l'essentiel de son contours. A la confluence avec la vallée de l'Aisne, une limite arbitraire cohérente à été choisie. Une bande de terre est conservée de part et d'autre du ru de Retz jusqu'à la rivière Aisne.