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ZNIEFF 220220024
PELOUSES ET BOIS DE LA CUESTA SUD DU PAYS DE BRAY

(n° régional : 60PDB108)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

La cuesta sud du Bray constitue à la fois la limite géomorphologique méridionale de la boutonnière (anticlinal évidé) du Pays de Bray, et la bordure septentrionale du plateau crayeux du Pays de Thelle.

Elle s’étire sur des pentes crayeuses, particulièrement raides en maints endroits, et sur les limons à silex acides sur le rebord du plateau.

Sa caractéristique principale est liée à son orientation générale, axée nord-est, qui lui confère une psychrophilie (particularité mésoclimatique froide) marquée, renforcée par l'affleurement de la craie marneuse turonienne. Cette caractéristique psychrophile induit la présence d'une végétation aux caractéristiques submontagnardes et médio-européennes marquées.

Deux ensembles de milieux peuvent être distingués sur cette côte :

- les milieux sylvatiques :

Développés sur des sols limoneux acides en haut de versant, ou bien sur des colluvions ou des rendzines crayeux sur la pente, ces milieux sont dominés par des taillis sous futaie et des futaies irrégulières de frênes, de tilleuls, d'érables, de hêtres et de charmes essentiellement, avec des sous-étages, plus ou moins buissonnants, à noisetiers, cornouillers mâles, sureaux à grappes, viornes, bouleaux... Les groupements correspondent à des frênaies-tiliaies-érablières de pente à Mercuriale pérenne, du Mercuriali perennis-Aceretum campestris subass. acteetosum spicati, proche du Lunario redivivae-Acerion pseudoplatani.

Les quelques festons de la côte exposée au sud, permettent la présence locale de hêtraies thermocalcicoles à Céphalanthère à grandes fleurs (Cephalanthera damasonium) proches du Cephalanthero-Fagion, notamment vers la terminaison sud de la cuesta, au sud-ouest de Noailles (Bois de la garenne, Bois de Mouchy...).

Sur les limons du plateau s'étendent des chênaies-hêtraies-charmaies acidoclines à neutro-acidoclines atlantiques/subatlantiques à Jacinthe (Hyacinthoido non scriptae-Fagetum sylvaticae), ou des hêtraies atlantiques à Houx (Ilex aquifolium) et à Digitale pourpre (Digitalis purpurea) de l’Illici-Fagion, souvent traitées en futaie.

- les pelouses et fourrés calcicoles :

Les versants raides du Mont Florentin, des Larris d'Auteuil et de Saint-Aubin-en-Bray comportent encore de vastes étendues de pelouses à orchidées, encore assez peu boisées. Elles étaient valorisées, autrefois, par un pâturage extensif, ovin notamment. Les Genévriers (Juniperus communis), caractéristiques de ces coteaux pâturés par les moutons, leur confèrent une physionomie particulièrement originale.

Les pelouses subhygrophiles sont caractérisées par le groupement marnicole à Parnassie du Parnassio palustris-Thymetum praecocis, qui évolue par ourléification vers les ourlets mésophiles du Senecioni erucifolii-Succisetum pratensis (Trifolion medii).

Des éboulis froids du Leontodon hyoseroidis subsistent par place, notamment à Saint-Aubin-en-Bray.

Ces larris sont progressivement remplacés par des fourrés de recolonisation à prunelliers, à aubépines, à cornouillers... et par de jeunes arbres de lisière qui progressent (hêtres, bouleaux, frênes, érables...).

Des plantations de pins, voire de feuillus (merisiers, frênes...), y ont été effectuées.

Quelques bosquets, et des prairies, parfois entourées de haies, subsistent sur le plateau.

INTERET DES MILIEUX

Le caractère psychrophile de ces milieux favorise la présence de nombreuses espèces végétales très rares à assez rares en Picardie et dans le nord de la France, dont bon nombre d'entre elles sont ici en limite d'aire. La cuesta du Bray joue en effet le rôle d'un corridor biologique est-ouest, où des espèces, d'affinités continentales et d'autres d'affinités atlantiques ayant "longé" la cuesta, trouvent leur limite de répartition.

Les pelouses à orchidées connaissent une raréfaction considérable dans le nord de l'Europe.

Elles sont, à ce titre, inscrites à la directive "Habitats" de l'Union Européenne.

Il reste aujourd'hui moins de 5 % des pelouses sèches de Picardie du début du siècle.

Les forêts de pente sont également des milieux d'intérêt international, inscrits à la directive "Habitats" de l'Union Européenne.

Ces habitats abritent de très nombreuses espèces végétales et animales remarquables aux échelles européenne, nationale et régionale.

INTERET DES ESPECES

La flore comprend un grand nombre de taxons remarquables (assez rares à très rares et/ou en régression en Picardie), dont, notamment, les espèces suivantes :

- l'Actée en épis (Actaea spicata), dont les populations sont ici probablement les plus importantes de Picardie ;

- la Parnassie des marais (Parnassia palustris*) sur tous les larris ;

- la Chlore perfoliée (Blackstonia perfoliata) ;

- le Dompte-venin officinal (Vincetoxicum hirundinaria) ;

- l’Epiaire des Alpes (Stachys alpina) ;

- la Digitale jaune (Digitalis lutea), en limite occidentale de son aire ;

- le Séséli libanotide (Seseli libanotis) ;

- la Pulsatille vulgaire (Pulsatilla vulgaris) ;

- la Phalangère rameuse (Anthericum ramosum*), très rare, sur le larris de Saint-Aubin-en-Bray ;

- la Germandrée des montagnes (Teucrium montanum*), sur le même larris ;

- l'Ophioglosse (Ophioglossum vulgatum*) à Saint-Aubin-en-Bray également ;

- la Fétuque hétéropachys (Festuca heteropachys) ;

- l'Orobanche gracile (Orobanche gracilis) à Saint-Aubin-en-Bray ;

- la Céphalanthère à grandes fleurs (Cephalanthera damasonium) ;

- l’Orchis militaire (Orchis militaris) ;

- l’Ophrys mouche (Ophrys insectifera) ;

- la Néottie nid-d'oiseau (Neottia nidus avis) ;

- l'Anacamptis pyramidal (Anacamptis pyramidalis) ;

- l'Orchis mâle (Orchis mascula) ;

- le Sureau à grappes (Sambucus racemosa), en limite ouest d'aire ;

- le Fragon Petit Houx (Ruscus aculeatus) ;

- le Polystic à aiguillons (Polysticum aculeatum)...

Faune :

Quelques oiseaux remarquables ont été observés, tels la Bondrée apivore (Pernis apivorus), le Pic noir (Dryocopus martius) qui fréquente les grandes hêtraies, et le Pic mar (Dendrocopos medius), noté dans le Bois près de Noailles, et sont inscrits à la directive "Oiseaux" de l’Union Européenne.

Les pelouses et les lisières thermocalcicoles abritent des populations conséquentes de lépidoptères rares et menacées, dont les suivantes :

- le Damier de la Succise (Euphydryas aurinia), menacé au niveau européen et inscrit en annexe IV de la directive "Habitats" de l'Union Européenne ;

- le Fluoré (Colias australis) ;

- l’Azuré bleu céleste (Polyommatus bellargus) ;

- l’Azuré bleu nacré (Polyommatus coridon) ;

- la Lucine (Hemaris lucina) ;

- la Petite Violette (Clossiana dia) ;

- la Grisette (Carcharodus alcae) ;

- la Zygène de Carniole (Zygena carniolica) ;

- la Zygène de la Vesce (Zygena viciae)...

La rare Vipère péliade (Vipera berus) est présente, bien que particulièrement discrète.

Concernant les mammifères, la cuesta est utilisée comme massif-relais et comme axe de déplacement occasionnel par les Cerfs (Cervus elaphus), notamment en provenance du massif de Thelle.

Un ancien tunnel S.N.C.F. désaffecté et relativement tranquille, est utilisé par plusieurs dizaines de chauves-souris en hibernation, dont le Grand Murin (Myotis myotis), le Vespertilion à oreilles échancrées (Myotis emarginatus), tous deux menacés en Europe et , à ce titre, inscrits à l'annexe IV de la directive "Habitats" de l'Union Européenne, et enfin le rare Vespertilion de Natterer (Myotis nattereri).

FACTEURS INFLUENCANT L’EVOLUTION DE LA ZONE

L’absence d’entretien des dernières pelouses génère une fermeture progressive du milieu par un boisement spontané, très peu contenu par l’action des lapins et des chevreuils. Il en résulte une banalisation, à la fois biologique, cynégétique et paysagère de ces parcours à moutons séculaires.

La réhabilitation de pâturages extensifs est en cours ou en projet sur les larris du Mont Florentin, d'Auteuil et de Saint-Aubin-en-Bray, conformément aux volontés communales de mettre en valeur ces pelouses (conventions avec le Conservatoire des Sites Naturels de Picardie et locations).

La limitation de la fréquentation humaine dans le tunnel ferroviaire abandonné serait nécessaire en hiver afin de permettre aux chauves-souris d'hiberner sans être dérangées (leur réveil pouvant entraîner la mort en période froide).

Par ailleurs, la mise en culture des prairies et la disparition des haies sur les marges, tant sur le plateau du Thelle qu'au pied de la cuesta, réduisent la fonctionnalité des lisières, espaces de transition importants entre les bois et les grandes cultures.

La reconstitution d'un réseau paysager de haies, par exemple le long des chemins et routes, permettrait de relier la cuesta boisée à la forêt de Thelle et surtout au bocage remarquable du Bray, pierre angulaire de son identité paysagère et de son potentiel touristique.

Ce type de réalisation a déjà été effectué de façon tout à fait exemplaire aux alentours de Lalandelle, et entre Saint-Germer-de-Fly et Saint-Pierre-ès-Champs, le long de la D 104.

N.B. Les espèces dont le nom est suivi d'un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Les contours du site englobent les habitats sylvatiques et pelousaires les plus précieux pour la flore et la faune. Les cultures et les habitations sont exclues autant que possible.