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ZNIEFF 220320026
MARAIS DE LA VALLÉE DE L'ANCRE ET LARRIS DE LA VALLÉE AUX MOINES À HEILLY

(n° régional : 80NEA108)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

La vallée de l’Ancre entaille mollement les craies blanches (Coniacien-Santonien) et les limons du plateau du Nord-Est Amiénois : le profil de la vallée est assez évasé et permet la présence, sur les marges, de quelques prairies humides. Les sols du fond de vallée se sont développés sur des alluvions modernes, souvent riches en matières organiques (voire paratourbeuses). La "Vallée aux Moines" repose sur les mêmes bases géologiques et son talweg assure la jonction entre le plateau et le fond de la vallée de l’Ancre, à Heilly. Ses versants mettent la craie à nu en plusieurs points, notamment sur le versant exposé au sud-ouest.

Des étangs ouvrent largement le fond de vallée. Ils sont surtout voués à la pêche de loisir. Certains d’entre eux sont alimentés par des sources ("plongs" ou "puits tournants").

Les milieux aquatiques et amphibies présents sont encore variés. On reconnaîtra entre autres :

- les voiles de Lentilles d’eau (dont Lemno trisulcae-Spirodeletum polyrhizae) ;

- les herbiers aquatiques du Myriophyllo verticillati-Nupharetum luteae ;

- les groupements submergés à Cératophylle (Ceratophyllum demersum) ;

- les herbiers nageants de l’Hottonietum palustris ;

- les herbiers nageants à Hydrocharis morsus-ranae ;

- les herbiers des eaux courantes du Glycerio-Sparganion ;

- les roselières tourbeuses du Thelypterido palustris-Phragmitetum ;

- les roselières atterries du Solano dulcamarae-Phragmitetum ;

- les cariçaies rivulaires du Caricetum ripario-acutiformis et du Caricetum paniculatae ;

- les prairies humides eutrophes du Pulicario dysentericae-Juncetum inflexi (Mentho-Juncion) ;

- les fourrés rivulaires de l’Alno-Salicetum cinereae ;

- les aulnaies humides à grandes laîches.

En marge des zones les plus humides, les prairies sont mésophiles et eutrophes (Cynosurion cristati). Des peupleraies, plantées sur d’anciennes prairies, gardent une vocation pastorale mais, la plupart d'entre elles sont envahies par une mégaphorbiaie nitrophile (Galio aparine-Urticetum).

L’un des plus grands étangs d’Heilly a été aménagé récemment par la fédération de pêche de la Somme, pour l’accueil des pêcheurs.

Les pelouses calcicoles de la "Vallée aux Moines" correspondent à des facies d’abandon d’anciens parcours pastoraux. Elles se rangent majoritairement dans les ourlets mésotrophes du Centaureo nemoralis-Origanetum vulgaris. De rares grattis de lapins et quelques écorchures, liées à des chemins ruraux, permettent le développement ponctuel de pelouses rases, proches de l’Avenulo pratensis-Festucetum lemanii. Des prairies pâturées par des bovins et des chevaux possèdent une flore très proche de celle des pelouses calcicoles. Elles appartiennent à la partie oligotrophe du Thymo pulegioidis-Cynosurion cristati.

INTERET DES MILIEUX

Ce tronçon de la vallée de l’Ancre compte parmi les mieux conservés et présente une diversité de milieux palustres remarquables dont plusieurs relèvent de la directive "Habitats" de l'Union Européenne :

- les voiles de Lentilles d’eau du Lemno trisulcae-Spirodeletum polyrhizae ;

- les herbiers aquatiques du Myriophyllo verticillati-Nupharetum luteae, en grande régression et aujourd’hui très localisés en Picardie ;

- les herbiers nageants de l’Hottonietum palustris, cantonnés aux zones ombragées des rives ;

- les herbiers nageants à Hydrocharis morsus-ranae, présents ici dans des fossés au sein des prairies ;

- les roselières tourbeuses du Thelypterido palustris-Phragmitetum, très ponctuelles sur le site.

Les roselières plus atterries et les phalaridaies, même si elles ont une valeur intrinsèque moins importante que les habitats précédents, présentent un grand intérêt pour l’avifaune et l’entomofaune.

Les pelouses-ourlets accueillent une flore et une entomofaune intéressantes dans le contexte de plaine cultivée du Nord-Amiénois. Les coteaux, exploités de façon peu intensive (absence de fertilisants) comme ici, sont rares dans la région.

INTERET DES ESPECES

Parmi les espèces paludicoles les plus remarquables, on notera :

- L’Utriculaire citrine (Utricularia australis), assez rare en Picardie ;

- l’Hottonie des marais (Hottonia palustris), répandue en vallée de la Somme, mais rare ailleurs ;

- la Morrène aquatique (Hydrocharis morsus-ranae), assez rare en Picardie ;

- l’Agrion vert (Erythromma viridulum), peu commun en Picardie ;

- le Râle d’eau (Rallus aquaticus), très localisé dans la région ;

- la Martin-pêcheur (Alcedo atthis), inscrit à la directive "Oiseaux".

Sur les coteaux, se trouvent :

- le Bunium noix-de-terre (Bunium bulbocastanum), présent sur les parties denses des ourlets ;

- la Chlore perfoliée (Blackstonia perfoliata), assez rare en Picardie ;

- le Fluoré (Colias australis), papillon inféodé aux coteaux calcaires, et donc en grande régression.

Cette partie de la vallée de l’Ancre, située près de la confluence, bénéficie probablement de la proximité de la vallée de la Somme (en terme de diversité floristique). De plus, certains secteurs du site ont une structure potentiellement attractive pour l’avifaune (fauvettes paludicoles, Gorgebleue,…)

FACTEURS INFLUENCANT L'EVOLUTION

- Dynamique spontanée des milieux qui conduit à la fermeture des espaces dégagés (boisement des roselières, apparition de mégaphorbiaies dans les prairies, embroussaillement des pelouses,…).

- Accélération des phénomènes de fermeture par l’intervention humaine (plantation de peupliers), ou par la non-intervention (abandon des prairies).

- Envasement et atterrissement des étangs, provoqués en partie par les limons des plateaux entraînés par les pluies.

- Disparition des pratiques d’entretien des marais (récolte des roseaux, coupe des saules, bousinage,…) qui entretenaient des stades pionniers de la végétation, souvent remarquables.

- Accélération des processus d’eutrophisation par apport d’éléments nutritifs (azote, phosphore), d’origines urbaine et agricole.

- Opérations de curage des étangs trop souvent réalisées aux dépens des milieux palustres rivulaires (dépôts des boues de curage sur les berges,…).

- Migrations intempestives de produits phytosanitaires sur les coteaux depuis les cultures voisines, néfastes à la diversité à la fois floristique et faunistique.

Commentaires sur la délimitation

Le site comprend une mosaïque de marais vieillissants, de prairies humides relictuelles et d'étangs situés dans la vallée de l'Ancre ainsi que des pelouses calcicoles situées dans la "Vallée aux Moines". Les secteurs les plus anthropisés et les plus dégradés ont été évités. Les limites de la zone située en vallée sont matérialisées au sud par la ligne SNCF, au nord-ouest par l'Ancre, au nord par le pied du versant et à l'est par le village et des peupleraies. Les pelouses de la vallée sèche constituent un noyau détaché.