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ZNIEFF 220320035
PLAINE MARITIME PICARDE

(n° régional : 80LIT201)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

Occupant un linéaire restreint (environ 70 kilomètres), le littoral picard n’en est pas moins riche et diversifié. Il se compose d’un nombre élevé de milieux, qui se succèdent de la manière suivante, du sud vers le nord.

-Entre Mers-les-Bains et Ault : des falaises de craie, atteignant 80 mètres d’altitude, qui prolongent celles du pays de Caux. Au pied de cette falaise s’étend un estran rocheux où peuvent être observés des algues et des invertébrés marins littoraux, propres aux côtes rocheuses nord-atlantiques ;

- Entre Ault et le Hourdel, se succèdent un cordon de galet actif et une série de cordons fossiles aux extrémités recourbées vers l’intérieur des terres. Ces accumulations de galets correspondent aux pouliers successifs de l’estuaire de type picard qu’est la baie de Somme. La largeur des cordons dépasse localement 500 mètres (notamment au niveau de Brighton). Ces galets proviennent de l’érosion des falaises normandes et picardes, puis du transport des éléments par la mer, du sud-ouest vers le nord-est (du fait de l’oblicité des houles et de la dérive littorale) ;

- La baie de Somme, couvre plus de 7000 hectares de milieux intertidaux et représente le plus grand estuaire du nord de la France, après la baie du « Mont Saint-Michel ». Elle comprend d’immenses bancs de sable, des zones sablo-vaseuses, des vasières et des prés salés (mollières) ;

- Le massif dunaire du Marquenterre constitue le plus vaste massif d’un seul tenant du nord de la France. Il couvre plus de 3000 hectares et il est large de plus de trois kilomètres, dans sa partie sud. Il comprend des cordons dunaires bordiers, une xérosère interne et une hygrosère d’eau douce et d’eau saumâtre (vers la baie d’Authie) ;

- La baie d’Authie, estuaire également de type picard, mais plus petit que la baie de Somme.

A l’intérieur des terres

- Les bas-champs du Marquenterre et de Cayeux-sur-mer ont été gagnés progressivement sur l’espace marin, grâce à l’édification de renclôtures (terres gagnées sur les mollières par endiguement) et à l’évacuation des eaux vers la mer. Ce travail a été facilité par l’évolution naturelle des estuaires vers l’atterrissement. Ces bas-champs, en arrière du trait de côte, se composent de prairies mésophiles à hygrophiles et de cultures. Certains secteurs ont conservé un aspect bocager (dans les environs de Quend, entre Favières et Noyelles-sur-mer, entre Boismont et Saigneville et aux environs de Lanchères). Quelques foraines (cordons de galets fossiles) font l’objet d’exploitation tandis que d’autres, devenues rares, sont conservées en prairies et présentent une végétation de lande acide très originale (pré communal de Larronville) ;

- Les basses vallées de l’Authie, de la Maye et de la Somme sont tapissées d’alluvions et de tourbes. Prairies, marais plus ou moins boisés et plans d’eau se partagent l’espace de ces vallées ;

- Enfin, les marais arrière-littoraux occupent la partie est de la plaine maritime picarde, sur laquelle s’est déposée de la tourbe. Ces marais forment un vaste ensemble, entre Nampont et Noyelles-sur-mer.

Les grands types d’habitats sont les suivants (selon la typologie de GEHU, BOULLET, 96) :

*Végétation des littoraux marins :

- végétation thérophytique halonitrophile des laisses de mer, en bordure des plages, estrans et prés salés des Cakiletea maritimae ;

- végétation vivace pionnière des sables dunaires, meubles ou fixés, de l’Euphorbio paraliae-Ammophiletea australis ;

- végétation vivace, subnitrophile, des bordures maritimes sablo-graveleuses plus ou moins enrichies de matières organiques et des dunes vives de l’Honckenyo peploidis-Leymetea arenarii ;

- végétation de chasmophytes aérohalins, des falaises maritimes méditerranéennes et atlantiques, des Crithmo-Armerietea ;

- végétation thérophytique à Salicornes, pionnière des vases salées des Thero-Salicornietea,

- végétation graminéenne pionnière vivace des vases salées et saumâtres, molles, longuement inondables des Spartinetea maritimae ;

- végétation des prés salés à dominance hémicryptophytique des sites halophiles et saumâtres, généralement soumis au balancement des marées des Asteretea tripolium ;

- prairies salées hémicryptophytiques, des côtes atlantiques européennes soumises au mouvement des marées du Glauco-Puccinellietalia maritimae ;

- prés salés à dominante hémicryptophytique des Juncetea maritimi ;

- végétation phanérogamique enracinée des eaux saumâtres des Ruppietea maritimae ;

- végétation annuelle de petites thérophytes subhalophiles des sols sablo-limoneux ou graveleux, devenant sec l’été des Saginetea maritimae.

* Végétation liée aux eaux douces :

- végétation infra-aquatique des Characées des Charetalia hispidae ;

- végétation des mégaphorbiaies eutrophes des Filipendulo-Convolvuletea ;

- végétation aquatique flottante non enracinée de lentilles des Lemnetea minoris ;

- végétation amphibie vivace des bordures de plans d’eau oligotrophe des Littorelletea uniflorae ;

- végétation des atterrissements rhéophiles et des abords fontinaux des Nasturtio-Glycerietea ;

- végétation des roselières et grandes cariçaies des Phragmiti-Magnocaricetea ;

- végétation aquatique enracinée des Potametea pectinati ;

- végétation des bas-marais des Schzeuchzerio-Caricetea nigrae ;

- vasques tourbeuses inondées à petites utriculaires des Utricularietea intermedio-minoris.

* Végétation des prairies, pelouses et landes :

- végétation vivace des prairies mésophiles, pâturées ou fauchées ;

- végétation vivace des prairies de vallées, plus ou moins longuement inondables des Agrostietea stoloniferae ;

- végétation des landes atlantiques de l’Ulici minoris-Ericion cinereae ;

- végétation des pelouses calcicoles des Festuco-Brometea (Avenulo pratensis-Festucetum lemanii) ;

- végétation vivace des pelouses, sur substrat sablonneux des Koelerio-Coryphoretea ;

- végétation vivace des prairies méso-oligotrophes hygrophiles des Molinio-Juncetea.

* Végétation forestière et préforestière :

- forêts hygrophiles des Alnetea glutinosae ;

- végétation des coupes et clairières forestières des Epilobietea angustifolii ;

- végétation des ourlets préforestiers nitrophiles des Galio-Urticetea ;

- chênaies-charmaies du Carpinion betuli ;

- hêtraies des Fagetalia-sylvaticae.

Cette ZNIEFF de type II contient les ZNIEFF de type I suivantes :

- baie de l’Authie ;

- polders du sud de la baie d’Authie ;

- massif dunaire du Marquenterre entre la baie d’Authie et la baie de Somme ;

- bocage poldérien de Froise ;

- marais arrière-littoraux picards, vallée du Pendé et basse vallée de la Maye ;

- bocage de Favières-Ponthoile ;

- baie de la Somme, parc ornithologique du Marquenterre et Champ Neuf ;

- marais du Crotoy ;

- mare de Quesnel à Favières ;

- prairies et marais de la basse vallée de la Somme entre Port-le-Grand et Noyelles-sur-mer ;

- marais, prairies, bocage et bois entre Cambron et Boismont ;

- marais des vallées de l’Amboise et de l’Avalasse, du Bois des Bruyères ;

- larris et bois de Tofflet à Grand-Laviers ;

- levées de galets, entre Cayeux-sur-mer et la pointe du Hourdel, dunes de Brighton et du Hourdel ;

- prairies humides et mares de l’Enclos Guillaume Obry et des Sables du Hourdel à Cayeux-sur-mer ;

- marais de Poutrincourt et de l’Alleu à Lanchères, milieux bocagers associés ;

- Hâble d’Ault, levées de galets, prairies et marais associés ;

- falaises maritimes et estran entre Ault et Mers-les-Bains, Bois de Rompval.

INTERET DES MILIEUX

La plaine maritime picarde est sans doute l’une des petites régions naturelles de Picardie les plus diversifiées et les plus originales en ce qui concerne le patrimoine naturel. Elle comprend une continuité exceptionnelle de systèmes littoraux nord-atlantiques, unique et exemplaire pour la façade maritime française et ouest-européenne. Les marais arrière-littoraux présentent également un niveau d’intérêt supra européen de par la qualité et l'étendue des milieux, de l’originalité et de l’état actuel des populations animales et végétales.

La diversité des habitats remarquables est impossible à détailler ici. Signalons que plus de soixante-dix groupements végétaux relèvent de la directive "Habitats" de l’Union Européenne.

Les levées de galets constituent une entité rarissime et sans équivalent en France. Les systèmes estuaires comportent des séquences complètes, depuis la basse slikke jusqu’au haut schorre. Les milieux dunaires ont un développement spatial très important et comportent de nombreux habitats remarquables, répartis au sein de la xérosère et de l’hygrosère. Les marais arrière-littoraux présentent une séquence topographique complète d’habitats tourbeux basiques, depuis l’aquatique jusqu’aux stades de boisements alluviaux. Ils accueillent environ 90 % des espèces végétales caractéristiques des tourbières de plaine française.

L’intérêt de cette zone est reconnu par de nombreux inventaires et fait l'objet de mesures de protection : Zone d’Importance Communautaire pour les Oiseaux (deux ZICO sont présents sur la zone : marais arrière-littoraux et estuaires picards), zone humide d’intérêt international inscrite à la convention de Ramsar, Réserve Naturelle, Zone de Protection Spéciale...

INTERET DES ESPECES

Flore remarquable :

Plus de 200 espèces remarquables ont été notées en plaine maritime picarde. Elles se répartissent dans les différents milieux représentés ; certaines se développant dans plusieurs milieux. Nous ne citerons ici que les espèces légalement protégées.

* Les marais tourbeux abritent :

- le Liparis de Loesel (Liparis loeselii*), inscrit à l’annexe II de la directive "Habitats" ;

- la Renoncule langue (Ranunculus lingua*), rare en France ;

- le Ményanthe trèfle-d'eau (Menyanthes trifoliata*), en danger en Picardie ;

- la Pédiculaire des marais (Pedicularis palustris*), qui forme des populations importantes ;

- la Laîche arrondie (Carex diandra*), exceptionnelle en Picardie ;

- la Linaigrette à feuilles étroites (Eriophorum polystachion*), très rare et vulnérable en Picardie ;

- le Comaret des marais (Comarum palustre*), très rare en Picardie ;

- le Peucédan des marais (Peucedanum palustre*), rare en Picardie ;

- le Potamot coloré (Potamogeton coloratus*), typique des gouilles tourbeuses aux eaux alcalines ;

- l’Eleocharide pauciflore (Eleocharis quinqueflora*), espèce pionnière des tourbières basiclines ;

- la Gesse des marais (Lathyrus palustris*), espèce des mégaphorbiaies tourbeuses, exceptionnelle en Picardie ;

- le Mouron délicat (Anagallis tenella*), espèce pionnière rare en Picardie ;

- la Laîche puce (Carex pulicaris*), très peu présente sur le site ;

- la Laîche des bourbiers (Carex limosa*), dont la dernière observation remonte à 1994 ;

- la Berle à larges feuilles (Sium latifolium*), vulnérable en Picardie ;

- la Laîche paradoxale (Carex appropinquata*), rare en Picardie ;

- l’Euphorbe des marais (Euphorbia palustris*), espèce des mégaphorbiaies, exceptionnelle en Picardie ;

- la Dryoptéride à crêtes (Dryopteris cristata*), espèce liée aux tourbières boisées ;

- le Saule à feuilles étroites (Salix repens subsp. angustifolia*), exceptionnel en Picardie.

* Les milieux aquatiques et amphibies permettent la présence de :

- la Littorelle des étangs (Littorella uniflora*), espèce amphibie protégée en France ;

- le Myriophylle à fleurs alternes (Myriophyllum alterniflorum*), qui n’est plus connu, pour toute la Picardie, que de la plaine maritime picarde ;

- le Rubanier nain (Sparganium natans*), rare en Picardie ;

- l'Utriculaire commune (Utricularia vulgaris*), espèce exceptionnelle et en danger en Picardie ;

- l’Utriculaire naine (Utricularia minor*), exceptionnelle en Picardie ;

- le Scirpe flottant (Scirpus fluitans*), espèce acidocline en danger en Picardie ;

- l’Eléocharide épingle (Eleocharis acicularis*), très rare en Picardie.

* Dans les prairies humides, se développent :

- l'Ache rampante (Apium repens*), inscrite à l'annexe II de la directive "Habitats" ;

- la Stellaire des marais (Stellaria palustris*), rare et vulnérable en Picardie ;

- le Dactylorhize négligé (Dactylorhiza praetermissa*), typique des prairies humides non amendées ;

- le Dactylorhize incarnat (Dactylorhiza incarnata*), rare et vulnérable en Picardie ;

- la Véronique à écussons (Veronica scutellata*), rare en Picardie ;

- l’Ophioglosse commune (Ophioglossum vulgatum*), fougère prairiale particulièrement menacée ;

- La Nivéole d’été (Leucojum aestivum*), exceptionnelle en Picardie. Elle se développe sur les berges boueuses de la Somme canalisée. Le caractère indigène de la station n’est pas certain.

* Les milieux dunaires accueillent :

- le Potamot graminée (Potamogeton gramineus*), espèce aquatique relativement abondante dans certaines pannes ;

- la Parnassie des marais (Parnassia palustris*), espèce inféodée aux pannes dunaires mais aussi aux substrats tourbeux et aux pelouses marneuses ;

- la Laîche trinervée (Carex trinervis*), espèce des pannes dunaires, très rare en Picardie ;

- la Germandrée des marais (Teucrium scordium*), espèce rare en Picardie ;

- le Gnaphale jaunâtre (Gnaphalium luteoalbum*), espèce très rare en Picardie, qui se développe sur des sables humides ;

- l’Erythrée littorale (Centaurium littorale*), espèce exceptionnelle en Picardie et très rare en France, sur sols sableux frais ;

- la Pyrole à feuilles rondes (Pyrola rontundifolia var. arenaria*), espèce atlantique qui s’observe entre l’hygrosère et la xérosère ;

- la Violette de Curtis (Viola curtisii*), espèce strictement inféodée aux dunes littorales du nord de la France, au niveau des dunes blanches ;

- la Violette des chiens (Viola canina var. dunensis*), exceptionnelle et en danger en Picardie ;

- la Leyme des sables (Leymus arenarius*), espèce nordique inféodée aux dunes mobiles.

* Au niveau des levées de galets s’observent :

- le Crambe maritime (Crambe maritima*), espèce en danger en Picardie, qui forme ici les populations les plus importantes pour toute la France ;

- l’Arroche de Babington (Atriplex glabriuscula*), espèce halophile exceptionnelle en Picardie.

* L’Obione pédonculée (Halimione pedunculata*), espèce protégée et en danger au niveau national, croît dans les prés salés de la baie d’Authie (elle a disparu de la baie de Somme). Cette espèce nordique ne s’observe, sur toute la France, que sur quatre stations. En baie d’Authie, elle semble avoir le comportement d’une plante à éclipses (disparition pendant plusieurs années puis réapparition).

* Les lambeaux de landes acides hébergent le Gaillet des rochers (Galium saxatile*), présent au niveau du pré communal de Larronville.

* Dans les milieux boisés et pelousaires se développent :

- la Céphalanthère à grandes fleurs (Cephalanthera longifolia*), espèce thermophile très rare en Picardie ;

- le Géranium des forêts (Geranium sylvaticum*), espèce montagnarde qui subsiste vers le « Bois de Cise ».

Certaines espèces, observées dans le passé, ont aujourd’hui très probablement disparu. Il s’agit de Drosera rotundifolia*, Carex lasiocarpa*, Eriophorum latifolium*, Eriophorum gracile*, Genista anglica*, Ranunculus hederaceus*, Spiranthes aestivalis, Vaccinium oxycoccos*, Viola canina*, Potamogeton polygonifolius*, Orchis palustris*, la Gesse maritime (Lathyrus japonicus subsp. maritimus*) et le Botryche lunaire (Botrychium lunaria*).

Signalons également la présence de bryophytes remarquables : Calliergon giganteum, espèce des tourbières basses et Scorpidium scorpioïdes, espèce en régression, typique des bas-marais alcalins.

Avifaune remarquable :

* Avifaune nicheuse

- De nombreux anatidés se reproduisent, parmi lesquels le Canard souchet (Anas clypeata), rare en Picardie mais bien représenté en plaine maritime picarde ; la Sarcelle d’été (Anas querquedula), en danger en France et également bien représenté en plaine maritime ; la Sarcelle d’hiver (Anas crecca), espèce très rare en Picardie ; le Canard chipeau (Anas strepera), également très rare et qui niche avec de faibles effectifs, le Canard pilet (Anas acuta), espèce en danger en France et occasionnelle en plaine maritime ; le Fuligule milouin (Aythya ferina), très rare en Picardie ; le Fuligule morillon (Aythya fuligula), peu abondant sur la côte picarde, le Tadorne de Belon (Tadorna tadorna), qui niche dans les milieux dunaires, et le Cygne tuberculé (Cygnus olor), relativement abondant en plaine maritime.

- Les limicoles nicheurs sont également bien représentés avec le Vanneau huppé (Vanellus vanellus), pour lequel la plaine maritime constitue le bastion de nidification pour la région (les 4/5ème de la population nicheuse picarde se trouvent en plaine maritime) ; l’Huîtrier-pie (Haematopus ostralegus), qui ne niche pour toute la région que sur le littoral (les effectifs sont cependant faibles) ; la Barge à queue noire (Limosa limosa), nicheur régulier en basse vallée de la Somme, mais avec des effectifs très faibles ; l’Avocette élégante (Recurvirostra avosetta), espèce exceptionnelle en Picardie, qui utilise différents sites de la plaine maritime (parc ornithologique du Marquenterre, basse vallée de la Somme, baie d’Authie, Hâble d’Ault) ; l’Échasse blanche (Himantopus himantopus), nicheuse irrégulière ; le Grand Gravelot (Charadrius hiaticula), qui ne se reproduit, pour toute la Picardie, que sur les levées de galets des bas-champs de Cayeux ; le Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus), en danger en Picardie ; le Petit Gravelot (Charadrius dubius), assez rare en Picardie ; le Courlis cendré (Numenius arquata), nicheur occasionnel et le Chevalier gambette (Tringa totanus), également occasionnel.

- Pour les passereaux paludicoles, signalons la Panure à moustaches (Panurus biarmicus), exceptionnelle en Picardie ; la Rousserolle turdoïde (Acrocephalus arundinaceus), en régression en Picardie et irrégulière en plaine maritime ; la Gorgebleue à miroir blanc (Luscinia svecica), inscrite à l’annexe I de la directive "Oiseaux" de l’Union Européenne ; la Bouscarle de Cetti (Cettia cetti), assez rare en Picardie, et la Locustelle luscinioïde (Locustella luscinioides), assez rare en Picardie.

Les passereaux prairiaux sont notamment représentés par le Tarier des prés (Saxicola rubetra), particulièrement rare dans le département de la Somme ; La Pie-grièche grise (Lanius excubitor), est en très forte régression, à moins qu’elle n’ait déjà complètement disparu. Enfin, dans les milieux bocagers, il est possible d’entendre le Rougequeue à front blanc (Phoenicurus phoenicurus), assez rare en Picardie, et l’Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina), vulnérable en Picardie.

Les bas-champs de Cayeux (levées de galets, « Hâble d'Ault ») constituent le dernier site de nidification du Traquet motteux (Oenanthe oenanthe) pour toute la Picardie. Cette espèce semble avoir disparu des dunes à la suite de la régression des milieux ouverts.

- Des rallidés particulièrement remarquables nichent, ou ont déjà niché, en plaine maritime : la Marouette ponctuée (Porzana porzana), relativement régulière et favorisée par les années humides ; la Marouette poussin (Porzana parva) et la Marouette de Baillon (Porzana pusilla), toutes deux exceptionnelles en France et très rarement notées sur la zone.

- La héronnière du parc ornithologique du Marquenterre permet la nidification :

. du Héron cendré (Ardea cinerea), qui constitue ici une des principales colonies pour le département de la Somme, et de l’Aigrette garzette (Egretta garzetta), qui forme ici une des rares colonies situées au nord de la Loire ;

. du Héron gardebœufs (Bubulcus ibis), qui trouve son seul site de reproduction pour tout le nord de la France.

Une autre héronnière se trouve à Boismont. Elle accueille le Héron cendré et l’Aigrette garzette. Comme autres ardéidés d’intérêt patrimonial; citons le Butor étoilé (Botaurus stellaris), en voie de disparition en Picardie ; le Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax), espèce discrète, exceptionnelle en Picardie et qui a déjà niché sur la zone, et le Blongios nain (Ixobrychus minutus), en danger en Picardie et irrégulier en plaine maritime.

- Pour les rapaces, citons le Busard de roseaux (Circus aeruginosus), inscrit à l’annexe I de la directive "Oiseaux" ; le Hibou des marais (Asio flammeus), espèce discrète et occasionnelle et le Faucon hobereau (Falco subbuteo), assez rare en Picardie.

Les derniers paysages bocagers accueillent encore plusieurs dizaines de couples de Chevêche d’Athéna (Athene noctua), vulnérable et en nette régression en Picardie.

- Hôte des milieux dunaires, l’Engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus) est une espèce nocturne rare en Picardie.

- Les falaises maritimes permettent la nidification du Fulmar boréal (Fulmarus glacialis), qui s’est installé en Picardie à la fin des années soixante-dix.

* Avifaune hivernante

Les principaux sites d’hivernage sur le littoral picard sont la baie de Somme, la baie d’Authie et le « Hâble d’Ault ».

La baie de Somme est reconnue comme d’importance internationale pour l’hivernage du Tadorne de Belon. La présence actuelle de 10 000 à 14 700 individus, en hiver, place ce site au premier rang national. En baie d’Authie, il est également bien présent, avec des effectifs compris entre 1200 et 2000 individus. Le Canard pilet (Anas acuta) hiverne également en grand nombre, en baie de Somme et dans le parc ornithologique du Marquenterre. Le seuil de 700 individus, classant le site comme ayant une importance internationale, est régulièrement dépassé.

L’Huîtrier-pie atteint également, certains hivers, le seuil d’importance internationale (7500 individus) en baie de Somme, alors qu’il hiverne avec des effectifs de l’ordre de 2000 individus en baie d’Authie.

De nombreuses autres espèces présentent des effectifs conséquents en hivernage : le Bécasseau variable (Calidris alpina), avec plus de 6000 individus en baie de Somme, contre environ 1000 à 2000 en baie d’Authie et le Courlis cendré (Numenius arquata), avec parfois plus de 2000 individus en baie de Somme ...

Signalons l’hivernage du Grand Gravelot (Charadrius hiaticula) en baie de Somme, avec plusieurs dizaines d’individus.

Les deux estuaires, le « Hâble d’Ault » et les levées de galets, au nord de Cayeux-sur-mer, sont des lieux d’hivernage pour quatre passereaux nordiques remarquables :

- la Linotte à bec jaune (Carduelis flavirostris), hivernante régulière et abondante, notamment en baie d’Authie ;

- l’Alouette hausse-col (Eremophila alpestris), régulière sur les levées de galets ;

- le Bruant des neiges (Plectrophenax nivalis), régulier et abondant au « Hâble d’Ault » ;

- le Bruant lapon (Calcarius lapponicus), occasionnel.

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Trois espèces de grèbes remarquables peuvent être notées sur divers plans d’eau du « Hâble d’Ault » : le Grèbe esclavon (Podiceps auritus), le Grèbe jougris (Podiceps grisegena) et le Grèbe à cou noir (Podiceps nigricollis). Le Plongeon arctique (Gavia arctica) et le Plongeon catmarin (Gavia stellata) sont réguliers, bien que peu abondants. D’importants effectifs d’Eider à duvet (Somateria mollissima) peuvent être notés (maximum de 2200 lors d’un hiver froid). Le Hibou des marais (Asio flammeus), hivernant rare en Picardie, apprécie le « Hâble d’Ault » et la Réserve de baie de Somme. La Buse pattue (Buteo lagopus) est un hivernant régulier de la côte picarde.

* Avifaune migratrice

Situé dans la grande voie de migration du littoral de l’Europe de l’Ouest, le littoral picard voit passer des flux importants d’oiseaux en migration active. En 1989, à l’occasion d’un suivi de la migration post nuptiale, environ 790 000 individus ont été comptabilisés, entre le 24 juillet et le 19 novembre. Les quatre espèces les plus abondantes étaient le Pinson des arbres (plus de 500 000 individus), l’Etourneau sansonnet, la Grive mauvis et le Pinson du Nord. Les rapaces sont également observés en grand nombre.

De nombreux oiseaux d’eau profitent de la qualité des milieux et des nombreux plans d’eau pour réaliser des escales plus ou moins prolongées au cours des migrations. Ainsi, des effectifs importants d’anatidés (canards souchets, sarcelles d’été, sarcelles d’hiver, canards pilets, fuligules milouins, fuligules morillons, oies cendrés,...), de limicoles (barges à queue noire, barges rousses, bécassines des marais, vanneaux huppés, combattants variés, courlis cendrés, courlis corlieux, chevaliers gambettes, chevaliers aboyeurs, bécasseaux maubèches, bécasseaux sanderling, grands gravelots,...), de laridés (mouettes pygmées en baie d’Authie) peuvent être observés en basse vallée de la Somme, au « Hâble d’Ault », baie de Somme et baie d’Authie.

Batrachofaune remarquable :

- le Triton crêté (Triturus cristatus), espèce inscrite à l’annexe II de la directive "Habitats" ;

- le Triton alpestre (Triturus alpestris), espèce peu commune en Picardie et vulnérable en France ;

- le Triton ponctué (Triturus vulgaris), assez rare en Picardie ;

- le Pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus), très rare en Picardie ;

- la Rainette verte (Hyla arborea), vulnérable en France ;

- le Crapaud calamite (Bufo calamita), très rare en Picardie ;

- l’Alyte accoucheur (Alytes obstetricans), assez rare en Picardie.

Mammalofaune remarquable :

La baie de Somme abrite la plus importante colonie de reproduction de Phoques veaux-marins (Phoca vitulina), avec plus de cinquante individus. Cette espèce s’observe également en baie d’Authie. Le Phoque gris (Halichoerus grypus) fréquente l’estuaire de la Somme de manière relativement régulière, mais en petit nombre. Le Marsouin (Phocoena phocoena) a déjà été observé. Le Dauphin commun (Delphinus delphis), le Dauphin bleu et blanc (Stenella caeruleoalba) et le Globicéphale noir (Globicephala melaena) se sont déjà échoués sur la côte picarde.

Pour les micromammifères, citons la Musaraigne aquatique (Neomys fodiens), assez rare en Picardie.

Représentant des chiroptères, l’Oreillard méridional (Plecotus austriacus) est rare en Picardie.

Entomofaune remarquable :

Concernant l’odonatofaune, signalons la présence de la Leuccorrhine rubiconde (Leucorrhinia rubiconda), exceptionnelle en France ; l'Agrion nain (Ischnura pumilio), exceptionnel en Picardie ; le Leste brun (Sympecma fusca), très rare en Picardie ; le Leste sauvage (Lestes barbarus), exceptionnel en Picardie ; l’Aeschne affine (Aeshna affinis), très rare en Picardie ; le Leste fiancé (Lestes sponsa), également très rare ; l’Anax napolitain (Anax parthenope), qui n’a été observé récemment que sur le « Hâble d’Ault » pour toute la Picardie ; le Sympétrum de Fonscolombe (Sympetrum fonscolombii), exceptionnel en Picardie, et l’Agrion scitulum (Coenagrion scitulum), rare en Picardie, mais bien représenté en plaine maritime picarde.

Pour les papillons diurnes remarquables, citons l’Agreste (Hipparchia semele), qui devient très rare en Picardie. Les papillons nocturnes ont été observées en abondance dans les milieux dunaires et quelques-uns d'entre eux sont rares et/ou caractéristiques de ces milieux. Citons : le Sphinx de l’Euphorbe (Hyles euphorbiae), le Tréma blanc (Sideritis albicolon), la Noctuelle des roselières (Arenostola phragmitidis), la Leucanie du roseau (Senta flammea), l’Etrangère (Polia bombycina), l’Agrotis de la rive (Agrotis ripae) et la Cidarie enfumée (Lampropteryx suffumata).

Pour les orthoptères, citons le Criquet marginé (Chorthippus albomarginatus) ; le Conocéphale des roseaux (Conocephalus dorsalis), espèce des prairies humides ; le TÈtrix des vasières (Tetrix ceperoi), actuellement très peu connu en Picardie ; l'Oedipode turquoise (Oedipoda caerulescens), qui ne se rencontre plus que dans quelques zones sablonneuses de la région ; le Gomphocère tacheté (Myrmeleotettix maculatus), inféodé aux sables nus, et la Decticelle chagrinée (Platycleis albopunctata).

FACTEURS INFLUENCANT L’EVOLUTION DE LA ZONE

* Au niveau du trait de côte :

- Les falaises maritimes subissent une érosion importante qui les fait reculer de quelques décimètres par an.

- Le cordon naturel de galets est fragilisé par différents phénomènes :

. d’une part, d’importants ouvrages portuaires en Normandie (jetées de Dieppe et du Tréport notamment) bloquent la remontée naturelle des galets vers le nord ;

. d’autre part, les extractions massives de galets, qui sont pratiquées sur les littoraux normand et picard, ont réduit de manière significative le volume de galets susceptible de participer à la consolidation naturelle de notre littoral. Ainsi, l’équilibre sédimentaire local dépend de la dynamique sédimentaire affectant le littoral à une échelle inter régionale. De manière générale, il convient d’éviter les remaniements artificiels de galets, afin de ne pas détruire la configuration géomorphologique originale du site et d’éviter ainsi la destruction de la flore.

- Le massif dunaire du Marquenterre s’est fortement boisé depuis les années soixante, consécutivement à l’évolution spontanée de la végétation, aux plantations de pins et d’oyats ainsi qu'à la myxomatose qui a fait chuter les effectifs de lapins, lesquels permettaient le maintien de pelouses dunaires ouvertes. Aujourd’hui, afin d’augmenter la part relative de milieux ouverts remarquables, certaines pannes dunaires sont rajeunies (débroussaillage, étrépage) et certains secteurs de dunes sèches sont rouverts.

- Les estuaires se comblent naturellement, ce qui menace à terme le maintien de leur productivité biologique élevée. Les aménagements lourds, susceptibles d’accélérer ces processus d’ensablement, sont à éviter.

- La pression de chasse est particulièrement importante dans certains secteurs (estuaires, « Hâble d’Ault »), ce qui limite sensiblement les potentialités d’accueil des oiseaux d’eau.

- Plusieurs sites font l’objet d’une surfréquentation estivale, peu compatible avec le maintien de certains milieux (dunes bordières) et avec la nidification de certains oiseaux sensibles aux dérangements.

* En arrière du trait de côte :

- Cette zone bénéficie d’une qualité à la fois biologique et paysagère indéniable, fortement liée aux activités humaines qui se sont développées dans cette zone (élevage, entretien des milieux pour les activités cynégétiques,...). Actuellement, une opération locale agriculture-environnement vise à permettre le maintien de la prairie naturelle humide exploitée de manière extensive, grâce à l’attribution de primes aux agriculteurs qui auraient choisi de mettre en œuvre des pratiques plus respectueuses de l’environnement.

- Plusieurs zones, au sein des bas-champs du Marquenterre et des bas-champs de Cayeux-sur-mer, ont vu le retournement des prairies se réaliser en faveur de cultures, processus préjudiciable au maintien du patrimoine naturel.

- Un grand nombre de fossés et de canaux à caractère drainant entraînent l’assèchement de certaines prairies et marais. Les espèces hygrophiles en subissent les conséquences.

- Le bocage est globalement en voie de vieillissement. Cependant, il conviendrait, dès à présent, de planter de nouveaux arbres dans les espaces libres de certaines haies, voire de planter de nouvelles haies avec des essences locales, afin de renouveler progressivement le bocage. En effet, en l’absence de telles actions, le patrimoine tant naturel que paysager de ce bocage pourrait disparaître, à moyen terme, avec la mort des vieux arbres.

- Les plantations de peupliers, réalisées dans les vallées et dans les marais, entraînent un assèchement des milieux et une banalisation de la flore.

- Certaines prairies mériteraient d’être extensifiées, alors que d’autres sont laissées à l’abandon et évoluent vers des mégaphorbiaies de moindre intérêt écologique.

N.B. : les espèces végétales dont le nom latin est suivi d’un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

La zone correspond à la plaine maritime picarde dont les limites sont les suivantes :

- au nord, il s'agit de la frontière avec la région Nord/ Pas-de-Calais,

- à l'est, la limite est constituée par la falaise morte qui sépare la plaine maritime des plateaux du Ponthieu et du Vimeu. En basse vallée de la Somme, la ville d'Abbeville a été choisie comme limite (secteur artificialisé). La vallée de la Somme en amont d'Abbeville est également en ZNIEFF de type I,

- au sud, la limite est administrative (région Normandie),

- à l'ouest, la limite a été choisie en prenant la courbe isobathe d'altitude "0".

Les basses vallées des fleuves picards que sont l'Authie, la Maye et la Somme font partie de la zone. Les vallées de l'Amboise, de l'Avalasse et la basse vallée de la Trie ont également été prises en compte.

La plaine maritime picarde constitue une entité paysagère et écologique exceptionnelle, de niveau d'intérêt européen. En complément du réseau déjà dense des ZNIEFF de type I contenues dans la zone, la zone de type II est issue d'une approche globale sur un territoire possédant une forte cohérence écologique et des liens de fonctionnalité importants.