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ZNIEFF 230014807
LES COMMUNAUX À SAINT-DIDIER-DES-BOIS

(n° régional : 85260003)

Commentaires généraux

La ZNIEFF comporte deux ensembles d'un intérêt inégal et un petite zone excentrée plus au Nord.

La petite zone excentrée au Nord correspond à une lisière forestière, avec de petits arbustes formant des fourrés plus ou moins denses et une banquette herbeuse mésophile le long d'un sentier. Dans cette dernière, deux pieds de Peucédan à feuilles de carvi (Peucedanum carvifoliium = Holandrea carvifolia) ont été observés. C'est une espèce à répartition orientale, déterminante ZNIEFF car exceptionnelle en Haute Normandie.

La partie en contrebas de la route correspond à une pelouse calcicole enfrichée dominée par le Brachypode. C'est un milieu encore facilement restaurable par une gestion adaptée, où l'on trouve encore quelques plantes de la pelouse calcicole comme la Centaurée scabieuse (Centaurea scabiosa) ou l'Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis).

L'ancienne carrière (située au dessus de la D 60) et ses abords constituent le noyau principal de cette ZNIEFF. En effet, il rassemble un nombre exceptionnel d'espèces remarquables sur une très petite surface. Il comprend deux parties : la carrière elle même et ses abords immédiats, et le secteur herbeux sur la pente en bordure de route.

Le fond de la carrière est plat. On y trouve une végétation herbeuse qui correspond à une pelouse calcicole mésophile (mésobromion). Cette pelouse tend à s'enfricher. En effet, elle est colonisée par un grand nombre d'arbustes et par les ronces. Toutefois, l'espace est géré par une association locale (association culture et loisirs de Saint-Pierre-les-Elbeuf), qui supprime régulièrement les ligneux. Ceci permet de maintenir les plantes de pelouses et favorise les plantes de l'ourlet calcicole.

Sur les bords de la carrière, on trouve des affleurements de calcaire très abrupts (un inventaire de la paléofaune a été réalisé) mais de faible hauteur, et très envahis par les ronces et arbustes. Au Nord, il ne faut manquer d'observer un talus caillouteux. Celui-ci de très faible surface est colonisé par une végétation pionnière, discontinue, très originale et caractéristique des éboulis calcaires.

En bordure de route, un grand talus de pente très irrégulière montre une végétation assez analogue à celle du fond de la carrière : pelouse calcicole mésophile très marqué par les plantes de l'ourlet calcicole.

Parmi les très nombreuses plantes remarquables présentes dans l'ancienne carrière et ses abords, on retiendra l'abondance des orchidées (15 espèces !) dont plusieurs sont déterminantes ZNIEFF et sont des raretés régionales. On peut citer en premier lieu des plantes protégées et déterminantes ZNIEFF en Haute Normandie : l'Épipactis brun rouge (Epipactis atrorubens) avec seulement quelques pieds revus au niveau du talus caillouteux dans la carrière, l'Orchis singe (Orchis simia) avec une quinzaine de pieds partagés entre la carrière et le coteau en bord de route, et l'Ophrys frelon (Ophrys fuciflora) également appelé Ophrys bourdon avec deux pieds seulement coté route. On peut également citer le Dactylorhize de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii) et la Gymnadénie moucheron (Gymnadenia conopsea) dans le fond de la carrière et sur le talus en bord de route, l'Ophrys mouche (Ophrys insectifera) et l'Ophrys abeille (Ophrys apifera) revus dans la carrière. Deux espèces assez rares déterminantes ZNIEFF, l'Orchis militaire (Orchis militaris), et le Céphalanthère à grandes fleurs (Cephalanthera damasonium) n'ont pas été revues en 2007. Par contre, un taxon non cité, très rare et déterminant ZNIEFF a été observé : l'Orchis à jambes étroites (Orchis × angusticruris = Orchis purpurea × Orchis simia) avec un seul pied très vigoureux dans la carrière.

On retrouve plusieurs espèces d'orchidées dans les sous-bois voisins. C'est probablement là qu'a été observée la Néottie nid-d'oiseau (Neottia nidus-avis), plante assez rare non revue lors de nos prospections.

La Violette de Rouen (Viola hispida), une espèce endémique de Haute-Normandie où elle est très rare, constitue l'un des taxons les plus remarquables de la zone d'étude. C'est une espèce protégée sur l'ensemble du territoire national et de la Directive Habitats. La bibliographie signale qu'il s'agit d'une introduction volontaire déjà ancienne. On ne peut que constater son maintien avec une belle population d'environ 80 pieds sur le petit talus caillouteux de la carrière. C'est en effet une espèce d'éboulis calcaires qu'on retrouve ici avec d'autres plantes remarquables déterminantes ZNIEFF : la Linaire couchée (Linaria supina) assez rare et le Polygala du calcaire (Polygala calcarea) relativement abondants, la Phalangère rameuse (Anthericum ramosum) également assez rare, avec seulement quelques pieds très localisés ce qui laisse penser à une introduction. En effet, la bibliographie ne signale pas cette espèce, mais indique l'introduction d'Anthericum liliago (disparu de Haute Normandie) que nous n'avons pas observé sur le site.

Une autre espèce très remarquable, le Gaillet de Fleurot (Galium fleurotii) n'a pas été revue. C'est une espèce rare des éboulis calcaires qui a une répartition très limitée en France. Elle est déterminante ZNIEFF.

Sur le talus caillouteux, on peut noter également – en plus des orchidées citées - la présence de deux Germandrées peu communes : la Germandrée petit-chêne (Teucrium chamaedrys) et la Germandrée des montagnes (Teucrium montanum). Cette dernière peu abondante est déterminante ZNIEFF. Malgré l'enfrichement, on la retrouve très ponctuellement sur le front de taille ouest avec une autre déterminante ZNIEFF peu commune, la Séséli libanotide (Seseli libanotis) qui est ici relativement abondante.

On ne peut assurer du maintien du Tabouret des montagnes (Thlaspi montanum), plante protégée exceptionnelle et déterminante ZNIEFF en Haute-Normandie. Toutefois, celui-ci est probable, car un pied - fleuri mais sans fruits encore formés - d'une plante inconnue du prospecteur et pouvant correspondre à ce taxon, a été observé. Il n'a malheureusement pas été retrouvé lors de la deuxième visite

Dans le fond de la carrière, on remarquera en plus des orchidées (Orchis simia etc.), deux plantes intéressantes déterminantes ZNIEFF, la première caractéristique des ourlets calcicoles, la deuxième de la pelouse calcicole : le rare Trèfle intermédiaire (Trifolium medium) qui forme ici une très large tâche, et l'Orobanche sanglante (Orobanche gracilis) très abondante ici en compagnie de deux autres espèces qui n'ont pu être déterminées.

La pelouse et l'ourlet du talus en bord de route abrite d'autres plantes remarquables. En plus de plantes déjà citées (Orchis simia, Ophrys fuciflora etc.) et d'espèces peu communes comme le Dompte-venin officinal (Vincetoxicum hirundinaria) ou le Cornouiller mâle (Cornus mas), il faut également mentionner trois déterminantes ZNIEFF : la Mélitte à feuilles de mélisse (Melittis melissophyllum), la Garance voyageuse (Rubia peregrina) et la Gesse des montagnes (Lathyrus linifolius var. montanus). Certaines raretés dont les trois premières sont déterminantes ZNIEFF et très localisées avec seulement deux ou trois pieds : le Géranium sanguin (Geranium sanguineum), l'Aconit napel (Aconitum napellus) – peut être subspecies napellus var. giganteum – la Pulsatille commune (Pulsatilla vulgaris) et le Centranthe rouge (Centranthus ruber). Elles sont très probablement introduites tout comme l'Ancolie commune (Aquilegia vulgaris) qui semble être ici un cultivar (des fleurs rouges !).

Pour compléter sur l'intérêt floristique de la carrière et ses abords, il faut souligner que plusieurs autres espèces remarquables ont été citées dans la bibliographie. Il est probable que certaines sont toujours présentes car le milieu est favorable et/ou sont présentes dans les environs. C'est le cas par exemple de raretés parfois discrètes et déterminantes ZNIEFF comme la Brunelle laciniée (Prunella laciniata) et le Céraiste nain (Cerastium pumilum). C'est aussi probable pour le Calystégie des forêts (Calystegia silvatica) ou le Monotrope sucepin (Monotropa hypopitys), rare et déterminant ZNIEFF. Ces dernières sont des plantes des fourrés ou du sous bois qui n'ont pas été prospectés intégralement et où nous avons toutefois noté une nouvelle déterminante ZNIEFF peu commune, l'Épiaire des Alpes (Stachys alpina) avec seulement deux pieds. D'autres plantes comme le Pastel des teinturiers (Isatis tinctoria) ont probablement disparu car il est difficile de ne pas les voir lors des prospections. A noter que plusieurs plantes sont très certainement citées par erreur, car elles sont complètement hors de leur aire de répartition ou inféodées à des milieux très différents. Par exemple Chenopodium rubrum, Galium sylvaticum ou Teucrium scordium ! Nous avons donc retiré ces espèces des listes ci dessous. Il semble également qu'il y ait quelques confusions (cf. l'exemple ci-dessus avec Anthericum ramosum).

Malgré l'introduction certaine ou probable de certains taxons, et le fait que quelques plantes remarquables n'aient pas été revues en 2007, cette ZNIEFF demeure un milieu fort exceptionnel pour la flore. Ce milieu ne peut conserver son intérêt à terme que s'il continue à être géré régulièrement pour éviter l'envahissement par les ligneux (et par la Renouée du Japon présente à proximité).

Pour la faune, plusieurs espèces remarquables ont été identifiées à la fin des années 80 et au début des années 1990. La plupart sont liées aux secteurs les moins ombragés, essentiellement la pelouse de l'ancienne carrière.

Il s'agit des espèces suivantes :

- Le Sphinx gazé. Ce papillon fréquente les prairies et les pelouses fleuries, souvent en lisière de bois. L'espèce est, dans la région, assez rare, menacée et déterminante ZNIEFF.

- La Decticelle carroyée, localisée sur la pelouse de la carrière. Cette sauterelle affectionne les endroits chauds, secs et arides à végétation clairsemée. Ses affinités typiquement méridionales limitent sa présence dans le Nord de la France à des populations dispersées. Elle est assez rare et déterminante ZNIEFF dans la région.

- Le Lézard des souches. Ce reptile vit notamment dans les secteurs de pelouses, de landes et de lisières ensoleillées. Ces habitats disparaissant en de nombreux endroits par boisement naturel ou anthropique, les populations régressent en Haute-Normandie où elles sont surtout localisées dans la moitié est de la région. L'espèce est assez rare et déterminante ZNIEFF.

D'autres espèces d'insectes, de reptiles, mais aussi d'oiseaux ont été observées. Sans être particulièrement remarquable, leur présence révèle une diversité intéressante des habitats.

D'une manière générale, les espèces animales les plus rares, présentes sur le site, sont liées aux milieux ouverts exempts d'une gestion agricole ou sylvicole intensive. Ceci étant, elle ne se maintiendront que si les espaces occupés restent suffisamment ouverts.

Commentaires sur la délimitation

La limite de la ZNIEFF englobe une ancienne carrière et ses abords immédiats en particulier les pentes non boisées sur les abords de la route. Elle est plus ou moins étendue pour englober les espèces remarquables présentes à proximité. Elle inclut également une pelouse à Brachypode penné en contrebas de la route (D 60). Un petit noyau excentré au nord permet de prendre en compte une station d'une plante exceptionnelle pour la région.