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ZNIEFF 310007018
Cap Blanc Nez, Mont d’Hubert, Mont Vasseur et Fond de la Forge

(n° régional : 00000071)

Commentaires généraux

Ce site d’intérêt européen est particulièrement emblématique pour le littoral du Nord de la France. Le Cap Blanc Nez, promontoire crayeux marquant la fin de la branche nord des collines de l’Artois, représente en effet la seule falaise crétacique littorale de la région Nord-Pas de Calais, culminant à plus de 150 mètres aux Noires Mottes où les craies sont coiffées de placages de sables et de grès du Tertiaire.

Cette ZNIEFF est concernée par les sites de l'inventaire régional du patrimoine géologique suivants :

- site n°NPC0004 intitulé « Limite Coniacien/Santonien dans les carrières du Fond de la Forge » de rareté régionale pour sa stratigraphie ;

- site n°NPC0005 intitulé « Formations crétacées dans les falaises du Cap Blanc-Nez » de rareté internationale pour sa stratigraphie ;

- site n°NPC0054 intitulé « Falaise fossile pléistocène de Sangatte : témoin de l'évolution du littoral du Pas-de-Calais » de rareté nationale pour sa géomorphologie.

Sur l'estran, deux communautés macrobenthiques intertidales de substrats meubles sont présentes :

- la communauté des sables intertidaux fins à moyens à amphipodes et Scolelepis spp. (A2.223) présente sur toutes les plages de la région, excepté dans les zones portuaires, depuis les hauts niveaux jusqu’aux bas niveaux à la limite des basses mers de mortes eaux.

Au total 60 espèces ont été recensées dans cet habitat de 1998 à 2012. Il est caractérisé par les amphipodes du genre Bathyporeia, les isopodes Eurydice spp et le polychète Scolelepis squamata (Rolet et al., 2014).

- la communauté des sables fins intertidaux à polychètes et amphipodes (A2.23) également présente sur toutes les plages de la région. L'habitat est caractéristique des bas niveaux de l’estran et s’étend vers la zone subtidale. Au total 80 espèces ont été recensées dans cet habitat de 1998 à 2012. Les polychètes Nephtys cirrosa et Spio martinensis principalement et le mollusque bivalve Donax vittatus sont typiques de cet habitat (Rolet et al., 2014).

Le niveau supérieur de l'estran présente un platier rocheux qui s'étend sur environ 28ha, occupé par quelques espèces de macroalgues déterminantes dont les algues brunes Fucus spiralis et Fucus vesiculosus var. linearis. Il n'existe pas à ce jour de cartographie des communautés de macroalgues de la région, l'identification des espèces de macroalgues sur la zone est donc issue des sources bibliographiques.

La partie sud-ouest de la ZNIEFF est contiguë, au large, à la ZNIEFF mer 501 Les Gardes.

D’un intérêt géomorphologique et géologique exceptionnel (existence d’une plage suspendue témoin de l’ancien rivage ayant précédé l’ouverture du détroit,…), ce site est également unique sur le plan des habitats. Il abrite en effet un des deux noyaux majeurs de la pelouse littorale nord-atlantique du Thymo britannici - Festucetum hirtulae, endémique du Boulonnais.

A cette pelouse rarissime, dont le développement est optimal et exemplaire sur le Mont d’Hubert, sont associées des junipéraies basses anémomorphosées (formes naines prostrées par le vent), d’une très grande originalité en région de plaine, et qui ne sont pas sans rappeler les junipéraies alpines à Juniperus sibirica.

D’autres habitats, et en particulier les parois crayeuses verticales à Brassica oleraceae subsp. oleracea, ancêtre du chou cultivé [Brassicetum oleraceae], les végétations halonitrophiles du pied de falaise [Beto maritimae - Atriplicetum glabriusculae] et les pelouses vivaces aérohalines sommitales [Dauco intermedii - Festucetum pruinosae], sont particulièrement typiques et représentatifs des systèmes de végétations propres aux falaises crayeuses picardo-normandes. Les ourlets, les prairies calcicoles fauchées ou pâturées et les fourrés de recolonisation participent par ailleurs à la diversité phytocoenotique du site, qui regroupe ainsi la plupart des stades dynamiques préforestiers de la série calcicole mésophile centrée sur la pelouse du Thymo britannici - Festucetum hirtulae et une partie de ceux de la série marnicole dérivant du Succiso pratensis - Brachypodietum pinnati, mal représentée ici.

Les intérêts spécifiques sont notamment floristiques. Depuis 2000, 35 taxons sont en effet considérés comme déterminants de ZNIEFF dont quinze protégés dans la région et deux protégés en France (Crambe maritima et Gentianella amarella). Notons la grande richesse du cortège orchidologique avec au moins une dizaine d’espèces dont certaines rarissimes telles que l’Orchis bouffon (Anacamptis morio), qui a fortement régressé depuis un siècle dans la région et dont on ne rencontre plus que des populations peu fournies, essentiellement dans le Boulonnais. Notons également la présence exceptionnelle de Gentianella amarella, protégée en France et de populations hybrides entre cette espèce et Gentianella germanica, ensemble floristique typique du Gentianello amarellae - Avenulion pratensis.

Le cortège floristique est particulièrement riche en espèces rares, protégées ou menacées. Ainsi, on y rencontre par exemple le Polygala du calcaire (Polygala calcarea) et l’Euphraise à quatre angles (Euphrasia tetraquetra).

La diversité et la particularité régionale des différents milieux de cette ZNIEFF lui confèrent aussi un intérêt faunistique régional et national notamment pour quelques espèces d'oiseaux.

Cette ZNIEFF comporte en effet 60 espèces déterminantes dont 30 espèces d'oiseaux, 8 espèces de rhopalocères, 2 amphibiens, 4 de chiroptères et 1 orthoptère, 8 annélides, 4 mollusques, 1 crustacé et 2 echinodermes.

La falaise de craie constitue un abrupt rocheux pour la nidification d'espèces d'oiseaux rupestres : parmi elles, deux espèces pélagiques sont installées : la Mouette tridactyle (Rissa tridactyla) forme la première colonie de France en termes d’effectifs avec plus de deux mille couples en 2015 (GON & EDEN62, 2015). La colonie de Fulmar boréal (Fulmarus glacialis) est la plus importante du Nord – Pas-de-Calais, nicheur localisé sur une vingtaine de sites en France (DUBOIS et al., 2000). Ce site revêt donc une importance nationale pour l'espèce. La nidification des Goélands bruns (Larus fuscus) et marins (Larus marinus) ne concerne qu'un couple pour chaque espèce (DUMONT, 2008). Le Goeland argenté (Larus argentatus) niche également sur la falaise mais ces effectifs chutent considérablement d’année en année. Un couple de Hibou grand-duc (Bubo bubo) a élu domicile en 2013, sur la falaise du Cap Blanc Nez. Cette espèce est maintenant annuelle sur le territoire de la ZNIEFF.

Le dernier couple de Faucon pèlerin (Falco peregrinus) du Nord – Pas-de-Calais nichant dans un habitat naturel est présent sur les falaises.

Cette ZNIEFF accueille l'une des seules populations régulières d'Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus) connu dans le Nord – Pas-de-Calais. Cette espèce niche dans la région dans les milieux cultivés à calcaire affleurant et à végétation rase et clairsemée.

En migration, le site voit transité des milliers d’oiseaux terrestres et constitue un lieu de halte migratoire privilégié. En hiver un à plusieurs dortoirs de Hibou des marais (Asio flammeus) sont présents chaque année dans les zones de tranquillités.

Les coteaux au sud du mont d'Hubert concentrent l'intérêt pour les rhopalocères. Les coteaux accueillent le cortège des espèces associées.

Parmi les espèces d'orthoptères, on retrouve également le Sténobothre nain (Stenobothrus stigmaticus) lié à ces milieux. Chez les rhopalocères, l’Argus frêle (Cupido minimus), assez rare en région (HAUBREUX, 2009), retrouvera sur cette ZNIEFF l’Anthyllide vulnéraire (Anthyllis vulneraria), sa plante hôte.

Commentaires sur la délimitation

Limites conditionnées essentiellement à la présence des milieux pelousaires et prairiaux calcicoles du Cap Blanc Nez. Une extension nord (Fond Pignon) particulièrement attractive pour l'avifaune migratrice et d’intérêt local pour l'avifaune nicheuse a été faite en 2010. L’Avocette élégante y est nicheuse certaine. Une seconde extension a été ajoutée la même année vers le Sud pour inclure un coteau crayeux qui permet l’expression de plusieurs espèces et communautés végétales déterminantes de ZNIEFF (Gentianella amarella, Gentianella germanica, Juniperus communis, Hippocrepis comosa, …)