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ZNIEFF 310007223
Forêt domaniale de Mormal et ses lisières

(n° régional : 00020001)

Commentaires généraux

La forêt domaniale de Mormal est le plus grand massif forestier d’un seul tenant de la région Nord-Pas de Calais. Sur le plan climatique, elle est à l’interface entre les influences atlantiques et médio-européennes comme en témoigne la coexistence de diverses espèces et communautés végétales caractéristiques de l’un ou l’autre de ces deux domaines biogéographiques (voir ci-dessous). Sa couverture géologique limoneuse et colluvionnaire très homogène ne participe cependant pas à une grande diversification de ses caractéristiques édaphiques, excepté au niveau des nombreux vallons et vallées qui entaillent plus ou moins profondément son relief mollement vallonné. Divers cours d’eaux prennent en effet leur source dans la forêt de Mormal (Rhonelle, Aunelle…). Le réseau de routes départementales et de routes forestières crée une fragmentation éco-paysagère importante. La présence humaine est très ancienne sur ce site - en témoigne la D932 en lisière nord-ouest du massif qui est une ancienne voie romaine - et a pu être assez destructrice, en particulier au Moyen-Âge où la forêt a été surexploitée pour la production de charbon de bois (ancienne forêt charbonnière) et durant les guerres mondiales où elle a été en grande partie détruite. De nos jours et pour ces raisons, la forêt possède une valeur historique qui s’ajoute à son intérêt écologique et biologique. Le patrimoine floristique et phytocénotique est particulièrement riche en éléments submontagnards et médio-européens (Myosotis sylvatica, Alchemilla xanthochlora, Senecio ovatus, Equisetum sylvaticum, Impatiens noli-tangere, Carex vulpina…). La présence exclusive dans la région (avec la ZNIEFF du Bois de la Haute Lanière) de Gagea spathacea, espèce subcontinentale protégée en France, est à souligner. Les bords de route sont le lieu d’expression de l’ourlet à Silène dioïque et Myosotis des forêts (Sileno dioicae - Myosotidetum sylvaticae, décrit en forêt de Mormal) et de l’ourlet à Balsamine n'y-touchez-pas (Galio aparines - Impatientetum noli-tangere, à caractère submontagnard). Les végétations forestières possèdent également des caractères intermédiaires entre ceux des associations atlantiques (Endymio non-scriptae - Fagetum sylvaticae quasi absent au sein de la forêt traité en futaie alors qu’elle peut encore s’observer dans les divers bois périphériques et même dans la Fagne forestière) et ceux des associations subatlantiques (Asperulo odorati - Fagetum sylvaticae plutôt rare mais pour des raisons édaphiques). Le type forestier le plus représenté est apparemment la forêt méso-acidiphile du Lonicero periclymeni - Fagetum sylvaticae, sous une forme hygrophile originale à Fougère femelle constante, et peut-être une autre forêt originale du Carpinion betuli qui resterait à décrire au niveau des plateaux et versants acidiclines à neutroclines, les relevés effectués ne pouvant être rapportés ni à l’Asperulo odorati - Fagetum sylvaticae ni à l’Endymio non-scriptae - Fagetum sylvaticae. Il faut également mentionner les séquences typiques de végétations forestières mésohygrophiles à longuement inondables, habitats d’intérêt communautaire des versants et terrasses alluvialles qui sont une des particularités de cette forêt dont les limons reposent en partie sur des marnes imperméables, à l’origine des résurgences évoquées précedemment : Primulo elatioris - Carpinetum betuli, Stellario holosteae - Carpinetum betuli et Carici remotae - Fraxinetum excelsioris (Habitat d’intérêt communautaire prioritaire) sous ses diverses sous-associations. C’est ainsi que près d’une cinquantaine de plantes déterminantes de ZNIEFF a été recensée sur le site ; 18 d’entre elles étant protégées (dont 1 au niveau national). Malgré tout, au regard de sa surface, il faut reconnaître que la forêt de Mormal est globalement assez mal connue et qu’elle mériterait des investigations floristiques et phytosociologiques plus systématiques, en particulier dans certains secteurs sous-prospectés. La faune déterminante est majoritairement forestière que ce soit l'avifaune ou l'entomofaune. Les espèces de Rhopalocères et d’Odonates listées ne sont pas nécessairement régulières sur le site mais sont néanmoins présentes dans la liste puisqu’observées au moins une fois pendant la période indiquée. On retrouve le cortège des Nymphalidés forestiers (Apatura ilia, Apatura iris, Argynnis paphia, Ladoga camilla et Nymphalis polychloros) bien présents dans l'Avesnois mais plus rares dans les autres massifs forestiers régionaux) et de reconquête récente dans le massif pour Argynnis paphia et Apatura ilia (FIEVET, 2007). L'essentiel de la diversité odonatologique de cette ZNIEFF lui est conférée par la présence des étangs situés à la périphérie du village et des étangs intraforestiers. C'est en effet dans ces étangs que l'on trouve le plus grand nombre d'espèces et les populations. 4 espèces d'amphibiens ont été répertoriées sur ce secteur. Parmi elles, l'Alyte accoucheur AR au niveau régional. Les habitats présentant un caractère « rupestre », les friches minières, les carrières et les vieux murs constituent l’habitat secondaire de l’espèce dont l’habitat primaire est constitué par les dunes. Le Triton crêté en annexe II de la Directive Habitat a été trouvé est présent dans les mares prairiales en lisière de forêt ainsi qu'en milieu intraforestier Inscrit en annexe II de la Directive habitat faune flore, il est néanmoins assez commun dans la région ce qui confère aux populations du Nord-pas-de-Calais une importance particulière en terme de conservation. L'intérêt de cette ZNIEFF est également avifaunistique. 5 espèces sont en annexe I de la Directive oiseaux (La Bondrée apivore, Le Martin pêcheur, La Cigogne noire, la Pie grièche grise, le Pic mar et le Pic noir. La Cigogne noire est nicheur possible sur le secteur. Composée de futaie jardinée à dominance de Hêtre et de chêne la forêt constitue un lieu privilégié pour son installation et les nombreuses observations effectuées à partir de 2001 militent pour un installation de l'espèce dans le massif. Cette ZNIEFF constitue l'un des derniers bastions régionaux pour les deux espèces de Pie grièche au niveau régional, celle-ci occupant les zones de bocages en lisière de la forêt. et les ZNIEFF contiguës à la frontière sud. Cela leur confère une importance particulière au niveau régional. A noter que la dynamique régionale de la Pie grièche grise est particulièrement alarmante en région puisque l'espèce n'a pas été citée nicheuse en 2009. Le Pic mar est une espèce inféodée aux vieilles chênaies de plus de 80 ans est une espèce en expansion dans le nord de la France. Ses populations les plus importantes au niveau régional se situent dans les grands massifs boisés de l'Avesnois dont fait partie cette ZNIEFF. Le Pic noir est inféodé aux Hêtraies et aux parcelles de conifères au niveau régional. Dans la région ses plus grosses populations sont également dans l'Avesnois. D’autres inventaires piscicoles à venir permettront d’étendre les relevés sur le territoire, notamment les cours d’eau présents sur le massif forestier de Mormal et repris au titre d’un site Natura 2000.

Commentaires sur la délimitation

Périmètre correspondant aux limites de la forêt domaniale de Mormal, intégrant une zone tampon destinée à englober les lisières forestières. L’extension permet de prendre en compte une population de triton crêté.