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ZNIEFF 310013318
Bocages et prairies humides de Verton

(n° régional : 00000164)

Commentaires généraux

Complexe bocager humide tout à fait original associant prairies mésotrophiles à eutrophiles de différents niveaux topographiques avec des mares et des chenaux de drainage. De nombreuses haies et linéaires de saules têtards contribuent également à donner au site une grande valeur paysagère. Cependant, la ZNIEFF subit des pressions importantes du fait de l’activité agricole (conversion de prairies en cultures) et du développement urbain. Ce phénomène est très prégnant à Verton, où une urbanisation tentaculaire se déploie profondément dans les zones rurales le long des voies de circulation. Cette politique de développement contribue à appauvrir des secteurs entiers de prairies en les isolant du reste de la zone. D’autres équipements (terrain de moto-cross, campings, aire d’accueil des gens du voyage) ont aussi consommé des prairies humides. Le drainage, les remblais et la plantation localisée de peupliers sont d’autres facteurs de banalisation de la flore et de la faune. La RD 303 (pénétrante de Berck), dont le large remblai a coupé la ZNIEFF en deux d’Est en Ouest, supporte une circulation assez dense, source de perturbation et de banalisation paysagère par manque de plantations adaptées. L’élément le plus remarquable de la ZNIEFF est une prairie subhalophile rarissime et très menacée relevant de l’Oenantho lachenalii - Juncetum maritimi, mais située à plus de 3 kilomètres du rivage actuel, qui abrite un cortège exceptionnel d’espèces caractéristiques des prés salés (Jonc maritime, Jonc de Gérard, Laîche divisée, Troscart maritime, Glaux maritime…). La situation géographique de la prairie suggère qu’il pourrait s’agir d’une végétation relique de l’estuaire de l’Arche, un petit fleuve qui se jetait autrefois dans la Manche au sud du village de Berck. L’estuaire s’ouvrait profondément vers l’intérieur et Verton était au Moyen-âge un port de mer avec une activité de salines. L’ensablement progressif de l’estuaire a incité les habitants à détourner l’Arche vers le sud au début du XVIIIème siècle (Briquet, 1930). L’Arche passe aujourd’hui à proximité de la prairie subhalophile avant de rejoindre le Fliers. Outre son intérêt écologique, cette prairie est un témoin de l’histoire géologique et humaine de Berck et des environs qui doit absolument être préservé. D’intéressantes végétations forestières mésohygrophiles à hygrophiles avec de très belles aulnaies-bétulaies turficoles inondable à Laîche paniculée (Carex paniculata) et diverses fougères dont la rare et protégée Fougère des marais (Thelypteris palustris) sont également à signaler, d’autant plus qu’elles semblent bien se maintenir depuis des décennies, probablement du fait qu’elles sont alimentées par des résurgences de la nappe phréatique. Ailleurs, quelques belles prairies de fauche accueillent des populations importantes d’orchidées (Orchis négligé) tandis que dans les pâtures, ce sont surtout les dépressions et les noues, plus longuement inondables, qui abritent des espèces patrimoniales (Jonc à tépales obtus, Oenanthe fistuleuse, Samole de Valérand, Scirpe de Tabernaemontanus…). Le Jonc en ombelle (Butomus umbellatus), protégé dans la région, présente une large répartition sur le site et se rencontre surtout dans les fossés où il se maintient jusque dans les zones cultivées. Des mares abreuvoirs ou certaines mares de chasse constituent des zones refuges pour d’autres espèces et groupements nettement hygrophiles ou aquatiques (Potamot de Berchtold, renoncules aquatiques). La flore déterminante compte 34 taxons, dont 12 sont protégés en région Nord-Pas-de-Calais et 1 sur l’ensemble du territoire national (Littorella uniflora, en voie de grande raréfaction suite à la disparition de ses biotopes d’élection). Parmi les espèces les plus rares, on peut notamment citer : - la Laîche divisée (Carex divisa), exceptionnelle dans la région. - le Jonc maritime (Juncus maritimus), espèce très rare et menacée d’extinction dans la région ; il se développe au niveau de la prairie mentionnée précédemment. Ce jonc est cantonné en quelques points du littoral. - l’Eléocharide pauciflore (Eleocharis quinqueflora), une très discrète cypéracée, protégée et très rare dans la région, qui renforce également l’intérêt floristique majeur du site. Deux espèces d’Amphibiens et une espèce de Reptile déterminantes ont été identifiées sur la ZNIEFF. La Rainette arboricole est bien présente sur le site. Le Triton alpestre est un des trois tritons recensés dans les milieux aquatiques des prairies humides. La Couleuvre à collier trouve aussi dans la ZNIEFF des habitats correspondant à ses exigences écologiques. Les batraciens et la Couleuvre à collier subissent une forte mortalité sur les routes qui desservent les zones habitées, qui s’étendent jusqu’au cœur de la ZNIEFF. Parmi les 13 espèces déterminantes d’Oiseaux présentes sur le site, le Busard Saint-Martin, inscrit à l’Annexe I de la Directive Oiseaux, est assez commun dans le Nord – Pas-de-Calais. Nicheur probable sur le site, il se reproduit principalement dans l’Ouest de la région (Boulonnais, Haut-Artois et Ternois) (TOMBAL et al., 1996). La Barge à queue noire, la Cigogne blanche, l’Aigrette garzette et la Mouette mélanocéphale, toutes quatre inscrites dans l’Annexe I de la Directive Oiseaux, ont également été observées en période de nidification et sont de ce fait considérées comme nicheuses possible sur le site d'après la codification EOAC. La Cigogne blanche et l’Aigrette garzette sont très rares en région et la Mouette mélanocéphale est considérée comme rare dans le Nord – Pas-de-Calais (TOMBAL et al., 1996). Certaines fauvettes paludicoles (Bouscarle de Cetti, Phragmite des joncs, Locustelle luscinioïde) occupent les roselières et les saulaies riveraines des fossés en période nuptiale. La présence de milieux aquatiques variés (mares, fossés, cours d’eau) est un élément propice à l’abondance des libellules. L’Agrion mignon (Coenagrion scitulum) est en extension récente dans son aire de répartition. Cette espèce semble préférer les milieux riches en hélophytes et herbiers, généralement au niveau des eaux stagnantes mais aussi des secteurs calmes des cours d’eau (GODIN et al., 2003). L’Agrion nain (Ischnura pumilio) est assez rare en région ; les pannes dunaires du littoral de la Manche présentent des populations remarquables. Il fréquente principalement les milieux humides récemment créés ou rajeunis mais également les petits ruisseaux (GODIN et al., 2003). La Libellule fauve (Libellula fulva) est considérée comme assez rare dans la liste rouge régionale (GODIN et al., 2003). Deux espèces déterminantes d’Orthoptères fréquentent les prairies humides du site du Bocage et des prairies humides de Verton, dont le Conocéphale des roseaux (Conocephalus dorsalis), qui est principalement observé dans des prairies humides à joncs et autres végétaux hygrophiles (COUVREUR & GODEAU, 2000). Le site présente également un intérêt mammalogique puisque deux espèces déterminantes de Chiroptères sont présentes : le Grand rhinolophe et le Grand murin, tout deux inscrit en Annexe II de la Directive Habitat et assez rares en région (FOURNIER et al., 2000).

Commentaires sur la délimitation

Le périmètre de la ZNIEFF a été légèrement modifié pour exclure quelques zones densément urbanisées à la marge (Verton). A Rang-du-Fliers, une correction légère a été nécessaire pour recaler la limite de la ZNIEFF avec l’emprise réelle du Bois des Allées (bois tourbeux à Fougère des marais) et ajouter une prairie humide abritant des espèces patrimoniales. Une petite extension a été ajoutée au Nord-Ouest (Berck) pour inclure une mégaphorbiaie abritant deux espèces protégées au niveau régional (Pigamon jaune et Jonc à tépales obtus).

La ZNIEFF a également été étendue au nord afin d’assurer une continuité écologique avec le Marais de Balançon (ZNIEFF 057).