ZNIEFF 310013692
Prairies humides de Visemarest

(n° régional : 01040006)

Commentaires généraux

La basse vallée de la Canche, avec son système alluvial associant une séquence particulièrement développée et peu altérée de boisements turficoles naturels longuement inondables (en amont du site), est associée, au niveau de Visemarest, à un ensemble de prairies humides mésotrophiles plus ou moins inondables (Oenanthion fistulosae, Bromion racemosi…) et ponctués d’un réseau de mares, de fossés en eau et de chenaux d’écoulement dont la remarquable qualité hydrobiologique est liée aux sources et résurgences latérales qui les alimentent. Quelques fragments du système alcalin nord-atlantique subsistent encore avec le bas-marais de l’Hydrocotylo vulgaris - Juncetum subnodulosi dans certains secteurs engorgés. Ce réseau secondaire permet également le développement de longs linéaires de végétations relevant des roselières et des cariçaies. Quelques fourrés alluviaux hygrophiles ponctuent le site mais ils s’étendent sur des surfaces réduites.

Par ailleurs, une partie du site présente un parcellaire bocager aux formes losangiques (par opposition au parcellaire en lanières des parcelles alluviales situées en aval) et aux haies arborescentes d’une grande diversité structurale et floristique, ces deux éléments témoignant de l’emplacement probable de l’ancien port de Quentovic, quand la mer remontait encore jusqu’à Montreuil.

De surface réduite, cette ZNIEFF n’abrite pas une diversité floristique très importante mais on y a signalé au début des années 1980 un élément d’une importance majeure : la Renoncule à feuilles d’ophioglosse (Ranunculus ophioglossifolius). Cette espèce protégée en France, est exceptionnelle et gravement menacée de disparition dans la région. Elle est encore présente sporadiquement dans le Boulonnais et des recherches complémentaires permettraient de confirmer la présence de cette espèce sur le site.

Cette espèce ne doit pas masquer la richesse floristique réelle de ces milieux humides. Plusieurs espèces protégées dans la région sont présentes et parsèment les prairies humides ou les plans d’eau. On y rencontre ainsi le Butome en ombelle (Butomus umbellatus), l’Oenanthe aquatique (Oenanthe aquatica) et le Séneçon des marais (Senecio aquaticus).

Signalons également la présence remarquable de la Ratoncule naine (Myosurus minimus), discrète petite renonculacée très rare et menacée de disparition dans la région.

L’intérêt faunistique des prairies humides de Visemarest tient d’abord à la présence de milieux favorables aux Amphibiens. Cette zone résiduelle de prairies s’intercale entre la butte boisée de Saint-Josse et les cultures qui occupent désormais presque toute la vallée de la Canche entre La Caloterie et l’estuaire. Cinq espèces d’Amphibiens au moins, dont le Triton alpestre et la Rainette arboricole, se reproduisent dans les plans d’eau et les fossés des prairies de Visemarest. On peut noter une forte mortalité des animaux en migration prénuptiale en fin d’hiver, due à la circulation routière lors de la traversée de la RD 139, qui sépare la forêt, lieu d’hivernage, et les prairies au fond de la vallée où ils vont se reproduire.

La Rainette verte, peu commune en région, est bien présente sur le site. Au niveau régional, elle est en particulier localisée le long du cordon littoral, dans les pannes dunaires et les mares voisines du littoral (GODIN, 2003). Au-delà des limites de la ZNIEFF, des petites populations se maintiennent dans certaines mares de huttes au milieu des cultures mais leur pérennité semble compromise par l’isolement de ces plans d’eau.

Concernant les Odonates, l’Agrion mignon (Coenagrion scitulum) et la Libellule fauve (Libellula fulva) font partie des espèces déterminantes observées sur le site. La première reste localisée en région malgré une sensible augmentation de l’occurence (GODIN et al., 2003). La Libellule fauve est, quant à elle, identifiée comme étant assez rare en région. L’espèce nécessite à l’état larvaire des eaux oligotrophes à mésotrophes, ce qui restreint les habitats potentiels de l’espèce dans la région. (GODIN et al., 2003).

Les peuplements d’Orthoptères sont assez diversifiés (au moins 10 taxons observés en 2009, dont 4 déterminants de ZNIEFF) : le Conocéphale des roseaux (Conocephalus dorsalis), le Criquet marginé (Chorthippus albomarginatus) et le Criquet des clairières (Chrysochraon dispar) ont été observés dans la végétation herbacée au bord des fossés. Une petite population de Gomphocère roux (Gomphocerippus rufus) occupe la végétation du bas-côté de la route au sud de la ZNIEFF. Pour les insectes, on peut encore signaler la présence de la Coccinelle à treize points (Hippodamia tredecimpunctata), espèce typique des zones humides palustres qui semble peu commune au moins dans le Pas-de-Calais.

L’intérêt avifaunistique de la ZNIEFF réside principalement dans la présence de l’Aigrette garzette, inscrite à l’Annexe I de la Directive Oiseaux. L’espèce n’est pas nicheuse sur le site mais utilise régulièrement les prairies comme zone de gagnage. Les individus observés sur le site proviennent de la colonie observée dans le périmètre de la ZNIEFF 233 – Prairies humides péri-urbaines de Cucq. La Bouscarle de Cetti, également présente sur le site, se maintient dans les végétations arbustives hygrophiles.

Commentaires sur la délimitation

Le périmètre de la ZNIEFF originelle a été sensiblement étendu pour tenir compte de l’homogénéité de cette zone de prairies humides bocagères. En effet, à l’exception notable de ce secteur au pied de la butte de Saint-Josse, l’ancien lit majeur de la Canche entre La Caloterie et l’estuaire est intégralement exploité par les grandes cultures. L’extension permet d’intégrer à la ZNIEFF des prairies parsemées de plans d’eau et de fossés où l’on trouve des populations d’Amphibiens, notamment la Rainette arboricole Hyla arborea ou encore Conocephalus dorsalis, un Orthoptère déterminant de ZNIEFF. L’extension de la ZNIEFF inclut aussi une zone de gagnage occasionnelle de l’Aigrette garzette (intérêt fonctionnel).