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ZNIEFF 310030074
Marais d’Aubin-Saint-Vaast et de Bouin-Plumoison

(n° régional : 01040012)

Commentaires généraux

Les Marais d’Aubin Saint-Vaast et de Bouin-Plumoison s’étendent dans le fond de la vallée de la Canche, sur la rive gauche du fleuve, entre les villages d’Aubin-Saint-Vaast au Nord-Ouest et Bouin-Plumoison au Sud. Ces marais sont dominés par des végétations forestières marécageuses, dont une proportion importante de peupleraies. L’exploitation récente de certaines plantations a toutefois réouvert de vastes surfaces dans le Grand Marais de Bouin, le long de la Canche, permettant un processus de recolonisation par une mosaïque de végétations herbacées naturelles caractéristiques des zones humides (prairies, roselières, cariçaies et mégaphorbiaies). Dans le marais des Pâtures d’Aubin-Saint-Vaast, l’engorgement prolongé du substrat, défavorable aux peupliers, entraîne parfois le dépérissement des arbres. Dans ces peuplements éclaircis, l’apparition de clairières et la topographie irrégulière permettent le maintien de prairies flottantes, de parvoroselières et de cariçaies. Des boisements hygrophiles naturels, saulaies et aulnaies inondables, sont aussi répartis de manière irrégulière au sein du site.

Outre les petites dépressions plus ou moins longuement inondables qui constellent le marais, les milieux aquatiques sont représentés par des mares et étangs de chasse ou de pêche, dont la plupart sont concentrés au nord-ouest et au sud-est du site (secteurs du Manoir des Etangs et du Grand Marais de Bouin). Le marais est drainé par quelques fossés dont le principal s’écoule au centre de la ZNIEFF avant de rejoindre la Canche en aval du site (au niveau du hameau de Saint-Vaast).

Les végétations herbacées hygrophiles et aquatiques recensées dans les marais d’Aubin-Saint-Vaast et Bouin-Plumoison sont assez diversifiées, malgré l’aspect souvent homogène des peuplements de grandes monocotylédones aux longues feuilles étroites ou rubanées (prairies flottantes du Glycerio fluitantis-Sparganion neglecti et magnocariçaies) parfois mêlés de prêles (Equisetum sp.). Quatre végétations déterminantes de ZNIEFF ont été identifiées pour le moment mais il est probable qu’une analyse phytosociologique plus fine du site permette d’en caractériser d’autres (saulaies et aulnaies marécageuses notamment)... L’herbier aquatique à Characées (Charetea fragilis) a été découvert dans un fossé. La roselière à Carex pseudocyperus (Carici pseudocyperi-Rumicion hydrolapathi) colonise les marges des dépressions longuement inondables tandis que la prairie de l’Eleocharito palustris - Oenanthetum fistulosae s’observe dans les parties les plus humides du marais, moins fréquentées par le bétail. Ces deux habitats sont assez rares et en régression dans le Nord-/Pas-de-Calais. Enfin, il faut aussi mentionner les berges inondables colonisées par la Prairie amphibie rase du Glycerio declinatae - Catabrosetum aquaticae.

Les végétations aquatiques et prairiales hébergent la majeure partie des espèces végétales patrimoniales du site. Dix-sept espèces déterminantes de ZNIEFF ont été observées, dont dix font l’objet d’une protection au niveau régional. On peut souligner la présence d’une Poacée devenue rare dans le Nord - Pas-de-Calais, la Catabrose aquatique (Catabrosa aquatica), mais aussi la découverte dans un fossé d’une station du Myriophylle verticillé (Myriophyllum verticillatum), une plante aquatique très rare et menacée d’extinction dans la région. Les milieux aquatiques accueillent d’autres espèces rares, assez rares ou peu communes comme le Cresson à petites feuilles (Nasturtium microphyllum), des renoncules aquatiques (Ranunculus s.g. batrachium) ou le Plantain d’eau lancéolé (Alisma lanceolatum). Diverses orchidées (Dactylorhiza incarnata, D. praetermissa), la Stellaire des marais (Stellaria palustris) ou encore la Véronique à écussons (Veronica scutellata) figurent au cortège des espèces prairiales protégées qui trouvent encore des habitats favorables dans le marais des Pâtures. Les mégaphorbiaies et boisements éclaircis accueillent pour leur part plusieurs belles stations du Scirpe des forêts (Scirpus sylvaticus), protégé dans le Nord - Pas-de-Calais.

Les marais d’Aubin-Saint-Vaast et Bouin-Plumoison présentent une certaine diversité en matière de faune patrimoniale : 15 espèces déterminantes de ZNIEFF y ont été recensées.

L’avifaune compte trois espèces déterminantes de ZNIEFF. Les forêts inondables et les roselières âgées sont favorables à l’installation de fauvettes paludicoles comme la Bouscarle de Cetti (Cettia cetti) et le Phragmite des joncs (Acrocephalus schonebaenus). Le Martin-pêcheur d’Europe s’observe aussi occasionnellement dans le marais.

Chez les Batraciens, le Triton alpestre (Ichtyosaura alpestris) et la Rainette arboricole (Hyla arborea) ont pu être observés mais semblent localisés. La réouverture des milieux autour des dépressions longuement inondables, dans certains secteurs du marais, pourrait bénéficier à ces deux espèces. En effet, elles ont besoin de plans d’eau bien exposés se réchauffant rapidement au printemps pour mener à bien leur cycle de reproduction.

L’entomofaune regroupe 9 espèces déterminantes appartenant à deux groupes : les Odonates, avec en particulier le rare Agrion délicat (Ceriagrion tenellum), et un peuplement d’Orthoptères assez diversifié comptant 4 espèces déterminantes de ZNIEFF. Parmi celles-ci, le Criquet ensanglanté (Stethophyma grossum), très nettement hygrophile, colonise les prairies flottantes à hautes herbes où il peut présenter des populations relativement importantes. Le Gomphocère roux (Gomphocerripus rufus) et le Criquet des clairières (Chrysochraon dispar) semblent plus localisés sur ce site.

Enfin, le Vertigo de Desmoulins (Vertigo moulinsiana) complète la liste des invertébrés déterminants. Ce petit gastéropode, qui apprécie en particulier les cariçaies marécageuses est inscrit en annexe 2 de la Directive européenne « Habitats-Faune- Flore ».

Depuis l’arrêt de l’exploitation de la tourbe, la populiculture est l’activité prépondérante dans les marais d’Aubin-Saint-Vaast et de Bouin-Plumoison. De manière générale, cette activité est préjudiciable à la qualité écologique des milieux car elle entraîne un rabattement de la nappe phréatique, sensible notamment au travers de l’assèchement prématuré des dépressions inondables dans le Grand Marais de Bouin-Plumoison. Le développement des peupliers puis l’abandon des rémanents sur place lors de leur exploitation favorisent l’apparition de végétations herbacées nitrophiles banales. A contrario, le sol gorgé d’eau en permanence dans le marais des Pâtures entraîne le dépérissement des peupliers et l’ouverture de clairières bénéfiques pour la végétation herbacée. La limitation du drainage serait aussi favorable à l’expression de végétations hygrophiles de grande valeur patrimoniale sur de plus grandes surfaces.

Le pastoralisme est localisé à certaines parties du marais, notamment les parcelles communales les moins humides du marais des Pâtures. Dans ce secteur, le pâturage extensif et l’absence de fertilisation ou de traitements herbicides concourent au maintien des végétations herbacées patrimoniales.

La chasse à la botte ne semble pas entraîner d’aménagements préjudiciables à la qualité écologique du marais, mais certaines parcelles ont été sensiblement dégradées par la création de mares ou d’étangs pour la chasse aux anatidés ou la pêche. Les abords immédiats de l’étang communal de pêche de Bouin-Plumoison souffrent par exemple d’une gestion inadaptée et d’un piétinement excessif. Certains étangs à l’ouest du marais des Pâtures semblent moins dégradés, avec des berges et des îlots boisés plus favorables à l’expression de la biodiversité caractéristique des marais.

Des problèmes de pollution des eaux liés à l’assainissement défectueux de l’habitat humain ont été signalés. Enfin, les pratiques agricoles sur le plateau sont à l’origine de coulées de boue et d’inondations qui affectent le marais. Celui-ci agit en effet comme zone de rétention des eaux de ruissellement qui s’écoulent le long du versant méridional de la vallée. Des bassins de rétention ont été créés sur le plateau pour limiter ce phénomène. Plus largement, les marais d’Aubin-Saint-Vaast et Bouin-Plumoison ont une fonction importante de régulation hydrologique dans ce secteur de la vallée.

Commentaires sur la délimitation

La création de la ZNIEFF des marais d’Aubin-Saint-Vaast et de Bouin-Plumoison s’inscrit dans une démarche de mise à jour de l’inventaire des zones humides patrimoniales dans le périmètre de la ZNIEFF de type 2 « La basse vallée de la Canche et ses versants en aval d’Hesdin » (ZNIEFF n°104). Des travaux récents (BELET et al., 2008) ont conduit à identifier ce secteur de prairies et de boisements inondables comme une zone humide homogène présentant un intérêt écologique significatif à l’échelle régionale. Réparti à surfaces à peu près égales sur les communes d’Aubin-Saint-Vaast et de Bouin-Plumoison, ce vaste marais est situé sur la rive gauche de la Canche. Le périmètre de la ZNIEFF couvre l’essentiel des zones humides du fond de la vallée entre le cours du fleuve au Nord-Est, le pied du versant de la vallée au Sud-Ouest et la route départementale 113 E1 qui relie Bouin-Plumoison à Guisy, sur la rive nord de la Canche. Les cultures et les secteurs artificialisés (urbanisation, terrains de loisirs) et quelques prairies surpâturées au Sud-Est ont été exclues du périmètre.