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ZNIEFF 310030086
Marais d’Ecquemicourt

(n° régional : 01040015)

Commentaires généraux

Situé sur la rive gauche de la Canche dans le fond de la vallée, le Marais d’Ecquemicourt est constitué d’un complexe de prairies humides à marécageuses, de roselières, de mégaphorbiaies et de boisements naturels (saulaies) ou plantés (peupleraies). La topographie irrégulière du marais est marquée par la présence de nombreuses dépressions plus ou moins longuement inondables dont une partie résulte de l’exploitation ancienne de la tourbe. Quelques fossés et mares artificielles (chasse, pêche) complètent le réseau de milieux aquatiques. Ces conditions favorisent la diversification de la végétation à l’échelle du site (herbiers aquatiques ; végétations amphibies, roselières et cariçaies au bord des eaux…).

La végétation patrimoniale du marais d’Ecquemicourt compte 6 habitats déterminants de ZNIEFF. Les végétations aquatiques sont assez variées : herbiers pionniers de Characées des eaux calmes et claires (Charetea fragilis), voiles aquatiques flottants du Lemnion trisulcae, ou encore végétations aquatiques enracinées à feuilles flottantes du Nymphaeion albae, assez rares et en régression au niveau régional. L’exploitation d’une partie de la peupleraie dans la partie centrale du marais a remis en lumière une roselière à Carex pseudocyperus du Carici pseudocyperi - Rumicion hydrolapathi, présente sur les marges des dépressions inondables. Cette végétation est aussi assez rare et en régression dans le Nord - Pas de Calais. Les mégaphorbiaies ont elles aussi profité de la réouverture du milieu consécutive à la coupe de certaines peupleraies. Les sols moyennement enrichis permettent l’expression de mégaphorbiaies mésoeutrophiles du Thalictro flavi – Filipendulion ulmariae, notamment le Groupement à Cirsium oleraceum et Filipendula ulmaria.

Quinze espèces végétales déterminantes de ZNIEFF ont été recensées, avec une prédominance marquée pour les espèces liées aux plans d’eau et aux dépressions inondables. La végétation aquatique compte 6 espèces déterminantes peu communes à rares dans la région. Parmi celles-ci, 3 espèces de renoncules aquatiques (Ranunculus s.g. Batrachium) dont la rare Renoncule en crosse (Ranunculus circinatus). Plusieurs espèces amphibies croissent sur les marges des plans d’eau ou dans les fonds exondés en période estivale : le Plantain d’eau lancéolé (Alisma lanceolatum), le Butome en ombelle (Butomus umbellatus) et l’Oenanthe aquatique (Oenanthe aquatica) sont tous trois protégés au niveau régional. La diversité des prairies hygrophiles, dont les végétations mériteraient probablement d’être étudiées plus en détail sur le plan phytocénotique, s’illustre avec l’Oenanthe fistuleuse (Oenanthe fistulosa), la Véronique à écussons (Veronica scutellata), cette dernière assez rare et protégée dans le Nord - Pas de Calais, ou encore le Séneçon aquatique (Senecio aquaticus) qui peut être localement abondant. Le Scirpe des bois (Scirpus sylvaticus) et la Renouée bistorte (Polygonum bistorta) complètent la liste des espèces protégées au niveau régional présentes dans le marais d’Ecquemicourt.

Le marais offre une certaine diversité d’habitats propices à l’installation de la faune des zones humides. Cette diversité s’exprime au travers de la présence de onze espèces déterminantes de ZNIEFF appartenant à des groupes faunistiques variés.

La présence de roselières parsemées de bosquets de saules arbustifs dans la partie centrale permet l’installation de fauvettes paludicoles comme le Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus) et la Bouscarle de Cetti (Cettia cetti). Les populations de chanteurs de ces deux espèces semblent assez importantes au regard de la superficie relativement restreinte des habitats qui leur conviennent. La coupe des peupliers a sans doute été profitable à ces oiseaux, tout comme à la Gorge bleue à miroir (Luscinia svecica) qui a été entendue en période nuptiale.

L’herpétofaune est aussi remarquable. Le marais d’Ecquemicourt abrite une des rares populations de Rainette arboricole (Hyla arborea) de la vallée de la Canche en amont de Montreuil-sur-Mer (FACON et al., 2008). L’essentiel des populations régionales de ce batracien est localisé sur la bande littorale du Nord et du Pas-de-Calais (GODIN, 2003) et la conservation des populations intérieures, fragilisées par leur isolement relatif, est un enjeu important au niveau régional. Les prairies ponctuées de nombreuses mares et dépressions de la partie occidentale du marais constituent un complexe d’habitats favorables pour la Rainette arboricole. On peut encore souligner la présence du Triton crêté (Triturus cristatus). Ces deux espèces et leurs habitats sont protégés au niveau national. Elles ont aussi un intérêt patrimonial au niveau européen et sont inscrites à ce titre parmi les espèces animales des annexes 2 et 4 de la Directive Habitats-Faune-Flore. Signalons enfin la présence de la Couleuvre à collier (Natrix natrix), aujourd’hui peu commune dans la région car localisée à quelques vallées alluviales et zones humides dunaires.

Le peuplement d’Odonates du marais d’Ecquemicourt affiche une certaine diversité avec 11 espèces actuellement recensées, dont trois sont déterminantes de ZNIEFF. L’Agrion nain (Ischnura pumilio) et la Libellule fauve (Libellula fulva) en particulier sont assez rares au niveau régional. Deux espèces d’Orthoptères inféodées aux zones humides complètent la liste de l’entomofaune déterminante de la ZNIEFF : le Conocéphale des roseaux (Conocephalus dorsalis) et le Criquet ensanglanté (Stethophyma grossum). Ces deux espèces apprécient les prairies inondables à hautes herbes dont la conservation dépend d’une pression de pâturage modérée.

Le marais d’Ecquemicourt joue un rôle important dans le fonctionnement hydrologique de ce secteur de la vallée. Un exutoire des eaux pluviales d’Aubin-Saint-Vaast s’y déverse, et les fossés recueillent les eaux de ruissellement du versant méridional de la vallée. Le marais est aujourd’hui déconnecté des crues de la Canche par des remblais importants au bord du fleuve mais ses eaux s’y déversent par le biais des fossés. Malgré ce drainage, certaines zones présentent des sols fortement engorgés, ce qui ajoute une fonction de stockage des eaux à leur valeur écologique intrinsèque. Une station de pompage a été mise en service récemment à l’ouest du marais et l’impact des prélèvements sur l’hydromorphie du sol et la nappe phréatique devra être surveillé.

La partie occidentale du marais d’Ecquemicourt est consacrée à l’élevage. Bien que le pastoralisme y ait régressé avec la déprise agricole, les troupeaux de bovins maintenus sur place contribuent à la conservation des végétations prairiales. Par contre, la fertilisation et les traitements herbicides dans les secteurs les moins humides induisent par endroits une rudéralisation et une banalisation de la végétation. L’accès du bétail à certaines mares devrait être limité pour préserver leurs potentialités écologiques (piétinement).

A l’est, les usages sont plus diversifiés. La populiculture a eu un impact important sur ce secteur mais les coupes récentes ont remis au jour des végétations amphibies et hygrophiles intéressantes et des habitats potentiels pour certaines espèces animales. L’abandon des rémanents sur place après le retrait des grumes est néanmoins dommageable pour certaines végétations et espèces.. Ces anciennes peupleraies montrent de belles potentialités écologiques et il serait judicieux de réorienter l’usage des terrains après l’exploitation des arbres en évitant les replantations. Dans le secteur des Prés des Dames, quelques parcelles pâturées subissent une charge excessive qui amoindrit l’intérêt écologique des prairies. Deux terrains de loisirs privatifs avec des étangs sont aussi implantés dans ce secteur. Au sud-est, le grand étang de pêche communal présente pour sa part des qualités écologiques notables (flore, odonates) qu’il serait possible d’améliorer en travaillant sur son intégration dans le milieu (gestion différenciée et reprofilage partiel des berges).

La chasse à la botte s’exerce dans les terrains communaux du marais et une grande mare prairiale à l’ouest au bord de la Canche semble avoir été utilisée pour la chasse aux oiseaux d’eau. Dans ces secteurs, l’activité cynégétique ne semble pas induire d’aménagements ou de travaux préjudiciables aux habitats patrimoniaux du marais. Enfin, l’exportation des boues de curage des fossés hors du marais est à préconiser car leur dépôt sur place entraîne des phénomènes localisés de rudéralisation.

Commentaires sur la délimitation

La création de la ZNIEFF du Marais d’Ecquemicourt s’inscrit dans une démarche de mise à jour de l’inventaire des zones humides patrimoniales dans le périmètre de la ZNIEFF de type 2 « La basse vallée de la Canche et ses versants en aval d’Hesdin » (ZNIEFF n°104). Des travaux récents (CSNNPC, 2004, BELET et al., 2008…) ont conduit à identifier ce secteur de prairies et de boisements plus ou moins marécageux comme une zone humide homogène présentant un intérêt écologique significatif à l’échelle régionale.

Le périmètre de la ZNIEFF s’étend dans le fond de la vallée de la Canche, sur la rive gauche du fleuve qui en constitue la limite septentrionale. Au sud, la limite de la ZNIEFF tient compte des modes d’usages du sol qui déterminent des caractéristiques écologiques sensiblement différentes (cultures et prairies des fonds d’Aubin Saint-Vaast au sud-est ; hameau d’Ecquemicourt à un niveau topographique légèrement supérieur au sud-ouest). La majeure partie de la ZNIEFF est située sur le territoire de la commune de Maresquel-Ecquemicourt, à l’exception des prairies et boisements des Prés des Dames à l’est (commune d’Aubin-Saint-Vaast).