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ZNIEFF 310030087
Prairie de la Ferme des Trois sapins

(n° régional : 00000214)

Commentaires généraux

Le site des Prairies de la Ferme aux Trois Sapins se situe dans la zone ouest de la Plaine Maritime Flamande, en contact avec les premières collines de l’Artois à l’Ouest et au Nord du marais de Guînes. Le site est divisé en 5 entités réparties sur une vaste étendue située au cœur du terminal du tunnel sous la Manche, entre l’autoroute A26 et les voies ferrées.

Le site des Prairies de la Ferme aux Trois Sapins, qui tire son nom d’une ferme présente anciennement à cet endroit, est constitué d’un complexe d’anciennes prairies humides, de roselières, cariçaies et mégaphorbiaies associées à de nombreux fossés et mares. Ces milieux présentent néanmoins un caractère relativement artificialisé suite à la construction du terminal Eurotunnel (CSN, 2008). Parmi les habitats présents sur le site, on peut citer l’herbier annuel des eaux eutrophes à Potamot de Berchtold (Potametum berchtoldii) se développant sur des substrats organiques à tourbeux ainsi que le pré tourbeux à Juncus subnodulosus révélateur également du substrat tourbeux subsistant au sein de la boucle. Sensible à la dégradation de la qualité des eaux, cette formation est considérée à ce titre d’intérêt européen et est reprise dans la Directive 92/43/CEE (Directive Habitats-Faune-Flore). D’autres formations végétales relèvent d’un intérêt patrimonial au niveau régional. Il s’agit notamment des végétations prairiales subhalophiles et des mares saumâtres telles que les herbiers à Renoncule de Baudot (Ranunculetum baudotii), très rare et vulnérable en région ou les prés à Jonc de Gérard et Agrostide stolonifère(Junco gerardii – Agrostietum albae), très rare et menacée d’extinction dans le Nord – Pas-de-Calais. Ces deux dernières formations sont en effet originales dans la région car elles se développent à l’interface entre les milieux strictement salés des estuaires et les milieux liés aux eaux douces (on parle de végétations liées aux stations à salinité atténuée).

Du point de vue floristique, la plupart des espèces remarquables est directement inféodée aux mares et aux zones humides associées (prairies, roselières), témoins des anciens systèmes humides bocagers du secteur. Parmi celles-ci on notera principalement la présence de la Laîche divisée (Carex divisa), espèce inscrite sur la liste rouge régionale et typique des prairies humides saumâtres à subhalophiles ; elle n’est connue dans la région qu’en trois autres stations (marais de Verton, vallée de la Slack et au sein d’une prairie poldérienne proche de la digue de front de mer près de Calais). Il s’agit donc de la quatrième population régionale connue et sa présence confère au site une importance régionale pour la préservation de l’espèce. La Renoncule de Baudot (Ranunculus baudotii) est une espèce des eaux calmes saumâtres ; elle ne se rencontre que sur le littoral dans notre région du fait de son écologie. On l’observe le plus souvent dans des eaux peu profondes, calmes, sur substrat sableux, qui peuvent être soumises à l’assèchement estival. La Dactylorhize incarnate (Dactylorhiza incarnata) est une orchidée protégée au niveau régional où elle est considérée comme vulnérable. Espèce généralement turficole et littorale, elle se rencontre dans les bas-marais littoraux et les prairies humides mésotrophes. Ces dernières ont largement régressé sur le site du fait de l’artificialisation du milieu, de la dégradation de la qualité des eaux et de l’abandon de la gestion des anciennes prairies. Dix-huit espèces végétales déterminantes de ZNIEFF ont été relevées sur ce site, dont huit d’entre elles protégées régionalement.

Du point de vue de la faune, l’avifaune, et notamment celle se reproduisant dans les roselières, représente l’intérêt principal du site avec huit espèces déterminantes d’Oiseaux qui y nichent de manière possible à certaine. Quatre espèces déterminantes d’Odonates et deux d’Orthoptères ont également été observées dans le périmètre de la ZNIEFF. Le Busard des roseaux, dont la Flandre maritime constitue le premier noyau régional de population (TOMBAL [coord.], 1996), est inscrit à l’annexe I de la Directive Oiseaux. L’espèce est classée vulnérable dans la Liste rouge française (UICN France et al., 2008) et elle est commune en région (TOMBAL [coord.], 1996). En 2007, un couple nichait de manière probable dans la roselière située à l’est du Vivier ; un juvénile a été observé cette même année (CSN, 2008). La roselière constitue le milieu privilégié de l’espèce, pour la nidification mais aussi comme territoire de chasse (TOMBAL et al., 2008 ; CSN, 2008). La Panure à moustache, très rare dans le Nord-Pas de Calais, niche irrégulièrement sur le site sur les secteurs du Point du jour et du Vivier. L’espèce affectionne les roselières inondées et assez denses (GODIN, 2003). Inscrite à l’annexe I de la Directive Oiseaux, la Gorgebleue à miroir niche régulièrement sur le site depuis le milieu des années 1990. Elle fréquente les milieux à végétations denses composés de buissons et de roselières. Des espaces dégagés sont utilisés pour la recherche de nourriture (CSN, 2008). Egalement présent dans les roselières, comme dans l’ensemble des végétations hygrophiles, le Phragmite des joncs est commun mais vulnérable dans le Nord-Pas de Calais (TOMBAL [coord.], 1996).

Les enjeux avifaunistiques sont ainsi concentrés dans les formationts hélophytiques (roselière, cariçaie) à différentes stades de vieillissement ainsi que différents niveaux de préférence d'hygrophilie.

Le secteur du Calaisis est le seul en région où l’Oie cendrée, classée vulnérable en France (UICN France et al., 2008) et très rare en région (TOMBAL [coord.], 1996), niche de manière régulière. La petite population présente depuis 2002 sur le site est sans doute à mettre en relation avec celle réintroduite au Platier d’Oye. Parmi les espèces remarquables observées historiquement sur le site, on peut noter la Locustelle luscinioïde, en danger d'extinction en France (UICN France et al., 2011) dans les années 1980 (RAEVEL, 1988), la Sarcelle d’hiver avant 1998, ou encore le Butor étoilé, inscrit à l’annexe I de la Directive Oiseaux, présent en période d’hivernage sur le site en 2003 (CSN, 2008).

Parmi les espèces déterminantes d’Odonates, l’Agrion mignon (Coenagrion scitulum) est assez commun en région (GODIN et al. [coord.], 2003), il est inscrit sur la Liste rouge nationale (DOMMANGET, 1987). Cette espèce affectionne les eaux stagnantes et semble préférer les milieux riches en hélophytes et en herbiers (GODIN et al. [coord.], 2003). L'observation d'un accouplement au niveau des berges de l'étang du Point du Jour plaide en faveur d'une autotochnie possible de l'espèce sur le site (milieu favorable) L’Aeschne affine (Aeshna affina) est classée assez rare en région bien qu'elle soit en expansion. L’espèce, qui supporte bien les périodes d’assèchement estival, fréquente principalement les milieux temporaires comme les pannes dunaires et les mares des clairières forestières (GODIN et al. [coord.], 2003). L’autochtonie est possible pour cette aechne qui pourrait se reproduire dans les petites dépressions temporaires du délaissé de la Boucle (CSN, 2008). A noter également la présence de l'Aeschne printanière (Brachytron pratense), espèce peu commune dans le Nord – Pas-de-Calais. La présence de cette espèce en 2008 est remarquable dans la Plaine Maritime Flamande et consitute un enjeux non négligeable. Son habitat est consituté de pièce d'eau comportant des ceintures e végétations structurées et en particulier avec des formations hélophytiques hautes. Concernant les Orthoptères, le Conocéphale des roseaux (Conocephalus dorsalis) est assez commun en région (FERNANDEZ et al., 2004), il est fortement menacé d’extinction dans le domaine némoral (atlantique au sens large) (SARDET & DEFAUT, 2004). L’espèce fréquente les milieux humides à végétation haute (CSN, 2008). Aucune espèce déterminante d’Amphibien n’a pu être observée lors des dernières prospections, néanmoins la présence de l’Alyte accoucheur, du Pélodyte ponctué, du Crapaud calamite et du Triton crêté avant les travaux liés au terminal (RAEVEL, 1988) montre un fort potentiel du site (CSN, 2008).

Commentaires sur la délimitation

Cinq zones de délaissés et de compensation écologique, délimitées par les infrastructures liées au terminal d’Eurotunnel et au réseau de transport (A16, réseau ferré, etc.)et le périmètre d'étude GON Conservatoire des Sites Naturels du Nord et du Pas de Calais ais auquel s’ajoute un secteur à l’est du Vivier, longeant l’A16 au sud, et un à l’est du Point su jour.

Présence d'espèces déterminantes sur l’ensemble des parties du Conservatoire des sites (uniquement flore sur bassin n°1). Busard des roseaux nicheur probable dans partie à l’est du Vivier.