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ZNIEFF 420030299
Forêts et falaises à Wolschwiller

(n° régional : 1685294)

Commentaires généraux

Le site des falaises de Wolschwiller, en situation de frontière avec la Suisse, se caractérise par des affleurements calcaires et des versants abrupts exposés au nord et au sud (falaises du Falkemelsberg, du Raemelspitz). La présence de crêtes calcaires en font un site remarquable avec des habitats boisés diversifiés: Hêtraies calcicole, Erablaie à scolopendre. L'extension au sud correspond à la continuité de la Hêtraie sapinière avec à l'extrême sud une Hêtraie calcaricole thermophile à Seslerie. La flore est particulièrement remarquable avec plus de 50 espèces de phanérogames déterminantes identifiées, essentiellement inféodées aux falaises calcaires, dont la caractéristique Draba aizoides ainsi que plusieurs espèces dont les seules stations alsaciennes se trouvent dans le Jura comme Alyssum montanum, Moehringia muscosa ou Coronilla vaginalis. Par ailleurs, les falaises calcaires du Blenien constituent un site remarquable pour les bryophytes de notre région. Grimmia teretinervis Limpr. a été notamment récoltée, pour la première fois en Alsace, sur le calcaire subvertical fortement ensoleillé, sous le sommet du Blenien (alt. 645 m), en forêt communale de Wolschwiller. Cette espèce est classée « vulnerable V » dans le livre rouge des mousses d’Europe (SCHUMACKER & MARTINY, 1995). L’écologie de la station et la composition bryofloristique de ce groupement de falaises calcaires au Blenien permet de le rattacher à l’association Grimmietum teretinervis Vadam 1994 (ESTRADE J., UNTEREINER A., VADAM J.C., 1999). Or, les spécialistes indiquent que cet « habitat », où la microphyllaie vasculaire est totalement absente, mérite un statut de protection.

En même temps, le même site du Blenien a révélé un autre Grimmia: Grimmia dissimulata, qui trouve ici la 7è station connue en France. Le cortège muscinal et lichénologique du groupement hébergeant G. dissimulata, G. teretinervis et G. tergestina, trois taxons très rares en Alsace, est décrit dans le Bulletin de la Société d’Histoire Naturelle du Pays de Montbéliard:135-154. (ESTRADE J., UNTEREINER A., VADAM J.C., 1999).

L'état de conservation des habitats peut être considéré comme bon à l'échelle du massif. En particulier, l'ensemble du massif est un site d'accueil et d'essaimage pour une faune à tendance "technophobe" (Lynx, Gélinotte des bois, Chat forestier).

En effet, les crêtes et versants doux couverts de forêts de feuillus correspondent à des territoires de Gélinottes des bois, espèce forestière sédentaire en régression dans les Hautes-Vosges et relativement rare dans le Jura alsacien. Les effectifs sont mal connus dans le Jura alsacien, mais les observations dans le périmètre sont relativement bien circonscrites. Cette espèce recherche une certaine diversité d'habitats forestiers avec notamment du Noisetier, du Charme et du Bouleau et la présence de clairières, notamment pour l'élevage des jeunes. Ainsi, la gestion forestière représente un enjeu important et la chasse peut également être un facteur de dérangement et de régression de cette espèce discrète.

Ce vaste massif forestier, en connexion avec le Jura Suisse, est régulièrement fréquenté par le Lynx. Ce félin qui avait disparu d'Alsace à la fin du XIXe siècle, a fait l'objet de réintroduction dans les Vosges et dans le Jura suisse dans les années 1970. Le retour de l’espèce en France s’est fait tout d’abord par le Doubs, puis par l'Ain et enfin par le Jura alsacien. Il est régulièrement entendu en rut dans le secteur qu'il semble affectionner, bien qu'aucune preuve de reproduction n'ait encore jamais été observée.

Les falaises accueillent également une petite population de Sylvandre helvête, papillon diurne particulièrement rare en Alsace et exclusivement présent dans le Jura alsacien.

D'autres habitats particuliers présentent un intérêt, comme la partie amont du ruisseau du Durrmattengraben, habitat particulier du Cordulegastre bidenté.

La fonction de continuum boisé (corridor) est ici fondamentale pour les déplacements des espèces forestières à large rayon d'action comme le Lynx, la Gélinotte des bois et le Chat forestier, dont le Jura alsacien constitue incontestablement un site stratégique en Europe de l’Ouest.

Le site, d'un peu moins de 300 hectares, est inclus dans la ZSC du Jura alsacien et englobe la Réserve Biologique Domaniale de Wolschwiller, le Raemelsberg avec le point culminant du Jura alsacien à 831m d'altitude (Raemelspitz), ainsi que plusieurs sites gérés par le Conservatoire des Sites Alsaciens. Le principal enjeu sur ce site est sylvocynégétique, en lien avec la qualité des forêts de feuillus, la présence de bois mort et la continuité forestière.

Commentaires sur la délimitation

Le zonage de la ZNIEFF tient prioritairement compte de la localisation et de la répartition des falaises calcaires et des territoires de Gélinottes des bois (environ 30 ha par territoire, dans des forêts de feuillus variées intégrant des clairières et de préférence sur des versants doux et des crêtes). Ont également été intégrés la cartographie des habitats déterminants issus de l'élaboration du Document d'Objectifs de la Zone Spéciale de Conservation du Jura alsacien ainsi que la Réserve biologique domaniale de Wolschwiller, ainsi que les domaines vitaux des espèces déterminantes, comme par exemple la partie amont du cours d'eau qui acceuille Cordulegaster bidentata (tronçon d'environ 800m). L'ensemble de ces facteurs a été intégré dans un souhait de cohérence écologique, tout en sachant que les deux anticlinaux du massif du Jura alsacien sont intégrés dans une ZNIEFF de type 2, sans doute plus apte à intégrer le territoire du Lynx. Les limites de la ZNIEFF sont le plus souvent basées sur des frontières nationales (limite avec la Suisse), des changements d'occupation du sol (limite forestière au nord) et des repères paysagers (topographie, chemins forestiers).