ZNIEFF 430002172
FORET DE CHAUX

(n° régional : 14201000)

Commentaires généraux

La forêt de Chaux se situe entre le Doubs et la Loue, à l'est de Dole, et s'étend jusqu'aux Salines Royales d'Arc-et-Senans. Avec près de 20 000 ha d'un seul tenant, une longueur de plus de 26 km et une largeur de 12 km, elle est la troisième forêt française pour la superficie. Elle comprend une forêt domaniale de 13 000 ha, entourée d'une ceinture de bois communaux.

La forêt occupe les restes du vaste delta de l'ancien Aar-Doubs qui se jetait ici à l'époque plio-quaternaire dans le lac bressan sous forme d'un glacis faiblement incliné nord-est - sud-ouest. Le sous-sol est principalement constitué d' un puissant ensemble de cailloutis cimentés dans une pâte argileuse à fortes variations locales et très généralement surmontés de limons. Ces cailloutis n'affleurent que sur les pentes ou en fond de vallons.

La nature du sous-sol et des sols conditionnent l'hydrologie souterraine et de surface et la distribution des groupements végétaux. Le plateau central est caractérisé par une nappe perchée intermittente alimentée par les pluies. La Clauge et son affluent, la Tanche, traversent la forêt d'est en ouest et constituent les principaux ruisseaux permanents de la forêt. Elles disposent d'un bassin d'alimentation constitué par un important chevelu de ruisseaux temporaires. Au nord, le phréatisme donne naissance à différents ruisseaux : la Doulonne, les ruisseaux de Plumont, de la Bretenière, d'Our, de Bief et de Falletans. On rencontre dans ce massif de nombreux petits ruisseaux temporaires à riches peuplements d'hépatiques.

Cette forêt est un vaste massif forestier feuillu collinéen et les principaux groupements forestiers rencontrés sont respectivement :

- la chênaie sessiliflore-boulaie subcontinen-tale à luzule blanche se développe sur les versants bien exposés où affleure le cailloutis de la forêt de Chaux. Cette formation indique des conditions stationnelles extrêmement xériques et très acides. Elle se présente sous l'aspect d'une cépée de chêne sessile sur un sous-bois clair peuplé d'abondants coussinets de leucobryum glauque. En Franche-Comté, on ne retrouve des forêts équivalentes que dans le massif de la Serre et dans les régions périvosgiennes ;

- la hêtraie-chênaie-(charmaie) médioeuro-péenne acidiphile* à luzule des bois et luzule blanche (Fago-Quercetum) couvre de larges superficies sur les plateaux du massif. Cette formation très frugale se développe sur des sols limoneux très oligotrophes* affectés d'engorgements temporaires durant l'hiver et le printemps. Malgré ces conditions difficiles, ces stations permettent le développement d'une futaie mélangée de chênes et de hêtres d'assez bel aspect et de qualité moyenne ;

- la chênaie pédonculée-boulaie (Molinio-Quercetum roboris) occupe les zones les plus engorgées sur les plateaux. Localement, elle couvre des surfaces assez importantes surtout au nord-est du massif. Il s'agit de formations boisées ouvertes, à base de chêne pédonculé, bouleau verruqueux et aulne, dominées au sol par la molinie. Elles proviennent souvent de la recolonisation d'anciens "vides" ou "places vaines" générés par une surexploitation historique (ancienne métallurgie) ; certaines zones comme "la Steppe" situées sur des sols très contraignants, ont résisté aux tentatives de boisements ;

- la hêtraie-chênaie-charmaie médioeuro-péenne mésotrophe* à pâturin de Chaix (Poo chaixii-Carpinetum) relaie la hêtraie-chênaie acidiphile à luzule en bordure de vallon et dans toutes les situations où le sol s'enrichit sensiblement en sels minéraux ;

- la chênaie pédonculée à pâturin de Chaix et crin végétal (Poo chaixii-Quercetum robori) est l'association dominante dans les fonds de vallon bien alimentés en eau. Elle couvre de grandes surfaces dans la vallée de la Clauge et l'exubérance du crin végétal (herbe à matelas) lui donne localement une physionomie très particulière ;

- le chenal parsemé d'îles sableuses de la Clauge accueille une aulnaie alluviale (Alno-Padion) à fougères de composition et d'aspect très originaux ;

- des aulnaies marécageuses très diversifiées s'insèrent dans tout le système hydrographique. Elles sont bien développées en bordure de la vallée de la Clauge, des Doulonnes et caractérisent toute une série de vallons marécageux donnant sur la vallée du Doubs. Hébergant des espèces animales et végétales très particulières (fougère des marais, groupements à sphaigne, à grands carex ou à molinie bleue et calamagrostis...), elles participent beaucoup à la diversité d'ensemble du massif ;

- la partie est du massif (forêts de Fourg et de Liesle) correspond à la bordure calcaire du Jura. Dans ces conditions, se développent d'autres formations forestières comme les hêtraies neutrophiles (ou hêtraie-chênaies) (Scillo-Carpinetum). Ce groupement montre une flore herbacée assez diversifiée dont quelques espèces remarquables comme le lys martagon ou l'isopyre faux pygamon ;

Dans ce contexte forestier, les cours d'eau constituent un important facteur de diversification du milieu. La qualité des eaux est optimale et, compte tenu du contexte forestier, leurs caractéristiques morpho-dynamiques et biologiques sont tout à fait originales. Outre la présence d'espèces protégées à forte valeur patrimoniale comme le chabot ou la lamproie de Planer, très abondante ici, les peuplements de petite faune aquatique figurant parmi les groupes à haut intérêt de la région. Ces ruisseaux abritent également la plus belle population franc-comtoise de salamandre tachetée et une des plus belles de France.

Les cours supérieur et inférieur de la Doulonne forment une vallée très particulière où les eaux courantes froides s'écoulent sur cailloutis siliceux et proviennent de sources intra-forestières protégées de toutes pollutions. Ce ruisseau accueille un vaste complexe de forêts humides (aulnaies, aulnaies-frênaies, aulnaies-érablaies, chênaies pédonculées) à forte valeur patrimoniale et au niveau faunistisque, la lamproie de Planer mais également un cortège complet d'invertébrés benthiques* spécialisés aux conditions intraforestières. La Clauge montre des caractéristiques de même ordre.

Au nord du massif, tout un ensemble de vallons marécageux, donnant sur la vallée du doubs entre Eclans-Nenon et Plumont, constituent un réseau de zones humides dominées par les aulnaies marécageuses : aulnaies-saulaies à sphaignes sur tourbe, aulnaies à crin végétal, aulnaies à laîche allongée, aulnaies à populage et grandes laîches. Cet ensemble de vallons abrite plusieurs espèces protégées : lamproie de Planer, crapaud sonneur, osmonde royale, fougère des marais, carex faux-souchet. L'humidité permanente de l'air permet la rencontre d'espèces montagnardes ou subatlantiques inhabituelles en plaine.

Dans la forêt communale de Liesle, un compartiment marneux abrite un réseau de mares forestières sub-permanentes assurant une importante fonction de relais pour un ensemble très complet d'amphibiens. Elles sont colonisées par des aulnaies et des saulaies. En périphérie, se développent une cariçaie, des aulnaies-frênaies amphibies (abritant une très belle station de fougère des marais) et une chênaie-pédonculée-frênaie.

La forêt de Chaux se distingue également des autres massifs forestiers francs-comtois par son remarquable peuplement de pics (Pic noir, Pic mar, Pic cendré, Pic épeiche, Pic épeichette, Pic vert). Ainsi la grande superficie de la forêt et la densité du Pic mar dans ce massif indiquent qu'il existe probablement une très forte population en forêt de Chaux, plus de 100 couples, la situant parmi les dix plus riches ZICO de France dans ce domaine.

En dehors de ce cortège, il faut souligner la nidification de quelques espèces comme le Busard Saint Martin, l'Engoulevent d'Europe, pie grièche écorcheur, cesespèces étant liées aux faciès dégradés de la forêt. Une petite population de Gélinotte des bois semble subsister sur quelques communes ; cependant son statut mériterait d'être précisé par le biais d'investigations complémentaires. Enfin, l'aigle botté suscite toujours beaucoup d'interrogations quant à sa présence en tant que reproducteur car les grands massifs de plaine ne font pas partie des habitats les plus favorables.

OBJECTIFS ET MOYENS DE PRESERVATION ET DE GESTION

Les objectifs de gestion et les moyens de préservation découlent de la sensibilité particulière des milieux naturels et des atteintes observées. Sur l'ensemble du site, plusieurs priorités se dégagent ; les moyens permettant de les atteindre devront faire l'objet d'une définition au niveau local sur les thèmes suivants :

- réaliser une gestion sylvicole qui favorise les espèces autochtones et l'hétérogénéité de structure ;

- prendre en compte les catalogues des stations forestières dans la gestion quotidienne qui est, de cette manière, apte à assurer la conservation de la biodiversité, tout en appliquant quelques principes de sylviculture visant à introduire une diversité des peuplements et des structures ;

- préserver les milieux naturels non boisés inclus au sein des massifs forestiers (ruisseaux, mardelles forestières, steppe, pelouses sur la côte de Liesle...) ;

- ne pas conduire d'opérations de drainage sur le micro-chevelu de ruisseaux temporaires ;

- prêter le maximum d'attention aux ruisseaux en particulier lors des travaux forestiers et les préserver de tout aménagement ;

- au niveau des ripisylves, des aulnaies marécageuse, assurer une gestion forestière conservatoire qui prenne en compte la diversité des peuplements et les caractéristiques des milieux ;

- sur le bois du Baron, de la Côte d'Or et dans tous les secteurs où elle est présente, conduire une sylviculture favorable à la restauration des populations de gélinotte des bois et assurer une gestion forestière conservatoire dans les secteurs de nidification de l'aigle botté ;

- dans le cadre des dispositions en cours, mettre en place un réseau de réserves biologiques sur les secteurs les plus intéressants.

Commentaires sur la délimitation
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