ZNIEFF 430002195
MASSIF DU RISOUX

(n° régional : 40024000)

Commentaires généraux

Habitats représentés :

- Mégaphorbiaies montagnardes à Cicerbita alpina

- Pelouses acidiphiles (Nardion)

- Pelouses calcicoles mésophile (Mesobromion)

- Hêtraie-sapinière (Abieti-Fagetum)

- Falaises calcaires (Potentilletalia caulescentis) sur la Roche Brizenche

- Hêtraie à adénostyle (érablaie à spirée)

- Hêtraie-érabliaie (hêtraie à hautes herbes)

- Erablaie à sorbier

- Pessière à doradille

Le Massif du Risoux constitue une structure anticlinale qui domine l'accident de Morez situé au sud-ouest. Cet anticlinal se poursuit au delà de la frontière suisse jusqu'à l'accident de Vallorbe-Pontarlier. Son altitude varie entre 1150 et 1300 m et ses limites topographiques sont marquées par des escarpements importants. L'intense érosion glaciaire a façonné le relief du replat sommital en d'immenses dépressions au fond desquelles les masses d'air froid plus denses restent prisonnières. Sur les sommets, l'eau et le gel ont sculpté les dalles calcaires compactes en lapiaz (bancs de calcaire durs séparés en gros blocs par la dissolution d'éléments calcaires plus tendres).

Ce massif forestier présente par son étendue, son altitude et la diversité des milieux naturels une valeur biologique considérable. Les formations végétales représentées appartiennent aux étages montagnard supérieur et subalpin.

- La hêtraie-sapinière représente le stade climacique de l'étage montagnard supérieur et occupe les secteurs d’altitude inférieure à 1200 - 1300 mètres, sur les pentes moyennes et faibles. Le peuplement est dominé par le hêtre et l'épicéa, le sapin étant inégalement réparti (absent dans la partie sud). La régénération naturelle du hêtre, très dynamique sur certains secteurs (petites propriétés privées des bordures, certaines parcelles de forêts communales) peut induire l'existence de hêtraies denses et monospécifiques. Quelques anciens prés bois sont colonisés par des peuplements presque purs d'épicéa. A ces exceptions près, les hêtraies-sapinières sont traitées en futaie jardinée si bien que le sous-bois, toujours frais, est particulièrement riche en espèces avec une strate herbacée dominée par la fétuque des bois. Quelle que soit l'altitude, les forêts de pente se succèdent et se remplacent selon les mêmes lois : variation de la taille et de la mobilité des cailloux, pourcentage d'espaces vides entre les blocs. Ainsi, en situation plus froide et sur éboulis plus ou moins grossiers, la hêtraie-sapinière évolue vers une hêtraie à adénostyle ou une érablaie à spirée, lorsque l'éboulis est enrichi en terre fine.

- A partir de 1200 m d'altitude, sur sol acidifié en surface par les précipitations abondantes, la hêtraie-érablaie (ou hêtraie à hautes herbes) représente le climax de l'étage subalpin. L'érable sycomore, vigoureux en régénération, a souvent été éliminé par les traitements sylvicoles qui tendent à favoriser les essences résineuses. Si le couvert arboré demeure clairsemé, la strate arbustive est assez bien développée avec le sorbier des oiseleurs, les chèvrefeuilles noir et des Alpes ou le rosier des Alpes. L'exubérance des herbacées confère au groupement une physionomie tout à fait originale avec la présence d'espèces de grande taille comme le prénanthe pourpre, le persil sauvage, la renoncule à feuilles d'aconit...

- Sur les lapiaz de la zone centrale fortement érodée, s’installe la pessière à doradille où l'épicéa assure à lui seul la couverture arborée. Quelques arbustes comme le rosier des alpes, le chèvrefeuille noir dominent un peuplement clairsemé. Cette pessière s'installe sur des sols peu épais, très humifères et acides en surface, favorables à une petite orchidée, la listère cordée. Cette pessière sur lapiaz est traitée en futaie jardinée et les conditions de sol et de climat conditionnent une forêt claire à fort recouvrement de myrtilles.

- Les éboulis qui dominent Bellefontaine sont colonisés par une érablière à sorbier.

- Dans les nombreuses dépressions apparaissent fréquemment des mégaphorbiaies* d'altitude (ou formation de hautes herbes des sols eutrophes) à laitue des Alpes.

- En plusieurs endroits apparaissent des tourbières intra-forestières, riches en sphaignes et installées sur des pentes, phénomène exceptionnel dans le Jura. Leur situation est liée à une alimentation par des eaux acides (eaux de pluie et eaux de ruissellement acidifiées par les sols).

La Chaux Sèche, de même que les différents "plans" permettent le développement de pelouses sommitales mésophiles qui contribuent à la diversification d’un site à flore subalpine typique et remarquable : nigritelle noire, campanule en thyrse (toutes deux protégées en région Franche-Comté)... La végétation des corniches et des falaises est caractéristique : l’orientation sud favorise une flore de sols secs et ensoleillés (flore xérophile). On ne saurait clore cette présentation des milieux rocheux sans parler des éboulis situés en pied de falaise. Ils constituent un des plus beaux exemples présents en Franche-Comté à l'étage montagnard. Aux quelques plantes herbacées hautement spécialisées des éboulis mobiles, font suite, dans les parties plus stables, érables et sorbiers.

La forêt du Risoux est connue comme un bastion historique de la chevêchette d'Europe en france, mais cette réputation ne doit pas occulter, d'une part, la présence d'effectifs non négligeables dans les massifs périphériques et d'autre part, le reste du peuplement de ce massif : gélinotte des bois, grand tétras, venturon montagnard, tarin des aulnes.

Cette forêt accueille une population de gélinotte des bois très fluctuante, sans qu'il soit possible de mettre en évidence un déclin : l'effectif se situe dans un épisode bas aux environs de 80 individus. Le grand tétras présente une population limitée à moins de 40 individus dont seulement 9 coqs chanteurs pour les années 2000/2001. La conservation de la population du Risol-Mont-d'Or-Risoux est considérée comme prioritaire par les spécialistes

Les chouettes d'altitude trouvent dans la forêt du Risoux un habitat de pérdilection puisque les densités constatées sont assez fortes. Les pentes peuplées de hêtres sont très favorables au pic noir offrant des cavités à la chouette de Tegmalm alors que la partie centrale est très favorable à la chevêchette d'europe. La présence de Pic épeiche dans la zone centrale conditionne l'existence de cavités favorables à l'espèce. Enfin, les zones de régénération sont préférées alors que les zones réellement ouvertes sont évitées.

Les falaises bordant le massif abritent entre 1 et 3 couple de faucon pélerin. Ces oiseaux exploitent, tout comme les autres rapaces (milans et bondrée) le massif forestier et les vallées avoisinantes.

La présence régulière en petits effectifs du tarin des aulnes peut être envisagé sur le massif. Le venturon montagnard est abondant aux abords de la Chaux Sèche ; la pessière claire, mésophile à sèche avec de nombreuses lisières représenterait son habitat de prédilection. Ce site constitue donc probablement une zone importante pour la nidification de cette espèce.

La Chaux-Sèche constitue une originalité importante de ce massif, laissant la possibilité à certaines espèces de milieux ouverts ou semi-ouverts de nicher (venturon montagnard, alouette lulu et tarin des aulnes dans une moindre mesure).

Pour les reptiles, ce secteur présente une caractéristique biogéographique importante avec la jonction des domaines de la vipère aspic et de la vipère péliade. Chez les mammifères, le lynx est très bien représenté dans ce secteur et dans le monde des insectes, quelques papillons diurnes sont remarquables. A ce titre, le massif abrite la plus belle population franc-comtoise de piéride de la bryone, insecte d'altitude relativement rare et lié aux bordures des chemins où l'arabette constitue la plante hôte. Il convient également de signaler l'apollon et le protée, tous deux protégés et inféodés aux pelouses sèches.

Malgré les mesures règlementaires, ce site subit durant la période hivernale une pression touristique très importante. Plusieurs atteintes aux habitats ont été réalisées ces dernières années et attestent d'un manque d'attention évident pour ce secteur unique en Franche-Comté. L'intégration au réseau Natura 2000 permettra peut-être de réunir tous les acteurs présents sur ce massif afin de renforcer sa protection. La gestion forestière pourrait ainsi prendre en compte la présence du grand tétras, du venturon montagnard et de la chevêchette d'Europe, trois espèces très bien représentées dans le Risoux.

POLITIQUES DE PRESERVATION ACTUELLES

Tout d'abord, un arrêté de protection de biotope a été mis en place sur la partie centrale du Risoux; cette réglementation ayant pour principal objectif d'organiser la fréquentation touristique hivernale. Un comité local garantit sa bonne application de même qu'il propose les mesures susceptibles d'en améliorer son efficacité ;

Parallèlement, un programme Life Nature vient d'être conduit durant la période 1993 - 1997. Il visait à la protection des populations de tétraonidés, notamment grâce à :

- une meilleure connaissance de leurs populations et habitats;

- l'identification des facteurs limitants pour ces deux espèces ;

- l'établissement des orientations de gestion sylvicole et leur mise en œuvre ;

- la formation et la sensibilisation de tous les acteurs.

De nombreuses expérimentations ont été mises en oeuvre sur le Risoux. Du point de vue économique, il apparait que les actions n'engagent généralement pas de surcoûts notables. En même temps, les professionnels s'accordent tous pour déclarer que la sylviculture favorable au tétras est églament la plus intéressante du point de vue économique parce qu'adaptée au climat et à la nature des sols.

Enfin, a débuté une opération locale agriculture-environnement dont l'objectif est de soutenir financièrement le maintien d'activités pastorales sur les prés bois et les pelouses d'altitude. A ce titre, la Chaux Sèche de même que les plans sont éligibles.

Commentaires sur la délimitation
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