ZNIEFF 430002211
BOIS ET ETANGS DU NORD DE LA BRESSE

(n° régional : 37037000)

Commentaires généraux

La Bresse, partie nord des bassins d'effondrement du Rhône et de la Saône, était occupée par un lac à la fin de l'ère tertiaire. Cette zone formait alors un vaste delta servant d'embouchure au fleuve qui regroupait les eaux du Rhin et du Doubs actuel. Des alluvions se sont déposées sur de grandes épaisseurs, rapprochant ainsi la Bresse jurassienne de la Dombe. Le retrait progressif du lac bressan a laissé place à de vastes marécages.

Les étangs de la Bresse doivent probablement leur création aux seigneurs et aux moines, grands consommateurs de poissons. L'apparition des étangs qui servaient alors à la pisciculture et de réserve d'eau pour le bétail semble dater du XIIIème siècle. Dans les régions favorisées par un sol peu perméable, on réalisait des plans d'eau de faible étendue et de faible profondeur (moins de 3 m.) alimentés en eau par les précipitations, des sources ou le ruissellement voisin (cas de la Bresse). Dés le XVIIème siècle, les campagnes d'assèchement vont entraîner la réduction du nombre d'étangs, qui couvrent moins de 5 ha dans 80 % des cas.

Ce site est un complexe d'étangs, de prairies et de bois humides de l'ordre de 5700 ha. Les étangs, au nombre d'une centaine, occupent une superficie d'environ 500 ha, la forêt couvrant les plus grandes surfaces (3500 ha). Les secteurs agricoles (prairies et cultures) et les zones urbanisées représentent environ le tiers du secteur.

Ce site recèle un ensemble de communautés intéressantes, végétales, aquatiques, forestières, tourbeuses et prairiales.

Parmi les étangs, il convient de distinguer, pour leur grande valeur biologique, les étangs Seigneur, de la mare au Cresson, Maître Benoît, Chardenet, Guignard, Chancelier, Bolais, de Chêne-Bernard, Georges, de la Bolaise, Neuf, des Deux-Fays, Bon, la Dame Rouge et les étangs de Sergenon (la Madeleine, Neuf, la Combe et Vieux). En périphérie, apparait, la plupart du temps, la forêt, laissant généralement peu de place au développement de ceintures végétales importantes.

Ces étangs à Potamogeton trichoïdes (Potamot capillaire) appartiennent au type méso-eutrophe* (non acides et moyennement riches en éléments nutritifs). Ils se distinguent par la présence d'espèces végétales typiques et rares en France ou dans la région, la marsilée à quatre feuilles et la lindernie couchée, strictement protégées dans tous les pays européens, la renoncule grande-douve protégée en France, ainsi que 6 autres espèces protégées au niveau régional parmi lesquelles le scirpe de Micheli et le potamot à feuilles de graminée.

Pour ce qui concerne la forêt, on rencontre de la chênaie-charmaie mésotrophe sur les terrains qui se ressuyent le mieux ; elle vient en contact avec des chênaies pédonculées qui occupent les terrains humides. Localement, les sols acides hébergent une hêtraie-chênaie acidiphile* et les sols engorgés supportent une aulnaie-frênaie. Elle se situe dans les bas fonds, en bordure des ruisseaux ou encore en ceinture externe des étangs. Même si ces forêts humides couvrent une surface plus restreinte, la mosaïque qu'elles constituent avec les autres types confère à l'ensemble une forte valeur écologique. Il convient enfin de noter que ces forêts ont conservé une exploitation peu intensive, même si localement quelques parcelles ont été enrésinées.

Les prairies naturelles (prairies permanentes sans drainage) sont apparentées à des formations méso-hygrophiles* à brome racémeux, acidiclines* (légèrement acide) avec une tendance thermophile* faiblement liée aux remontées climatiques véhiculées par le couloir rhodanien. La flore est marquée par une orchidée particulière, l'orchis à fleurs lâches, protégée au niveau régional.

Le Mou de Pleure est un marais oligotrophe* tourbeux de moins d'un hectare, situé au milieu d'un complexe d'aulnaies marécageuses plus ou moins oligotrophes* et de mégaphorbiaies* (formation à hautes herbes) situées le long du ruisseau du Mou. Ce marais présente un haut intérêt historique et archéologique.

En plus d'une flore typique et caractéristique, les étangs de Bresse constituent un site exceptionnel de nidification et d'étape pour l'avifaune. Héron pourpré, blongios nain, faucon hobereau, busard des roseaux, martin pêcheur, figurent parmi les espèces les plus remarquables, certaines trouvant là leur seul site de nidification en Franche-Comté.

Enfin, il convient également de mentionner les batraciens. L'humidité constante, l'imbrication étroite des milieux aquatiques et forestiers, la présence de prairies sont autant de facteurs propices à leur reproduction ; la Bresse constitue ainsi un réservoir batracologique très important. Au sein de ce peuplement, il faut signaler la présence de la rainette verte et de la grenouille agile, associées au lézard vivipare et à la couleuvre verte et jaune, tous protégés dans les différents pays européens.

Dans les secteurs agricoles, les sols hydromorphes*, largement représentés dans la région, font progressivement l'objet de drainages et d'une mise en culture. Autrefois très répandus en Bresse avant les opérations de drainage, les prairies naturelles qui demeurent méritent d'être sauvegardés par des mesures adaptées.

OBJECTIFS ET MOYENS DE PRESERVATION ET DE GESTION

Les objectifs de gestion et les moyens de préservation découlent de la sensibilité particulière des milieux naturels et des atteintes observées. Sur l'ensemble du site, plusieurs priorités se dégagent ; les moyens permettant de les atteindre devront faire l'objet d'une définition au niveau local.

Au-delà d'une stratégie ponctuelle et partielle, la protection des étangs requiert des mesures incitatives susceptibles d'encourager leur exploitation traditionnelle extensive et cyclique .

Compte tenu de la nature des formations végétales et de leur intérêt biologique (maturité et structure), la gestion des massifs forestiers nécessitent la mise en place d'une cartographie opérationnelle qui permettra de définir, les secteurs non exploitables, ceux devant faire l'objet d'une gestion particulière et ceux où une gestion ordinaire adaptée aux potentialités du milieux est suffisante. Parmi les premiers, il convient de distinguer les formations humides (aulnaie-frênaie, aulnaies marécageuses, marais), les milieux ouverts intra-forestiers, les éventuels secteurs à très grande valeur ornithologique (grands échassiers) et les ruisseaux forestiers. Pour les seconds, quelques principes peuvent être avancés au rang desquels figurent le maintien de la vocation feuillue des peuplements. L'absence de draînage peut être envisagée sur les stations dont l'intérêt patrimonial est reconnu. La régénération naturelle peut également être conseillée lorsqu'elle est réalisable avec maintien de quelques gros bois.

La préservation des quelques prairies méso-hygrophiles* présentes, passe par la mise en oeuvre de pratiques agricoles adaptées compatibles avec la qualité des milieux : arrêt du drainage et exploitation extensive.

Les ruisseaux du secteur abritant originellement des peuplements de qualité, sont soumis à l'influence des étangs et ont subi pour la plupart des recalibrages plus ou moins importants.

Des éléments de connaissance supplémentaires doivent être acquis sur ces milieux afin de connaître notamment, sur les moins perturbés le statut actuel des populations d'écrevisses à pieds blancs du site.

Commentaires sur la délimitation
Aucune information disponible