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ZNIEFF 430007711
BOIS DU RECEPAGE

(n° régional : 14000106)

Commentaires généraux

COMMENTAIRE GENERAL

Entre les vallées du Doubs et de la Saône, le bois du Recépage constitue un ensemble forestier très isolé dans un contexte artificialisé (zone industrielle, agglomérations, réseau routier, aéroport). Ce bois de plus de 600 hectares s’étend dans la vaste zone d’épandage alluvionnaire tertiaire correspondant à la petite région agricole du Finage, où les cultures intensives sont dominantes. Le fonctionnement hydrologique de la nappe phréatique permet de rattacher cette forêt au bassin versant du Doubs.

 

Cet ensemble se révèle particulièrement original à l’échelle du département du Jura et même de la région, du fait de la nature des groupements végétaux représentés :

- la chênaie pédonculée-ormaie-frênaie, qui couvre ici environ 250 hectares, est caractéristique des forêts alluviales des grands fleuves. Ce groupement d'intérêt européen, très rare en France, l’est également en Franche-Comté où il ne compte plus que 1000 hectares au total : le bois du Recépage constitue même le seul vestige de la plaine du Doubs. Installé sur des alluvions récentes, ce type de végétation est normalement soumis à une inondation régulière ; c’était encore le cas il y a quelques décennies, mais une baisse sensible du niveau de la nappe est constatée depuis lors. Cette forêt est caractérisée par une fertilité élevée : les peuplements de chêne pédonculé et de frêne présentent une maturité, une taille et une qualité remarquables. Les essences diversifiées comprennent notamment trois espèces d'orme (champêtre, lisse et des montagnes) et quelques individus de frêne oxyphylle. Toutefois, la majeure partie de la population de frêne est constituée par un hybride entre les frênes oxyphylle et commun. Parmi les plantes herbacées, il faut signaler la laîche maigre et la scrophulaire auriculée, peu communes. Par contre, l'euphorbe des marais, protégée dans la région, n'a pas été retrouvée récemment.

 

- sur les alluvions de plus haut niveau (basse terrasse), une chênaie pédonculée occupe quasiment le reste du peuplement forestier. Cet habitat à déterminisme édaphique (sols très bien alimentés en eau) est également sensible aux modifications du niveau de la nappe.

 

- enfin, des aulnaies-frênaies s’étendent le long du tracé des cours d’eau. Elles sont maintenant cantonnées sous forme d'un linéaire étroit suite à l'assèchement chronique des ruisseaux du Cleux et du Bief Noir ; les quelques mares forestières sont maintenant atterries et boisées.

 

STATUT DE PROTECTION

Aucune protection réglementaire de l’espace n’a été mise en place. En revanche, la présence d’une plante protégée confère indirectement un statut de protection au milieu : la législation interdit en effet de porter atteinte aux espèces et aux milieux qui les supportent (arrêté ministériel du 22/06/92).

 

OBJECTIFS DE PRESERVATION

Bien que son caractère inondable soit moins marqué au fil du temps, le bois du Recépage conserve un intérêt patrimonial très élevé. La préservation durable de ce vaste ensemble relictuel est liée au bon fonctionnement hydrologique et à l’intégrité des milieux. En tout premier lieu, l’évolution du niveau de la nappe alluviale conditionne la pérennité des groupements humides, puisque celui-ci influe directement sur la fréquence des inondations, l’assèchement des ruisseaux et l’atterrissement des mares intra-forestières. De ce fait, le niveau devrait être au moins maintenu dans sa situation actuelle. Ainsi, les fonctions d’amélioration de la qualité de l’eau, de régulation hydrique, de fixation des berges et de limitation de l’érosion auxquelles participe cette forêt pourraient perdurer. Les activités humaines développées en périphérie ont également une influence majeure.

 

Les objectifs de gestion sylvicole vont viser à maintenir la diversité des essences dans une structure de futaie irrégulière claire, favoriser la régénération naturelle et conserver quelques arbres surannés ou morts. Lors de toute intervention, il conviendra de tenir compte de la sensibilité au tassement des sols hydromorphes.

 

La découverte des restes de lucane cerf-volant au bord d'un chemin forestier présage fort de sa reproduction sur le massif. La larve de cette espèce se développe dans le bois d'essences diversifiées (non résineuse); toutefois, le chêne a sa préférence. Il faut donc veiller à préserver les vieux arbres et les bois morts d'essences diversifiées pour assurer son maintien. Ce type de gestion permettra, en outre, le maintien et la diversification du peuplement de coléoptères saproxyliques, dont le lucane fait partie.

Commentaires sur la délimitation

La zone est délimitée sur la base de la répartition et de l'agencement spatial des habitats :

- vestige unique sur une superficie assez étendue de forêts alluviales à bois dur pour la plaine alluviale du Doubs

- fonctionnement et relations des écosystèmes entre eux en relation avec le fonctionnement de la nappe phréatique