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ZNIEFF 530008263
BELLE-ILE-EN-MER

(n° régional : 01180000)

Commentaires généraux

La ZNIEFF de type 2 de Belle-Île-en-Mer couvre l’ensemble du littoral terrestre et l’estran sableux, vaseux (ria de Sauzon) ou rocheux, et une bande infralittorale en pied de falaise, s’interrompant seulement au niveau des ports de Le Palais et de Sauzon. Une très grande partie de ce littoral est également inscrite en plusieurs ZNIEFF de type I : la côte exposée de la Pointe du Cardinal à la Pointe de Kerdonis (n° 01180001) côtoyant la dune et les vallons de Donnant (01180002), et Baluden et les coteaux d’Herlin (01180003), puis la côte Nord-Est de l’île de la Pointe de Ramonette à Porh Huelen incluant les Grands Sables et les coteaux d’Arnaud (01180004), ainsi qu’au Nord Ouest : de la ria de Sauzon à la Pointe de Taillefer (01180005). Une sixième ZNIEFF de type I complètement intérieure est décrite : les landes de Runello et de les Goulenno (01180006) où se concentrent divers intérêts naturalistes forts.

La ZNIEFF II repère donc principalement en plus : le restant de la côte non couvert par les ZNIEFF de type I, les vallons du Steir Vraz et de Locqueltas sur Sauzon ; du Bois Trochu, du ruisseau du Potager, de Nantskol, de Borfloc’h et de Bordardoué en Le Palais ; les vallons entre Arnaud et Kerdavid ainsi que le grand vallon de Port-an-Dro sur Locmaria, les vallons de Calastren, du Stang Per et de Port Goulphar sur Bangor, et le vallon de Kerourdé à cheval sur trois communes. La plupart de ces vallons sont inscrits en zone protégée au titre de la loi Littoral ou en zone de protection naturelle dans les documents d’urbanisme. Par contre étaient pratiquement sans aucun repérage officiel le chapelet de landes intérieures plus ou moins mésophiles situé sur la ligne de partage des eaux entre Sauzon et Locmaria : les secteurs de Lanno-Bordelann-zone des Semis, du Menhir Jeanne et de Borticado, de Kervarijon, et de Ti Seveno-Le Coty. Plusieurs de ces landes atlantiques à ajonc de La Gall et bruyères (dont la bruyère vagabonde) restent bien typées, sont floristiquement diversifiées et abritent souvent des espèces de faune et de flore, remarquables, parfois à l’échelle bretonne et toujours pour l’île. Ces landes portent parfois des petites zones sourceuses acides à molinie, habitat rare sur l’île. Elles nécessitent gestion et protection.

La partie marine, qui n’est pas couverte par cette ZNIEFF devra faire l’objet de descriptions ZNIEFF "Mer"spécifiques, l’une d’elles est en cours d’élaboration sur la côte Ouest de l’île (par la Station de biologie marine de Concarneau - MNHN), d’autres pourraient suivre au Nord où existent de forts enjeux (source 105).

Les habitats déterminants majeurs retenus sur cette ZNIEFF de type II sont les suivants :

- les landes et fourrés : les landes mésophiles intérieures évoquées plus haut, et les landes littorales sèches : à bruyère cendrée et ajonc d’Europe (dont la variété maritime prostrée), ou à bruyère vagabonde (Erica vagans), habitats d’intérêt communautaire, ce dernier étant prioritaire et s’étendant sur la côte Ouest et Sud de l’île ; mais aussi landes-fourrés à ajonc d’Europe, ptéridaies littorales, et fourrés à prunelliers, également réservoirs de la biodiversité générale de l’île,

- les falaises maritimes et les côtes rocheuses : rochers en falaise des zones supra-littorale et médio-littorale en mode exposé ou plus abrité, les groupements avec végétation : chasmophytiques (de rochers), de pelouses littorales et des corniches, et les petites zones humides d’eau douce situées dans les rentrants de la côte,

- les plages de sables (sans végétation, ou dominés par des espèces annuelles ou vivaces) et les formations ou placages dunaires (principalement la dune grise et ses ourlets) - voir ZNIEFF n° 01180002, 3 et 4.

- les prairies humides, mégaphorbiaies, bas-marais acides et moliniaies (ces derniers, d’intérêt communautaire, et rares pour l’île se concentrent dans le secteur de Runello-Kergoyet et ne sont pas dans le périmètre Natura 2000)

- les ormaies littorales et de ravins, et les chênaie-hêtraies.

Intérêt floristique : Belle-île est un site botanique exceptionnel pour la Bretagne : près de la moitié des plantes vasculaires du Massif Armoricain y ont été signalées (source 76), sur les 80 plantes vasculaires déterminantes pour les ZNIEFF listées à la liste 2a suivante qui reprend l’ensemble des données remarquables de l’île postérieures à 1990, 31 plantes sont protégées par la Loi en France (11) ou en Bretagne (20), seules deux d’entre-elles sont disparues (Otanthus maritimus et Euphorbia peplis). De plus dans la cinquantaine de taxons remarquables sans statut de protection, existent de véritables raretés bretonnes. Une très grande partie des plantes les plus rares figure dans une ou plusieurs des ZNIEFF de type I, où certaines sont évoquées dans le commentaire général de ces fiches.

Parmi cet ensemble de plantes rares, il y a plusieurs taxons qui ne se trouvent qu’à Belle-Île pour l’ensemble de la Bretagne : la gesse blanchâtre (Lathyrus pannonicus), le tolpis en ombelle (Tolpis barbata), la brunelle blanche (Prunella laciniata), le lin à 3 styles (Linum trigynum), ou la linaire radicante (Kicksia commutata) symbole de la flore belliloise, l’île étant la seule localité du Massif Armoricain pour cette plante.

8 plantes parmi les 37 espèces à très forte valeur patrimonial pour la Bretagne, et pour lesquelles le Conservatoire Botanique National de Brest étudie des mesures de conservation, sont actuellement présentes dans l’île. Et les 2 plantes d’intérêt communautaire devant particulièrement faire l’objet de mesures de conservation dans le cadre du programme Natura 2000 à Belle-Île sont la patience des rochers (Rumex rupestris) et la cynoglosse des dunes (Omphalodes littoralis).

Si les roches volcano-sédimentaires constitutives de l’île sont à réponse globalement acide, il apparaît aussi toutefois que même en dehors des secteurs connus d’accumulation sableuse, existent des reliquats d’une ancienne couverture pliocène de sables et de galets d’origine marine (C. Audren 2000), qui peut expliquer des enrichissements locaux en calcaire se traduisant par la présence d’un nombre élevé de plantes calcicoles ou calciphiles, ce qui est peu commun en Bretagne.

Un important inventaire mycologique est en cours sur l’île qui recèle de grandes raretés, dont les stations sont dans la mesure du possible intégrées aux différents périmètres des ZNIEFF, mentionnons particulièrement l’amanite de Singer (Amanita singeri) près de Nantskol, et la lépiote d’Angers (Lepiota andegavensis) près de Samzun - voir aussi ZNIEFF n° 01180004.

D’autres données existantes ou à acquérir sont encore à réunir pour d’autres groupes de végétaux terrestres (lichens, bryophytes : source 69, etc.)

Intérêt faunistique : l’avifaune belliloise (source 77) est également intéressante pour ses oiseaux marins dont 6 espèces sont nicheuses : les Goélands marin, brun et argenté, le Cormoran huppé et le Pétrel fulmar (nicheur irrégulier), et la Mouette tridactyle dont la colonie est en voie de disparition rapide principalement à cause de la prédation (source 100). Le Grand corbeau nicheur en falaise (5 couples sur l’île en 2005), et le Crave à bec rouge (19 couples en 2006) restent emblématiques des falaises et pelouses maritimes, et sont des nicheurs rares en Bretagne. Plusieurs limicoles sont nicheurs dans l’île : une

quarantaine de couples de Vanneau huppé (en 1999) sont nicheurs dans les prairies hygrophiles de l’Ouest de l’île, l’Huîtrier pie se reproduit sur la côte (25 nids par an en moyenne).

Une mention spéciale doit être retenue pour le Pigeon biset qui ne fréquente plus à l’état sauvage que la Corse et Belle-Île et se reproduit dans des grottes littorales sur cette côte (source 77).

Par les études menées sur certains vallons intérieurs (Vallon du Stang Per en Bangor par le CPIE avec l’aide du GRETIA et de naturalistes locaux notamment) la connaissance sur les invertébrés progresse, et certaines données issues de ces études par leur rareté régionale sont proposées à la liste des espèces déterminantes, tel que l’araignée Hypsosinga pygmaea dont une seule station était connue sur le Massif Armoricain selon Canard et al. (1990) - source 97.

Un crustacé particulier, le pouce-pied (Pollicipes cornucopiae) est une espèce d’intérêt patrimonial à conserver. Belle-Île abrite principalement sur sa côte Ouest d’importantes colonies qui font l’objet d’une pêche commerciale principalement à destination de l’Espagne, pêche à présent réglementée, avec la nécessité pour les pêcheurs d’un engagement à participer à des programmes de gestion de la ressource.

Les principaux acteurs de la connaissance et de la conservation du milieu naturel sur l’île sont :

- le CPIE de Belle-Île-en-Mer (Maison de la Nature) qui oeuvre au développement de la connaissance du patrimoine environnemental de l’île, et participe à sa protection, sa gestion et sa mise en valeur. Le CPIE développe des inventaires et des expertises visant à renforcer sa connaissance, ainsi que des projets de gestion d’espaces (suivi ornithologique de la population du Grand Corbeau, inventaires perpétuels de la flore et de la mycoflore, étude sur le pouce-pied, Contrat Nature en partenariat avec la Municipalité de Bangor pour la mise en valeur et la gestion des vallons et landes mésophiles de la commune, programme de chantiers nature avec différents types de publics : ouverture de sentiers, mise en valeur du petit patrimoine, etc.) - source : site internet CPIE.

- l’association Bretagne Vivante - SEPNB créatrice et gestionnaire de la colonie d’oiseaux marins de Koh Kastell (voir ZNIEFF 01180001) qui réalise le suivis des oiseaux marins et du Crave à bec rouge sur l’ensemble de l’île, et a une convention de partenariat avec un propriétaire et un exploitant agricole pour gérer une station botanique à Runello.

- La mise en oeuvre du programme de conservation Natura 2000 de l’île de Belle-Île est confiée à la Communauté de communes de Belle-Île (CCBI), opérateur local. Les secteurs essentiels du périmètre terrestre du Site d’intérêt communautaire de l’île sont inclus dans les ZNIEFF. Les actions programmées et en cours de réalisation annoncées au Document d’Objectifs (source 95), sont :

- «Maîtriser les fréquentations sur les zones attractives et les milieux naturels sensibles», en particulier les circulations automobiles et piétonnes de nombreux sites touristiques (Pointe des Poulains et pointes de la côte Sud)

- «Lutter contre la banalisation des habitats naturels terrestres les plus rares et les plus riches» : les milieux dunaires et les landes, particulièrement la lande à bruyère vagabonde avec notamment le problème de l’impact négatif des colonies de goélands, la lutte contre les espèces végétales envahissantes, etc.

- «Limiter la dégradation des habitats marins les plus riches et fragiles»

- «Limiter les dégradations des habitats humides et forestiers d’intérêt communautaire »

- «Garantir les conditions de la présence des espèces végétales patrimoniales»

- «Sensibiliser et impliquer les usagers à la préservation des milieux naturels et des espèces»

La CCBI copilote également les études d’impact et de restauration relatives à la marée noire de l’Erika, depuis 2000.

Protections : la plupart des protections réglementaires et foncières des espaces naturels sont sur la bande côtière, et sont détaillées dans chaque ZNIEFF de type I.

Manque espèce:

OPHRYS SPHEGODES subsp. PASSIONIS

bellardia trixago var. bicolor

calistra argiolus

ochlodes fauna

METELLINA MENARDI

Commentaires sur la délimitation

Le périmètre de la ZNIEFF II est principalement augmenté sur la partie terrestre de l’île pour inclure l’essentiel des landes et des vallons intérieurs dont les connaissances naturalistes ont été fortement augmentées ces dernières années, et dont les résultats justifient ce repérage en ZNIEFF II.

Quelques structures de loisirs, bâtiments ou maisons, généralement isolés, très proches de la côte ou dans les fonds de vallons ont été conservés dans le périmètre. Des cultures et prairies plus ou moins enclavées dans les secteurs de landes ont aussi été conservées, parfois du fait de l’existence de stations botaniques importantes. Certains boisements et plans d’eau artificiels sont intégrés dans la ZNIEFF pour l’avifaune du site.