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ZNIEFF 530030114
LAN BERN ET LA GRANDE TRANCHÉE (ancien nom : LANDE ET TOURBIÈRE DE LAN BERN)

(n° régional : 00000846)

Commentaires généraux

La zone humide de Lan Bern est située sur un plateau à l’endroit d’une dépression assez large mais très peu marquée, les sols s’avèrent particulièrement hydromorphes (sols à gley dominants). Un seul ruisseau issu du site gagne le Canal de Nantes à Brest à l’extrémité Est de la "Grande Tranchée". Une grande partie de la zone est occupée par une lande humide parsemée de quelques dépressions tourbeuses, plus marquées au Sud-Est du site. Quelques prairies humides un peu artificialisées, ou plus fréquemment en voie d’abandon, se trouvent à la périphérie, Nord-Est principalement. Une ancienne zone d’agriculture traditionnelle située au Nord porte aujourd’hui un ensemble composite de parcelles en prairies, fourrés, landes et surtout bois encore marqués par une certaine humidité. Au Sud, une forte lisière boisée d’arbres feuillus et de pins surmonte la levée de terre bordant le Canal et dans sa continuité à l’Ouest une mare et des clairières en landes humides à tourbeuses subsistent. Le puit de la ferme de Coatrennec est associé à la zone humide qui remonte à proximité immédiate.

Dans un but de sauvegarde et de conservation, la Fondation pour la Protection des Habitats de la Faune Sauvage a depuis 1990 acquis 76 hectares (dont une très grande partie des landes). L’Association de Mise en Valeur (AMV) de Lan Bern et Magoar Penvern est gestionnaire de cette propriété. Une convention d’usage et de gestion tripartite associe la Fondation, la Fédération Départementale des Chasseurs des Côtes d’Armor et l’AMV.

Grâce à la gestion qui y est menée ce site tourbeux a révélé ses fortes potentialités biologiques qui le placent à un niveau d’intérêt régional. Lan Bern est classé depuis décembre 2008 "Espace naturel remarquable de Bretagne" (Réserve naturelle régionale).

Le site de la « Grande Tranchée » est l’endroit culminant (184 m) du bief de partage des eaux entre les bassins versants de l’Aulne et du Blavet (Canal de Nantes à Brest). Cette imposante structure artificielle est surtout boisée mais porte aussi des landes, ainsi que quelques prairies humides sur son revers au Sud. Le canal à ce niveau porte par place une végétation aquatique, végétation qui atterri dans la réserve de Ker Gérard et les petits réservoirs près de Pont ar Len, limites Ouest et Est de la ZNIEFF. La Grande

Tranchée est Domaine public de l’Etat, concédé par délégation au Département des Côtes d’Armor. L‘ensemble du site est classé en réserve de chasse ministérielle.

Milieux principaux : landes méso-hygrophiles à tourbeuses (à sphaignes) à ajonc de Le Gall, bruyères ciliée et à 4 angles, et callune (faciès oligotrophes à scirpe cespiteux) ; groupements de tourbières, à molinie et/ou narthécie, et pionniers sur tourbe nue (Rhynchosporetum sur placettes d’étrépage et secteurs pâturés) ou aquatiques (trous à linaigrette et sphaignes d’une lande remaniée, et de nombreuses nouvelles mares créées à végétation oligotrophe très diversifiée) ; fourrés à bourdaine et ptéridaies ; prairies humides à jonc acutiflore (faciès oligotrophes à molinie ou plus diversifiés, ou faciès à hautes herbes évoluant vers la mégaphorbiaie) ; saulaies marécageuses, et saulaies-boulaies hygrophiles ; chênaies acidiphiles, en partie mixte (pins) ; puit à Coatrennec.

Hêtraie-chênaie acidiphile à houx, bien typée par endroits, sur les versants de la Grande Tranchée, et en position sommitale de la lande mésophile à bruyère et ajonc de Le Gall plus ou moins sous pinède. Le canal porte des tapis de nénuphars, le réservoir de Ker Gérard un radeau flottant à ményanthe trèfle-d’eau (tourbières de transition et tremblants).

Espèces remarquables :

Flore : présence de 8 espèces végétales protégées au plan national : quatre plantes à fleurs : les rossolis intermédiaire et à feuilles rondes (Drosera intermedia et D. rotundifolia), la littorelle (Littorella uniflora) apparue dans une mare pédagogique, et le flûteau nageant (Luronium natans) installé dans de nouvelles mares créées dans le site et existant aussi en plusieurs points du Canal de Nantes à Brest ; et quatre ptéridophytes : les plantes pionnières que sont le lycopode inondé (Lycopodiella inundata) et la pilulaire à globules (Pilularia globulifera), la fougère Dryoptéris à odeur de foin (Dryopteris aemula) dans la Grande Tranchée ; et dans le puit de Coatrennec la rare fougère trichomanes remarquable (Trichomanes speciosum) développée à l’état feuillé, cette dernière espèce et le flûteau nageant sont également d’intérêt communautaire. La sphaigne de La Pylaie (Sphagnum pylaesii) qui possède également ce dernier statut, et est rare dans les Côtes d’Armor, est présente dans la zone tourbeuse. Au moins 9 autres espèces végétales vasculaires menacées sont présentes dont le rhynchospore brun (Rhynchospora fusca) première localité connue en Côtes d’Armor en 1999, et apparu grâce à des travaux de génie écologique entrepris sur le site et qui reste depuis abondant dans le site (espèce seulement connue en 2008 pour les Côtes d’Armor que de 2 sites, sur Glomel).

Présence d’une des premières données bretonnes pour l’hépatique Pellia neesiana (mais l’espèce est sans doute méconnue) dans une ornière très humide de la lande.

Faune : elle est très bien prospectée pour les oiseaux : présence en particulier de la Fauvette pitchou et de l’Engoulevent d’Europe nicheurs, les Pic noir et Pic mar sont aussi nicheurs très probables dans la Grande Tranchée ; présence de reptiles dont la Coronelle lisse, et d’amphibiens dont le Triton alpestre en limite Ouest de son aire de répartition en Bretagne. 29 espèces déterminantes d’insectes dont 5 orthoptères souvent localisés aux landes humides et marais tourbeux intérieurs ; plusieurs diptères syrphidés dont 3 espèces étaient nouvelles pour la Bretagne ou même le Nord de la France en 1999 : Chrysogaster virescens, Lejogaster tarsata, et Platycheirus tarsalis ; et également des diptères dolichopodidés dont 5 espèces étaient nouvelles pour la Bretagne en 1999 dont une nouvelle pour la France : Dolichopus micropygus. Ces résultats analysés sont issus de deux campagnes de piégeage par tentes Malaise dans le site en 1994 et 1999 (source 68 - GRETIA). La zone commence à être très bien connue pour les odonates, la reproduction de plusieurs libellules remarquables reste cependant à démontrer comme pour l’Aeschne isocèle (unique donnée des Côtes d’Armor en 2010), ou la Cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii) d’intérêt communautaire. Présence d’une population reproductrice du papillon protégé et d’intérêt communautaire Damier de la Succise (Euphydrias aurinia) dans les prairies oligotrophes au sud de la Grande Tranchée.

L’Escargot de Quimper (Elona quimperiana) protégé et d’intérêt communautaire est également présent dans toute la zone boisée de la Grande Tranchée.

Intérêts historiques et archéologiques : une hache polie en grès de Plussulien (dolérite) datée du Néolithique moyen a été découverte à l’emplacement de la mare pédagogique.

Le site dans sa partie Sud a subi de grandes modifications, notamment lors de la réalisation du Canal de Nantes à Brest, qui pour relier le bassin versant du Blavet à celui de l’Aulne a entaillé le vaste plateau

humide de Lan Bern appelé à l’époque "Lande Péran". Le creusement de cette tranchée, au point culminant de l’ouvrage à + 184 m, a été l’un des points les plus difficiles de l’ensemble du linéaire, et a pu se faire grâce à l’établissement d’un bagne qui a compté jusqu'à 600 personnes au plus fort, dans les années 1820 à 1840. Un des résultats intéressants de ces travaux est la présence d’une lande "remaniée" incluant de nombreux trous d’eau oligotrophe à sphaignes, dont certains contiennent la rare sphaigne de La Pylaie sous sa forme aquatique.

Conditions actuelles de conservation :

La protection foncière porte sur une grande partie du site de Lan Bern (60 % du site est propriété de la Fondation Nationale pour la Protection des Habitats de la Faune Sauvage). Les modes de gestion déjà mis en oeuvre dans le cadre de deux Contrats-Nature (pâturage équins sur une grande parcelle hétérogène et diversifiée, déboisement et fauche de la lande humide sur une partie du site, étrépages en lande tourbeuse et tourbière, …) sont des actions majeures pour la bonne conservation du site et l’expression de ses potentialités biologiques. Des acquisitions complémentaires de parcelles humides ou tourbeuses au contact du secteur protégé seraient encore intéressantes à obtenir dans l’avenir, des démarches sont en cours et un dossier de préemption environnementale déposé par l’AMV auprès de la SBAFER.

Une partie du site ayant une vocation pédagogique avec la présence d’un chemin, d’un observatoire et d’une mare, la maîtrise de la fréquentation sur le site est un point important. Notons également la présence d’un verger conservatoire des variétés pomologiques du Centre Ouest Bretagne. Des aménagements « tourisme handicaps » ont été effectués sur le sentier pédagogique.

La reconnaissance à travers le label ERB/RNR attribué à ce site permet à l’association AMV (Association de mise en valeur des landes de Lan Bern et du marais de Magoar Penvern, Glomel, Côtes d’Armor) de poursuivre les actions de connaissances et de suivi écologique général de ce site tourbeux.

La gestion de l’espace naturel de la Grande Tranchée revient au Département des Côtes d’Armor. Certaines clairières en lande à bruyères typique pourraient être restaurées pour une meilleure conservation à long terme, et des espaces boisés gérés de manière à favoriser la hêtraie-chênaie acidiphile à houx. Plusieurs stations botaniques remarquables découvertes récemment dans le bois (Dryopteris aemula, Deschampsia flexuosa, en 2012) doivent aussi être respectées.

Un des enjeux prioritaire du plan de gestion 2011-2015 validé par le CSRPN le 08/12/2011 est bien d’étendre si possible la protection réglementaire en classant en réserve naturelle la grande tranchée et les étangs d’alimentation (Trébel, Mézouet et Corong).

Liens écologiques avec d'autres ZNIEFF: une future ZNIEFF de type II (voire quelques nouvelles ZNIEFF de type I si concentration suffisante d’habitats et d’espèces déterminants, comme par exemple au Marais de Hillars) serait sans doute à créer sur ce tronçon du Canal de Nantes à Brest (de St-Péran à Pont Even probablement - à étudier) prenant mieux en compte des espèces animales à plus longs rayons d’actions, mais fortement liées au canal, ses zones humides et boisées, et les secteurs de bocage préservés.

Commentaires sur la délimitation
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